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PORTRAIT - Le fabuleux destin d'Antoinette Chambeyron



Par Lepetitjournal Londres | Publié le 25/05/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

Présidente d'Honneur de l'association des Auvergnats de Grande-Bretagne ainsi que de la Fédération des Associations Françaises de Grande-Bretagne, Antoinette Chambeyron est une figure emblématique de la communauté française à Londres. Du haut de ses multiples printemps, elle a accepté de partager son parcours hors-du-commun avec les lecteurs de Lepetitjournal.com

À l'origine - il y a de cela 38 ans - de la création de l'association des Auvergnats de Grande-Bretagne, Chevalière dans l'Ordre de la Légion d'Honneur et ambassadrice du Cantal, les multiples activités d'Antoinette en font un personnage incontournable de la communauté française à Londres. Si beaucoup la connaissent, peu ont eu la chance de s'être fait conter son histoire par l'intéressée elle-même. "Je ne veux pas être la petite mère qui se tourne vers son passé. Ce serait là ne pas savoir jouir du présent", justifie Antoinette.

Pourtant, plus elle le fait, plus on a envie d'en savoir. Fille d'Anne Dunne, artiste britannique née à Liverpool, et de Georges Chambeyron, membre de la célèbre troupe de jongleurs "Les Mongadors", Antoinette ne pouvait pas connaitre un destin ordinaire. Son enfance, elle la passe partagée entre les religieuses à Aurillac et sa famille dédiée au monde du spectacle. En dehors de l'école, c'est au ballet avec sa tante, à la danse moderne avec sa mère et au jonglage avec son père, qu'elle consacre tout son temps.

Le temps de la résistance??

Pendant la seconde guerre mondiale, Georges et sa femme participent à la résistance. Antoinette est là et se souvient de tout. "À cette époque, les salles de spectacle parisiennes étaient pleines de soldats allemands et mes parents refusaient de les divertir", raconte celle-ci. La famille Chambeyron se retire alors dans sa maison du Cantal. Pendant que Anne donne des cours d'anglais, interdits sous l'occupation, aux enfants d'Aurillac en secret ou aide des soldats britanniques à passer la frontière espagnole, son mari organise ce qu'a surnommé Antoinette le "Théâtre au maquis" en référence au "Théâtre aux armées". Dans des granges perdues dans les montagnes auvergnates, Georges donne des spectacles dont les recettes sont destinées aux fonds des "Colis du Prisonnier". Des rendez-vous qui permettent également aux familles de revoir leurs fils qui ont pris le maquis et leur donner des vivres. Quelques années plus tard, le couple Chambeyron recevra à ce titre la Médaille de reconnaissance des prisonniers de Guerre Francais tout comme l'expression de reconnaissance de la Royal Air Force.

(Antoinette Chambeyron en compagnie de Suzanne Healey, présidente de l'association des Auvergnats de Grande-Bretagne)

Antoinette part en tournée

Dès 17 ans, la guerre enfin terminée, la jongleuse aguerrie, la seule à savoir faire voltiger cinq massues en même temps, commence à tourner dans toute l'Europe. "J'ai eu la chance d'appartenir a une grande famille du spectacle. La meilleure troupe de jongleurs en Europe puis en Amérique", s'excuse-t-elle presque. Avec les Mongadors, Antoinette fait la découverte des plus grandes salles de spectacle. "Londres était le top à l'époque. Même les américains voulaient venir y jouer", raconte-t-elle. Après le décès de son mari en 1959, la mère d'Antoinette décide de s'installer à Londres et laisse sa fille continuer seule le spectacle. Quelques années plus tard, cette dernière raccroche à son tour. Fatiguée de voyager et de s'entrainer sans cesse, elle pose elle aussi ses valises dans la capitale britannique. Elle devient journaliste pour la BBC. "Je suis passée d'un top à un autre. Du spectacle au journalisme sans avoir eu à chercher ni l'un ni l'autre", tient-elle absolument à préciser par peur qu'on pense qu'elle y soit pour quelque chose?

Que la montagne est belle...

"À l'époque où je suis arrivée, l'Angleterre était un poème de candeur et de courtoisie", raconte Antoinette. Les Français y étaient beaucoup moins nombreux mais avaient pour habitude de se retrouver à la sortie de la messe du dimanche. C'est comme cela qu'elle et Pierre Vermenouze, petit-neveu du grand poète auvergnat, ainsi que quelques autres commencèrent à bavarder et ont décidé qu'il était temps d'avoir, comme à Paris, une association d'Auvergnats à Londres. "Le cerveau des Auvergnats est plus grand que la moyenne, plaisante Antoinette. Avec notre intelligence nous nous sommes dits que nous arriverions à trouver assez de membres pour monter un comité". En effet, le 28 novembre 1974, ils sont douze à fonder l'association, la première dédiée à une région française en Grande-Bretagne. "Les gens d'autres régions attendaient de voir comment on allait s'en sortir pour se lancer à leur tour", s'amuse aujourd'hui Antoinette. Au début, le but est surtout de donner des nouvelles de la région aux membres et puis, petit à petit, des évènements se mettent en place. Point d'orgue chaque année : un grand méchouis réunissant jusqu'à 300 personnes.

"Il n'y a jamais eu une dispute, une rancoeur ou jalousie entre membres de l'association. Le courant d'amitié continue. Parce que si taquineries il y a en France envers les  "Bougnats" , ici nous avons su nous assumer et sommes devenus l'une des plus actives  associations francaises en G.B., explique la présidente d'Honneur de l'association. Quoique d'en faire partie ne mène nul part autre qu'au plaisir de se retrouver entre Auvergnats."

Une bien belle ambition que le plaisir. Voilà maintenant 38 ans qu'il dure entre Auvergnats de Grande-Bretagne. Antoinette est loin d'y être étrangère, mais ça, elle ne vous l'avouera jamais?

Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 25 mai 2012

Pour contacter l'association des Auvergnats de Grande-Bretagne et sa Présidente Suzanne Healey :

suzannehealey@gmail.com

Tél : 0208 297 6680

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