Lou Sentine publie 'Charles III : la saga Windsor' chez Casa Editions. Dans son livre, elle revient sur l’histoire de la maison Windsor et plonge les lecteurs dans le parcours de l’homme qui a hérité de la couronne britannique le 8 septembre 2022. Lou Sentine nous livre son ressenti sur la personnalité du roi : “Charles III est indiscutablement doté d’une bonté et d’une générosité qui a été quasi-constante dans l'évolution des Windsor”.


Avec la famille royale, on a vu une tragédie moderne se dérouler sous nos yeux.
Vous avez précédemment publié un ouvrage sur Lady Diana (Lady Diana: Une tragédie moderne, chez Casa Éditions). Qu'est ce qui vous a motivée à écrire un livre sur son ex-époux, désormais souverain britannique ?
Lou Sentine : Je suis passionnée par l'histoire, et notamment par celle de la famille royale, parce qu’il s’agit d’histoire vivante. Ce qui m'avait intéressée avec Diana était l’engouement impressionnant et démesuré que les gens avaient pour elle. Diana était une superstar. Le parcours de Lady Di entre parfaitement dans le schéma de la tragédie aristotélicienne. Elle en était le personnage tragique central, à l’instar d’une Phèdre ou d’une Cléopâtre. Avec la famille royale, on a vu une tragédie moderne se dérouler sous nos yeux. Après avoir écrit sur l'héroïne de la tragédie, j’ai souhaité me pencher sur l'autre partie, l’antagoniste présumé : Charles III. Y ajouter l'histoire des Windsor m’a permis de me replonger dans un contexte et une continuité historique qui sont primordiaux pour comprendre ces “têtes royales” et leur identité.

Comment vous êtes-vous documentée pour écrire ce livre?
Pour tout ce qui concerne les membres de la maison Windsor antérieurs à Charles, il y a maintenant suffisamment de recul dans le temps pour que les archives du FBI et celles du MI6 et du MI5 soient publiques. Il y a donc beaucoup de documents fascinants à étudier. Je me suis également servie d’extraits du journal intime de Georges V, qui sont miraculeusement disponibles en ligne. Il existe un nombre incalculable d'articles au sujet de Charles III, mais il faut savoir sélectionner entre la presse à scandale et la presse people plus bienveillante. La nourrice d'Elisabeth a aussi accordé un grand nombre d'interviews qui ont été essentielles dans mes recherches.
Charles III est quelqu'un de récemment populaire.
Quel événement du parcours de Charles III reflète-t-il le mieux sa personnalité, selon vous ?
Charles III était très brimé étant enfant, notamment dans son école en Écosse. En 1966, à 17 ans, il est parti pour un semestre en Australie. Là-bas, il s'est révélé à lui-même. Il n'était plus traité comme il l'avait été auparavant. En Australie, le prince Charles avait bien plus de liberté pour être lui-même, il était plus extraverti et s'est fait de très bons amis. À cette période, il a enfin vu la lumière au bout du tunnel. Il y a fait beaucoup de trekking, de longues balades d'une semaine dans le désert, avec une gourde dans le dos et des réserves de provisions. Il a pu être heureux dans la nature. Ce voyage était aussi synonyme d’une libération temporaire de l'establishment royal, qui lui collait à la peau. Les Australiens étaient très conviviaux avec lui. Ce voyage l'a véritablement révélé.

Crédit Joe Haupt
La vie privée du Roi a constamment fait l’objet de toutes les attentions, pensez-vous que cela est un handicap pour lui ?
Charles III est quelqu'un de récemment populaire. Déjà tout petit, la presse surveillait ses moindres faits et gestes. Un jour, le prince Charles s’est rendu sur une île avec son établissement scolaire. Lors de ce déplacement, il a eu le malheur de commander une boisson alcoolisée, et cela a fait la Une de tous les journaux ! Plus tard, il est devenu le célibataire princier qu'il fallait absolument marie. La presse s'est acharnée sur ce sujet, d’autant plus qu’il s’est marié à trente ans, ce qui était assez tard pour l’époque. Il était surtout en plein drame avec Camilla, qu'il n'a pas pu épouser. Son manque d’enthousiasme face à l’idée d’épouser Diana a agacé le public. Pour ne pas arranger le tout, son épouse était très douée pour donner une image positive, ce qui n'était pas le cas de Charles. Les Britanniques le trouvaient guindé et désagréable, alors que Diana avait une forme d’empathie qui plaisait beaucoup. Le divorce a été un moment terrible pour Charles, notamment parce que Diana maîtrisait bien mieux sa communication. Le jugement porté sur Charles a commencé à changer lorsque le public l’a vu en père célibataire qui élève seul ses deux garçons.
Dans les années 70, on se fichait de lui parce qu'il aimait les arbres et la nature. Maintenant que la science lui donne raison, le regard des gens a changé, et quelque part, il peut être vu comme un précurseur. Charles III est finalement assez visionnaire.
Charles a fait de vrais sacrifices au service du Royaume-Uni.
La dernière saison de The Crown vient de sortir. Quel est votre ressenti sur la manière dont Charles est représenté dans la série ?
Je trouve que les réalisateurs l'ont représenté de façon un peu dure. L'acteur qui jouait Charles au début de l’âge adulte était très bon dans son rôle, mais j’ai le sentiment que sa personnalité n’est pas dépeinte très justement. Charles est quelqu’un de plus torturé et déchiré entre une personnalité sensible et toutes les difficultés auxquelles il a dû faire face. Une meilleure description de Charles aurait sans doute mis en avant un jeune garçon sensible complètement passé à la moulinette de la machine royale, et qui s’est servi d'un certain cynisme comme méthode de survie. Je trouve qu’il est montré trop colérique, hautain et désagréable - ce qui peut-être vrai - mais sans expliquer le broyage de sa personnalité qui s’est produit dans les coulisses. L’establishment l'a fait rentrer dans un moule, alors qu'il se serait davantage vu en genre de dandy vivant dans le Paris d'Hemingway. Pour autant, il a toujours pris son rôle à bras le corps. Charles a fait de vrais sacrifices au service du Royaume-Uni.

Parlons du statut actuel de Charles III. Quelle relation ont les Britanniques avec leur roi ?
Les opinions autour du roi sont très variées chez les Britanniques. Je pense qu'ils lui mettent tout de même une pression importante, notamment parce qu’en général, ils préfèrent William, ou parce qu'ils étaient très attachés à Elisabeth II. Mais beaucoup trouvent que leur souverain s'en sort bien. Cela dépend aussi beaucoup de la génération dont nous parlons. Au sein de la nouvelle génération, beaucoup contestent la monarchie et se questionnent sur sa raison d'être. Certains voudraient une révision de la monarchie, pour qu'elle devienne constitutionnelle. Quoi qu'il en soit, j’ai l’impression qu’en tant que roi, Charles n’hésite pas à aller à la rencontre du peuple britannique, même si les relations ont été difficiles par le passé. Il semble plein de bonne volonté.
Quels seront les maîtres-mots de son règne ? Quelles traces Charles III aurait-il envie de laisser aujourd'hui?
Son règne ne sera probablement pas très long, et c'est pour cela qu'il a travaillé comme un forcené tant qu'il était prince de Galles. Je pense qu'il a fait en sorte de laisser son héritage tant qu'il était prince de Galles. Il a écrit des livres, il s’est beaucoup exprimé, il a été actif. Laisser une trace indélébile est très complexe pour un roi. Elisabeth II est arrivée sur le trône dans un contexte d'après-guerre, de construction de l'Union européenne, et après l'écroulement de l'Empire britannique, qui a entraîné la reconstruction du Commonwealth. Elle en a donc été l'emblème. Pour Charles III, cela dépendra beaucoup de ce que l'avenir nous réserve, et de la manière dont il se comportera face à cela.
Charles III est indiscutablement doté d’une bonté et d’une générosité qui a été quasi-constante dans l'évolution des Windsor.
L’histoire de la maison Windsor est aussi le grand sujet de votre livre. Comment y placeriez-vous Charles III ? Est-il un digne héritier de sa lignée ?
Charles III est un digne héritier, qui reste dans la démarche d’évolution qu'ont montré les Windsor depuis leur arrivée au pouvoir. George V était un homme bon qui voulait suivre le progrès dans un contexte où le racisme, le classisme et le sexisme faisaient partie de la vie quotidienne, et qui s'est battu à sa manière contre les vices de son époque. Si Édouard VIII est apparu comme une "anomalie", George VI était lui aussi très progressiste. Il s'intéressait aux gens et avait une dimension sociopolitique importante. Elizabeth II était plus taiseuse, et son petit-fils William a sans doute hérité de cela. Mais Charles III est indiscutablement doté d’une bonté et d’une générosité qui a été quasi-constante dans l'évolution des Windsor. Charles est bien ancré dans sa lignée, mais il s'inscrit dans une période différente, avec d'autres mœurs. L'histoire des Windsor est passionnante parce qu’elle est faite de gens, et pas simplement de dates ou de batailles. Leur parcours est très touchant.
Lou Sentine, Charles III : la saga Windsor, Casa Editions, 24,95 €.
Resumé : Windsor. Si ce nom illustre ne vous est pas inconnu, pensez-vous pour autant connaître l’histoire qui y est liée ? Une histoire fascinante, qui s’étend sur plusieurs générations et à travers les siècles, et qui continue de s’écrire encore aujourd’hui. C’est celle de l’Empire britannique qui devient le Commonwealth des Nations, d’une Angleterre marquée par les traditions qui s’efforce de répondre aux attentes de tout un peuple. Le 8 septembre 2022 est annoncé le décès d’Elizabeth II. Cette nouvelle sonne à la fois la fin du règne le plus long de l’histoire et marque le début de celui de Charles III. En effet, aussi difficile que cela puisse être, le premier devoir d’un roi est d’enterrer son prédécesseur. À l’âge mûr de 73 ans, Charles accède au trône après une vie de passion, de drames et de défis qui sont relatés dans cet ouvrage.
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