

Londres Accueil organisait il y a une dizaine de jours son traditionnel café de rentrée. Au programme : accueil des nouvelles mais aussi retrouvailles entre habituées. Une excellente occasion pour Lepetitjournal.com de rencontrer la nouvelle présidente de l'association et de vous la présenter
Lepetitjournal.com - Racontez-nous un peu votre parcours d'expatriée à Londres...
Marie-Anne Duncan - Je suis arrivée à Londres avec mon mari il y a 22 ans. On venait de se marier et j'ai travaillé pendant à peu près huit ans. À cette époque là, on démarrait, on travaillait tous les deux et je n'avais pas beaucoup de liens avec la communauté française londonienne. Je travaillais à la Chambre de Commerce Française de Grande-Bretagne en tant que responsable export.
À la naissance de mon troisième enfant, en 1996, j'ai arrêté de travailler. Londres Accueil m'a été d'une grande aide à ce moment là. J'étais dans un quartier que je connaissais à peine. On venait de déménager et je me suis retrouvée toute seule tout d'un coup. Il fallait donc vite que je rencontre du monde car sinon j'allais vite déprimer. J'ai contacté l'association et on m'a tout de suite dit qu'il y avait un café pas très loin de chez moi. Je me suis un peu forcée au départ mais c'est finalement comme cela que j'ai rencontré l'une de mes meilleures amies et pleins d'autres gens très sympas avec qui j'avais plein de points communs.
C'est assez déstabilisant d'arrêter de travailler car on est dans une ville qu'on connait finalement très peu parce qu'on a jamais vraiment eu le temps d'en profiter. On est pris par la vie familiale et par les obligations professionnelles. J'étais très heureuse de travailler les premières années mais les nombreux déplacements professionnels devenaient ingérables. Il y a un temps pour tout. J'avais fait mes preuves et j'avais envie de profiter de mes enfants et de les élever. En revanche j'ai toujours eu besoin de m'impliquer dans des activités. J'ai besoin d'une stimulation intellectuelle et amicale pour mon équilibre.
C'est donc grâce aux permanences de Londres Accueil dans les quartiers que vous avez fait vos premiers pas dans l'association...
J'ai toujours fait beaucoup de choses dans les quartiers et je reste très attachée à cette notion de proximité. Même en tant que présidente. Je trouve que tout part des quartiers, surtout quand on arrive dans une nouvelle ville. On change de vie, on a quitté son travail et tout cela demande une grande adaptation. Même si Londres n'est pas une destination très exotique, rencontrer quelqu'un qui habite à côté de chez soi fait toute la différence. On peut recroiser cette personne dans la rue à des moments où on ne s'y attend pas. Ce n'est pas une rencontre organisée, formelle et c'est important. Pendant des années, je me suis beaucoup impliquée dans mon quartier. J'ai souvent ouvert ma maison, notamment quand mes enfants étaient petits, et toujours aujourd'hui pour des cafés ou des activités.
Vous dites également avoir grandi dans l'association. Expliquez-nous...
Effectivement. Après avoir été simple adhérente de l'association, j'ai décidé de m'impliquer un peu plus dans Londres Accueil. Entre temps, nous sommes partis vivre 3 ans à Paris et nous sommes revenus à Londres en 2004. En 2005 nous avons emménagé dans notre nouvelle maison. J'avais envie de redonner à l'association ce que j'avais reçu et depuis ce jour là, je suis vraiment très impliquée. Au bout de quatre ans, j'ai pris les rênes de la coordination des quartiers et je suis entrée par la même occasion en 2009 au comité de Londres Accueil qui est composé de 25 personnes. Je suis devenu vice-présidente en 2011 aux côtés de Bernadette Briquetti avant de lui succéder cette année.
Qu'est ce qui vous a finalement décidé à endosser ce rôle ?
On est toujours un petit peu poussée?(sourire). On me l'avait déjà proposé il y a quelques années. J'avais dit non car cela aurait pris trop de temps sur ma vie familiale et je n'avais pas arrêté de travailler pour au final avoir un emploi du temps aussi chargé. Ce n'était donc tout simplement pas le bon moment. Aujourd'hui c'est différent. "Malheureusement" mes enfants grandissent, partent et je n'ai plus que ma dernière à la maison. J'ai donc plus de temps et c'est un processus naturel. J'ai plus de disponibilité d'esprit puisque j'ai moins la gestion du quotidien à la maison. Je suis donc beaucoup plus zen.
La présidence entraine beaucoup de responsabilités mais c'est vrai que d'avoir accompagné Bernadette dans ce rôle là l'an dernier a un peu démystifié la fonction puisque j'ai découvert au plus près ce rôle, les obligations et les défis à surmonter.
Ce qui m'a également vraiment motivé pour prendre la présidence ce sont les équipes et toutes les évolutions qui ont été faites dans les deux dernières années. C'est très motivant de savoir que l'on peut développer de nouvelles choses. Le plus important est que Londres Accueil tourne avec de très bonnes équipes qui font en sorte que l'association avance tout le temps.
Comment avez-vous vu évoluer l'association et surtout ses membres ces dernières années ?
Il est très clair que nous sommes nombreuses à s'être sédentarisées. Contrairement aux idées reçues sur les expats qui partent tous les trois ans, toutes mes amies sont là depuis plus de dix ou même quinze ans. C'est d'ailleurs l'un des attraits de la vie à Londres. On n'a pas forcément ce sentiment de va-et-vient permanent. Sur cette longue période, beaucoup sont restées. D'autres sont parties pour revenir. À chaque rentrée, on a des nouvelles qui vivaient en fait déjà à Londres quelques années auparavant et qui reviennent. Il y a donc un noyau dur pour lequel il faut réussir à proposer des activités qui ne les lassent pas. C'est un challenge. Londres Accueil n'est pas seulement pour les nouveaux. Mais en même temps, il y a toutes celles qui sont là pour deux ou trois ans et qui veulent profiter à plein de leur séjour. C'est aussi très entrainant car ce sont elles qui nous poussent et nous stimulent.
Il faut aussi dire que nous avons beaucoup de chance à Londres car on trouve toujours des bénévoles pour nous aider. Les gens qui ont été bien accueillis veulent souvent rendre à l'association ce qu'ils ont reçu donc n'hésitent pas à aider. Et puis, je ne sais pas si c'est le fait de cette ville qui attire une certaine catégorie de personnes, mais nous avons des gens ultra compétents. C'est assez impressionnant et cela permet de proposer des activités de très bonne qualité. Nous sommes gâtés.
Quelles sont les principales nouveautés pour Londres Accueil cette année ?
Ce qui est intéressant c'est que pendant toute l'année dernière avec Bernadette nous avons mis en place plein de choses et tout arrive à point pour cette rentrée.
Les adhérents ont désormais une carte de membre pour qu'ils soient identifiables et qu'ils aient accès à des tarifs préférentiels et des avantages notamment à l'Institut Français mais aussi bientôt auprès d'autres partenaires.
Nous avons décidé de nous recentrer sur le bénévolat et de séparer des activités "professionnelles" ou "commerciales" qui étaient proposées à nos membres. La frontière était jusque là un peu floue entre activités bénévoles et business. J'espère que l'on a réussi à résoudre ce problème. Désormais, toutes les activités proposées par Londres Accueil sont animées par des bénévoles qui s'engagent sur une durée d'un an. Les rencontres sont totalement gratuites.
Par contre, pour continuer à représenter les professionnels et à leur donner un coup de pouce, on a mis en place sur notre site internet une rubrique "annonces pro" où ils peuvent poster leurs offres qui seront visibles par les membres mais aussi toutes les autres personnes qui visiteront le site. Ainsi, tout le monde y trouve son compte.
L'autre axe de développement est l'ouverture de l'association au sens large. Deux évènements sont ouverts au public ce trimestre. C'est une grande première car jusqu'à maintenant Londres Accueil n'offrait des activités qu'à ses adhérents. Le premier, du cinéma avec le Ciné Lumière de 13h à 15h. On commence le 27 septembre avec Intouchables. La séance est ouverte à tout le monde au prix concession à l'initiative de l'association. L'Institut Français fait l'effort d'ouvrir la salle de cinéma plus tôt que d'habitude et nous nous engageons à en faire la promotion auprès de nos membres. Le deuxième évènement est une conférence que nous organisons avec la Chambre de Commerce Française de Grande-Bretagne. Nous avions démarré un cycle l'an dernier intitulé "Bien vivre au Royaume-Uni". Nous le poursuivons avec une conférence "emploi" en partenariat avec la CCFGB. Nous louons donc le Ciné Lumière et nous l'ouvrons à tout le monde. La conférence sera gratuite pour nos membres et coûtera 5£ aux autres.
Mon autre cheval de bataille est l'ouverture de l'association aux francophiles. J'ai bien conscience que ce sera difficile pour des gens qui ne parlent absolument pas français mais il y a beaucoup de personnes, et j'ai moi-même beaucoup d'amies étrangères dans ce cas, qui aiment la France et qui se sentiraient très à l'aise avec des filles un peu "internationales". Elle pourront ainsi partager leur goût pour la France, sa culture ou sa langue. Certaines de nos activités se déroulent déjà en anglais.
Qu'est ce qui vous plait tant dans la capitale britannique ?
J'adore vivre à Londres. Quand je suis partie à Paris, je n'avais qu'une envie, c'était de revenir ici. Ce que j'aime dans cette ville, c'est la diversité: rencontrer des gens qui n'ont pas de carcans sociaux. Quand on arrive à l'étranger on se libère souvent de tout préjugé et c'est très frappant à Londres. On rencontre des gens très différents et cela ne me serait sans doute jamais arrivé si j'étais restée en France. Tout cela est très libératoire.
Il faudrait être inconscient pour dire le contraire mais j'aime aussi beaucoup mon quartier, Kensington, avec Hyde Park à deux pas. Je me suis par exemple entrainée dans le parc l'an dernier pour la fameuse MoonWalk et c'est incroyable de pouvoir marcher plus de 10 km uniquement dans des parcs sans quasiment traverser une rue et sans repasser deux fois au même endroit en plein centre-ville.
J'aime aussi beaucoup le Londres architectural, son dynamisme au niveau des buildings et ses structures complètement atypiques. Sans parler de l'année exceptionnelle que l'on vient de vivre en terme d'évènements?Les deux semaines olympiques se sont déroulées dans une ambiance incroyable. C'était vraiment exceptionnel.
Je trouve également qu'on ne se sent pas étouffer dans cette grande ville. Je n'ai pas le sentiment de devoir absolument partir à la campagne le week-end. Bien sûr, je dis tout cela en ayant bien conscience que nous sommes privilégiés et que nous vivons dans d'excellentes conditions?
Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) mardi 25 septembre 2012
Plus d'infos sur l'association : http://www.londresaccueil.org.uk/



















