

« Les frontières ne sont que des coups de crayon sur une carte » écrivait Philippe Claudel. Des coups de crayon, le Trésor britannique va devoir en tracer pour signer le chèque de £1 milliard afin de financer les contrôles aux frontières du pays de Sa Majesté après le Brexit. Le dernier rapport publié par l'agence de conseil Oxera estime que l'adaptation des contrôles douaniers à la nouvelle politique migratoire générée par le Brexit coûtera très cher au Royaume-Uni.
En 2016, près de 2,6 millions d'unités de fret et plus de 12 millions de passagers sont passés par le port de Douvres, principale zone de transit entre les deux rives de la Manche et étape inévitable pour quiconque souhaite débarquer en terre anglaise. Selon l'analyse de l'agence Oxera, les coûts des contrôles douaniers supplémentaires après le Brexit et des retards ainsi engendrés pourraient s'élever à plus de £1 milliard chaque année. Les nouvelles réglementations induites par une politique migratoire plus stricte nécessiteront davantage de contrôles, d'infrastructures et surtout de temps. Plus d'espaces de stationnement pour les poids-lourds, de files d'attente pour les voitures, de personnel douanier, le calcul paraît simple : les contrôles seront plus longs et plus chers.
« Une estimation très prudente »

Alarmant sans être alarmiste, ce rapport se veut « une estimation très prudente », selon son auteur Andrew Meaney, responsable des transports pour Oxera. La création d'un nouveau régime douanier le plus proche possible du dispositif actuel est un casse-tête de taille pour le Trésor britannique dont la priorité est d'éviter tout dysfonctionnement. Le scénario le plus probable, selon Oxera, serait un système de ?slow trade? avec un nombre de réglementations réduit mais une application rigoriste et donc chronophage. Encore une fois, beaucoup d'incertitudes subsistent. Le rapport ne prend d'ailleurs pas en compte les coûts engendrés par le personnel portuaire supplémentaire, les terrains pour accueillir les zones de stationnement ni la congestion associée à l'opération Stack [qui transforme une portion de l'autoroute M20 en parking improvisé, Ndlr]. Une chose est sûre, traverser la Manche ne sera plus un long fleuve tranquille.
Antoine Engels @AntoineEngels, www.lepetitjournal.com/Londres le 6 août 2017





















