Édition internationale

Affaire Mandelson, quand le gouvernement britannique est géré sur WhatsApp

Au départ, il ne s'agissait que d'une controverse autour de la nomination de Peter Mandelson, figure aussi influente que controversée de la politique britannique. Mais la publication de milliers de messages et de courriels a révélé un problème bien plus vaste : un gouvernement où les décisions se discutent parfois davantage sur WhatsApp que dans les canaux officiels. Une affaire qui soulève de sérieuses questions sur la transparence et l'exercice du pouvoir au Royaume-Uni.

Peter mandelson whatsappPeter mandelson whatsapp
Écrit par Ewan Petris
Publié le 5 juin 2026, mis à jour le 7 juin 2026

Derrière le scandale de la nomination de Peter Mandelson (ambassadeur britannique) à Washington, se cache une crise plus profonde de la gouvernance britannique. La publication de plus de 1.500 pages de documents, courriels et conversations privées a provoqué un choc à Westminster. 

 

Pour rappel, à l’origine ces messages étaient destinés à éclairer les conditions de la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur britannique aux États-Unis, mais ils ont surtout relevé la dépendance du gouvernement de Keir Starmer aux messageries instantanées et aux échanges informels pour conduire les affaires de l’État.

 

Les Mandelson Files devenues affaire publique

 

Loin de se limiter à la personnalité controversée de Peter Mandelson, les “Mandelson Files” dressent le portrait d’un exécutif dont les circuits de décision semblent échapper aux procédures traditionnelles de l’administration britannique. Messages WhatsApp, conversations éphémères, téléphones personnels et communications non archivées : le scandale interroge désormais la capacité du gouvernement à garantir la transparence et la traçabilité de ses décisions.

 

Lorsque Peter Mandelson est nommé ambassadeur à Washington à la fin de l’année 2024, la décision suscite déjà des interrogations. Figure historique du New Labour et stratège de Tony Blair, Peter Mandelson traîne derrière lui une longue série de controverses.

 

Affaire Mandelson/Epstein: Starmer de nouveau dans la tourmente

 

Son nom a été associé à plusieurs affaires, depuis le gouvernement de Tony Blair jusqu'à ses relations avec diverses personnalités controversées du monde des affaires et de la politique internationale, notamment Jeffrey Epstein

 

Mais pourquoi ces documents publics sont-ils si dangereux ?

 

Les documents rendus publics révèlent un réseau dense d’échanges entre ministres, conseillers et hauts responsables travaillistes. Peter Mandelson y est particulièrement actif, prodiguant conseils stratégiques, critiques et recommandations à plusieurs membres du gouvernement. Dans certaines conversations, il décrit Downing Street comme une structure “assiégée et désemparée” et reproche à l’exécutif son manque de vision politique. D’autres messages montrent des ministres partageant ses frustrations sur l’absence de cohérence dans l’élaboration des politiques publiques.

 

Les échanges révèlent que des conversations importantes concernant des nominations, des arbitrages politiques ou des questions diplomatiques ont lieu principalement sur WhatsApp, souvent via des appareils personnels. Plusieurs messages ont disparu ou n’ont jamais été versés aux archives gouvernementales. Plus grave encore pour l’opposition, certains documents montrent que de nombreux messages utilisaient des fonctions d’effacement automatique, rendant leur conservation impossible. Le Premier ministre Keir Starmer lui-même a reconnu avoir utilisé ce type de communication, tout en assurant que les messages conservés avaient été transmis aux enquêteurs.

 

Les risques démocratiques du “gouvernement WhatsApp”

 

Pour les spécialistes du droit public britannique, l’affaire dépasse largement le cas Mandelson puisque le Royaume-Uni ne dispose pas d’une constitution écrite unique, mais repose sur un ensemble de conventions et de traditions institutionnelles. Parmi elles, figure le principe selon lequel les décisions gouvernementales doivent pouvoir être retracées. 

 

L’utilisation massive des applications de messagerie brouille cette exigence et lorsqu’une décision est prise lors d’une réunion officielle, elle fait normalement l’objet d’un compte rendu, d’une note ou d’un document administratif. Lorsqu’elle est discutée dans un groupe WhatsApp, surtout si les messages s’autodétruisent, la chaîne de responsabilité devient beaucoup plus difficile à établir. Pendant la pandémie de Covid-19, les enquêtes publiques avaient déjà mis en lumière l’usage massif de WhatsApp par les membres du gouvernement de Boris Johnson. Des décisions majeures concernant les confinements, les restrictions sanitaires ou les achats de matériel médical avaient été discutées sur des groupes privés.

 

Plusieurs ministres avaient alors refusé de transmettre l’intégralité de leurs échanges aux commissions d’enquête, suscitant des accusations de dissimulation. C'est aussi le cas de Peter Mandelson...


 

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