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MATTHIEU CHEDID - "Jouer à Londres, c'est toujours magique"

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 24 octobre 2013

Deux ans après son concert au 02 Shepherds Bush Empire, -M- marque son retour sur la scène londonienne. Pour ses deux dates au Koko, les 4 et 5 mars prochains, le plus excentrique des artistes français promet des soirées hautes en couleurs et en énergie.

(Crédit : Nicolas Guerin)

Lepetitjournal.com - Pour cette nouvelle tournée, un passage en Angleterre s'imposait-il ? 

Matthieu Chedid - Sur les deux dernières tournées, on finissait en général à Londres et c'était toujours très joyeux. Jouer à Londres c'est toujours magique. Là, on commence par Londres, c'est un autre trip. C'est une envie de s'ouvrir un peu plus aux pays non-francophones. Maintenant je suis en trio donc c'est plus facile qu'avant pour voyager. On va vivre plein d'autres expériences que la francophonie, ce qui est nouveau pour moi. Et évidemment, parce-qu'il y a déjà un petit acquis, qu'il y a déjà eu des expériences, Londres s'est fait naturellement. 

Pourquoi avoir choisi la salle du Koko ? 

J'y avais déjà joué une fois pour Africa Express. Je crois que c'est plutôt une bonne salle, non ? C'est très différent du Shepherds Bush Empire, c'est plus un théâtre à l'ancienne. C'était histoire de changer aussi. Je me suis laissé porter.

Le public anglais est-il réceptif à votre musique ? 

Je suis connu par la communauté française et comme je viens plus régulièrement, il y a quelques Anglais qui commencent à connaître. Mon succès là bas reste encore assez humble. Plus on vient quelque part, plus on installe une réputation. Je ne sais pas à quel point il y aura des anglophones dans la salle car en général les Français viennent en grand nombre. Même si le principe est de fédérer de plus en plus d'anglophones, l'important reste l'environnement dans lequel on se trouve. Il y aura une autre énergie et d'autres émotions.

Que vous inspire la ville de Londres ?

Ça m'inspire la musique, la culture rock, la liberté d'expression. Il y a ce coté lâcher-prise sur l'apparence, ce quelque chose de décomplexé qui fait du bien. Londres m'inspire la passion entre les Français et les Anglais, ce côté "je t'aime moi non plus", où on s'attire, on se déteste. C'est vraiment une histoire d'amour. Cette ville m'inspire la joie de vivre, un grand cri dans la brume. 

Y a t-il des artistes britanniques que vous appréciez tout particulièrement ?

Je pense à Radiohead et à Thom York qui est pour moi l'ultime. Et puis évidemment David Bowie, les Beatles, les gros groupes quoi ! Il y en a plein d'autres, mais si il fallait en choisir un seul, ce serait Thom York. 

A quoi les Londoniens doivent-ils s'attendre pour ces deux concerts ?

C'est vraiment l'école anglaise, c'est à dire qu'on vient à trois musiciens. Il y a ce coté organique, comme les trios des seventies, avec les outils d'aujourd'hui. Il faut s'attendre à de la musique, à de la performance dans le sens où ça joue, ce n'est pas que de la chansonnette. Ce sera un mélange des nouvelles chansons et des anciennes. Des moments aussi plus intimistes. Mais c'est plutôt de l'énergie pure. C'est rock, mais ça va passer dans des choses plus tribales, un peu dans tous les styles comme je le fais habituellement. Je vais faire un peu de piano mais surtout de la guitare, de la batterie et de la "basstar". C'est un instrument qu'on a inventé avec Brad qui est un mélange de basse et de guitare. 

(Crédit : Nicolas Guerin)

Parlez nous des deux musiciens qui vous accompagnent...

C'est un nouveau groupe, je suis dans une nouvelle énergie et j'ai l'impression que ça se ressent. Brad et Dorion sont les deux personnes que j'ai rencontrées à Los Angeles il y a plus d'un an et avec qui j'ai fait ce nouveau disque. Ce sont de très très bons musiciens. Brad a vraiment été ma grande rencontre. Il est l'acteur principal de ce nouvel album puisqu'il a joué dessus, mixé et enregistré. C'est un "nerd", il sait tout faire. 

On sent un tournant avec ce nouveau disque, beaucoup plus rock que les précédents.

J'avais envie d'un truc plus intense, plus dynamique. Je fais toujours des disques plus tamisés et des concerts plus électriques et là j'avais envie que le disque soit un peu plus fou. Sur scène, ça donne un concert encore plus énergique que d'habitude. A chaque album, j'essaye de trouver une poésie différente. Celui là est dans l'économie des mots, dans des sonorités très "arty", comme des bricolages. On va retrouver ça sur scène, avec un coté plus organique, plus animal. 

Dans ce nouvel album vous prouvez aussi vos talents de guitariste.

C'est toujours très dur pour moi de faire des solos de guitare sur disque parce-qu'on est toujours plus posé. Et avec celui là, notamment sur Mojo, on a essayé d'une manière souriante de faire des solos de guitar hero, des solos un peu d'aujourd'hui, un peu fous sans être trop dans le cliché. 

Vous vous considérez plus comme un musicien qu'un chanteur ?

Je pense que je suis vraiment un musicien qui chante. Et puis au final, tu prends conscience que la voix c'est comme l'âme de quelqu'un. Même Jimi Hendrix, sans sa voix, ne serait pas Jimi Hendrix. C'est un peu mon idole. La voix est tellement importante?Je suis très conscient de ça et même si j'ai une voix un peu bizarre, c'est ce qui donne aussi mon caractère. Si je n'avais pas ma voix, -M- ne serait pas -M-. Même si ma guitare donne une couleur, c'est la voix qui donne vraiment le c?ur des chansons. 

(Crédit : Nicolas Guerin)

Allez-vous reprendre une chanson de Jimi Hendrix lors de vos concerts à Londres ?

C'est vrai que depuis quelques temps on s'est amusé à faire une reprise francisée de Crosstown Trafic. Depuis, on a fait plein d'autres chansons, tout évolue en permanence. Je ne sais pas si c'est bienvenue de la faire ou pas. On a beaucoup trop de chansons en ce moment, on expérimente, on est en pleine répétition, on ne sait pas exactement ce qui va rester. 

Pouvez-vous nous éclairer un peu sur le nom de votre album, Îl ? Comment doit-on l'interpréter?

Ce qui m'amuse justement est de laisser la porte ouverte à l'interprétation de chacun. C'est la synthèse des deux : du pronom et de l'île. Et en même temps, c'est surtout un jeu. Quand on enlève une lettre ou qu'on ajoute un petit machin, c'est comme si on "customisait" les mots. J'aime l'idée de m'approprier des mots, d'en inventer d'autres, c'est comme des collages. Quand on invente un mot, ça ouvre une porte à l'imaginaire. Chacun invente son monde. Pour moi, Îl c'est un nouveau monde. Je pourrais en parler des heures car j'aime les jeux et les concepts. Îl c'est ma nouvelle définition de -M-. 

Vous avez plus de 15 ans de carrière. Quelles sont les différences entre le -M- d'hier et le -M- d'aujourd'hui ? 

C'est surtout qu'on vieilli, qu'on grandit, qu'on mûrit. Je suis un père, un homme. Il y a quinze ans, j'étais plutôt un ado. Il faut arriver à évoluer avec sa musique, son univers, pour ne  pas devenir le singe de soi-même. Il faut toujours être en accord avec ce qu'on fait, sinon ça n'a pas de sens. -M- reste essentiel pour moi parce-que c'est mon tampon artistique, c'est ma poésie. Je trouverais ça dommage de revenir à mon nom civil.

Donc -M- n'est pas vraiment Matthieu Chedid ?

-M- est la manière d'afficher un contexte. C'est quand je suis dans le créatif, quand je fais mes chansons, quand je suis sur scène, que je suis dans mon monde imaginaire. Je trouve ça plus logique de m'appeler -M- parce-que c'est une façon de dire que je suis en train de jouer. 

Qui sera le -M- de demain ?

Je ne sais pas car je m'aperçois que je suis très ancré dans le présent. Le passé est un temps mort, le futur est un temps inexistant et la seule chose concrète est vraiment ce que l'on vit à l'instant. Je suis de plus en plus dans cette philosophie là. Je suis incapable de parler de l'avenir, mis à part le fait que j'ai des rendez-vous jusqu'en 2014, ce qui me fait toujours sourire. Au delà de ça, je ne sais pas ce que je vais être plus tard. Ma philosophie serait plus "je ne pense pas donc je suis". J'essaye de ne pas trop réfléchir et de vraiment être ancré dans le moment. Je suis amoureux de la vie et j'aurais du mal à imaginer la vie sans musique. J'espère que j'aurais encore des choses à dire. Ma grand-mère a toujours dis que la source ne se tarissait jamais. Donc j'y crois.

Propos recueillis par Caroline Boeuf (www.lepetitjournal.com/londres) Mardi 26 février 2013

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Publié le 26 février 2013, mis à jour le 24 octobre 2013
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