En déplacement à Lisbonne, le 9 février, pour la première réunion de la coalition internationale "Ocean Pioneers", Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, a tenu à rencontrer la communauté française vivant au Portugal. À cette occasion, elle a accordé une interview au Lepetitjournal.com/Lisbonne, revenant sur les priorités de son déplacement, la coopération franco-portugaise en matière de protection des océans, ainsi que sur les enjeux liés à la francophonie et à l'enseignement du français à l'étranger.


De passage à Lisbonne pour participer à la première réunion de la coalition internationale "Ocean Pioneers", Éléonore Caroit a également consacré une part importante de sa visite aux Français établis au Portugal. La ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger a rencontré des représentants de la communauté et des acteurs de la francophonie avant de recevoir Lepetitjournal.com. Réforme de l'AEFE, bourses scolaires, modernisation des services consulaires, coopération bilatérale et gouvernance des océans : elle détaille les grands axes de son action.
Lepetitjournal : C'est votre premier déplacement au Portugal en tant que ministre. Quel en est l'objectif principal ?
Éléonore Caroit : C'est en effet mon premier déplacement au Portugal dans mes fonctions ministérielles. Cette visite s'inscrit dans le cadre de la première réunion de la coalition "Oceans Pioneer", qui réunit des pays ayant ratifié le traité BBNJ sur la haute mer et favorables à une pause de précaution, voire à une interdiction de l'exploitation minière des fonds marins. Cette coalition a été lancée officiellement à New York en septembre dernier et se réunit ce 9 Février à Lisbonne.
En parallèle, vous avez tenu à rencontrer les Français du Portugal. Pourquoi était-ce important pour vous ?
Je ne peux pas effectuer un déplacement à l'international sans rencontrer les Françaises et les Français de l'étranger. C'est un aspect fondamental de mon portefeuille. J'ai eu l'occasion de visiter le lycée français Charles Lepierre de Lisbonne ce matin et de rencontrer des représentants de la communauté française. C'est un déplacement très court d'à peine 24 heures mais cette séquence était indispensable.
La réforme de l'AEFE suscite de nombreuses interrogations. Où en est-on concrètement ?
La réforme de l'AEFE est un chantier majeur. Le réseau AEFE compte aujourd'hui 612 établissements répartis aux quatre coins du monde. C'est un réseau unique, sans équivalent international. Les mesures votées lors du Conseil d'administration de décembre dernier sont des mesures budgétaires d'urgence. Elles visaient à permettre à l'Agence de constituer des réserves face à une situation financière complexe, mais elles ne constituent en aucun cas la réforme. Une réforme importante et ambitieuse est en cours.
Pourquoi ce réseau est-il si stratégique pour la France ?
Le réseau AEFE remplit deux fonctions essentielles. D'abord, une mission éducative pour les Françaises et Français de l'étranger. Ensuite, une mission d'influence extrêmement forte. Le nombre de chefs d'État, de responsables politiques, d'artistes ou de personnalités influentes dans leur pays d'origine ayant été scolarisés dans ce réseau est impressionnant. C'est un vecteur majeur de la francophonie, de la langue française, mais aussi des valeurs françaises et de l'éducation à la française, qui est reconnue dans le monde entier.
Qu'avez-vous à dire par rapport au mécontentement des parents d'élèves, des enseignants et du personnel non enseignant en particulier du Lycée français Charles Lepierre, en lien avec la réforme de l'AEFE ?
Je comprends parfaitement ces préoccupations, car à ce stade, ils n’ont pas tous les détails de la réforme à venir. Pour le moment, ils n’ont vu que certaines mesures budgétaires qui ont été votées. La réforme est à venir et elle sera co-construite avec eux, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités. Le modèle est complexe, avec différents types d'établissements (établissements en gestion directe, conventionnés ou partenaires) et une diversité de statuts pour les enseignants. Je suis attachée au fonctionnement de ce réseau et à la présence de professeurs issus de l'Éducation nationale. Mais il faut aujourd'hui harmoniser un système qui s'est construit de manière empirique, avec beaucoup d'exceptions, tout en préservant son essence.
On peut dire que 2026 va être une année transitoire, en attendant que la réforme soit mise en place ?
Tout à fait. En tout cas, 2026 sera une année que je qualifierais de refondation du réseau AEFE. L'objectif est très clair : préserver l'essence même de ce réseau, sa raison d'être, tout en le rendant plus solide et plus robuste. Il s'agit de mettre en place des mesures structurelles qui permettront au réseau de se projeter dans la durée. Évidemment, c'est un travail de fond, qui demande du temps, mais nous avons la volonté d'avancer rapidement. Il est essentiel que les Françaises et les Français qui scolarisent leurs enfants dans ce réseau puissent avoir de la visibilité, de la lisibilité et de la prévisibilité. Et surtout, il faut protéger ce réseau qui constitue un atout absolument formidable pour notre pays. Un point auquel je suis particulièrement attachée concerne les bourses scolaires. Il est fondamental que les Français les plus modestes puissent continuer à accéder à l'enseignement français à l'étranger. La mixité sociale fait partie de l'ADN du réseau.
Par ailleurs l´enseignement du français existe à Lisbonne et Porto, cependant il est saturé et il y a de plus en plus de Français hors de ces deux centres, par exemple à Braga, dans le centre du Portugal et au sud de Lisbonne, des solutions sont-elles à l´étude ou envisagées ?
De nouveaux établissements sont partenaires, tels que la Redbridge School à Lisbonne, qui a ouvert il y a quelques temps.
La manière dont le réseau AEFE s'est historiquement construit repose largement sur des initiatives locales : des parents d'élèves, des communautés françaises qui identifient un besoin d'enseignement français et qui se tournent vers l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger afin d'être accompagnées dans l'ouverture d'une école. Il faut analyser la situation, évaluer précisément les besoins éducatifs, mais aussi les capacités du réseau. Il existe des projets en cours, qui sont actuellement à l'étude. Dans le cadre de la réforme globale et du pilotage politique renforcé que nous souhaitons mettre en place, il faudra se poser la question de la pertinence de l'ouverture de nouveaux établissements, en fonction des territoires et des réalités locales.
Se pose aussi la question de l'équivalence du baccalauréat pour les élèves souhaitant intégrer l'enseignement supérieur portugais. Où en est-on ?
Cela relève avant tout de la relation bilatérale entre la France et le Portugal, et dépend également des autorités portugaises. Cela étant, des démarches sont en cours. Le poste diplomatique est pleinement mobilisé et des avancées ont déjà été obtenues. Notre volonté est très claire : permettre une reconnaissance qui offre aux élèves titulaires du baccalauréat la possibilité de poursuivre leurs études dans le système portugais s'ils le souhaitent.
Plus largement, cette question s'inscrit-elle dans un renforcement de la coopération académique entre la France et le Portugal ?
Absolument. Lors de son dernier déplacement au Portugal, le président de la République a signé une convention de coopération, notamment dans le domaine académique. Il faut encourager toutes les initiatives qui favorisent la mobilité des étudiants, qu'il s'agisse d'étudiants français venant étudier au Portugal ou d'étudiants portugais souhaitant poursuivre leur parcours en France. C'est un axe fort de la relation bilatérale.
Peut-on dire que ces discussions avancent rapidement ?
Elles avancent, oui. C'est en cours, et même plus qu'en cours, puisque des progrès concrets ont déjà été réalisés. Je peux assurer qu'il est suivi de près et que la volonté côté français est d'aboutir le plus rapidement possible, dans la mesure des réponses que nous obtiendrons également côté portugais.
Quelles sont aujourd'hui, de votre point de vue, les principales préoccupations des Français de l'étranger au Portugal ?
J'ai pu m'entretenir avec les quatre conseillers des Français de l'étranger et échanger sur les sujets qui animent la communauté française ici. Il y a bien sûr les questions consulaires, notamment à Porto. À Lisbonne, les délais sont jugés très satisfaisants. On m'a également fait remonter des attentes concernant l'amélioration des tournées consulaires et la qualité du service rendu.
La dématérialisation des services consulaires fait-elle partie des priorités ?
Le Portugal faisait partie d'un dispositif expérimental de dématérialisation de certains services consulaires, avec des résultats très encourageants. Il faut désormais mieux faire connaître ces dispositifs et les développer davantage. Les chantiers sont nombreux, d'autant que la communauté française ici évolue : elle est plus nombreuse, plus diversifiée, avec de nouveaux arrivants attirés par le Portugal. Cette croissance démographique se traduira concrètement par l'élection d'un conseiller ou d’une conseillère consulaire supplémentaire, lors du prochain scrutin en mai, reflet du dynamisme et de l'augmentation de la population française dans le pays.
Vous évoquez par conséquent des évolutions possibles du processus électoral.
Effectivement. Aujourd'hui, la propagande électorale envoyée par courrier arrive souvent après les échéances, ce qui représente un coût important et une efficacité limitée. Je souhaite réfléchir à des alternatives plus adaptées, notamment numériques. De la même manière, le vote par correspondance est très peu utilisé, au profit du vote par internet ou à l'urne. Il y a là des marges d'amélioration pour une meilleure gestion des moyens et une meilleure prise en compte des attentes réelles des Français de l'étranger. Je travaille actuellement à un projet de loi, qui permettra de mieux prendre en compte les besoins des communautés françaises à l’étranger et notamment de simplifier un certain nombre de démarches, telles que celles-ci.
Avez-vous un dernier message à adresser aux Français installés au Portugal ?
J'encourage vivement toutes les Françaises et tous les Français à s'inscrire au registre des Français de l'étranger. Ce n'est pas obligatoire, mais c'est essentiel pour adapter les services consulaires, mieux identifier la présence de nos ressortissants et pouvoir réagir efficacement en cas de situation de crise, comme on le voit actuellement avec les intempéries.




























