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Christian Lefèvre, une exposition entre réflexion et expérimentation artistique

À Lisbonne, la Galeria "Oficina Impossível" accueillera dès le 12 février l’exposition intitulée "Je préférerais ne pas" de l’artiste Christian Lefèvre. Présentée en partenariat avec l’Association Luso-Française d’Art (ALFA), l’exposition sera ouverte au public jusqu’au 14 mars. Le vernissage aura lieu le 12 février, de 18h à 21h.

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©Christian Lefevre
Écrit par Lepetitjournal Lisbonne
Publié le 5 février 2026, mis à jour le 6 février 2026


Lepetitjournal est allé à la rencontre de l´artiste pour le faire connaître à ses lecteurs.

Quel a été votre parcours ?

J’ai commencé à faire de la sculpture vers 14–15 ans, dans le couloir de l’appartement de mes parents. Je tapais sur des morceaux de bois. Puis, en terminale, je me suis mis à beaucoup dessiner, en laissant les cours parfois de côté !
Ensuite, j’ai suivi une école préparatoire aux concours des Beaux-Arts, puis j’ai intégré les Beaux-Arts de Paris, où j’ai étudié pendant trois à quatre ans pour obtenir mon diplôme.
J’ai commencé à exposer assez jeune, vers 19–20 ans, notamment dans les grands salons parisiens comme le Salon de mai, Grands et Jeunes d’Aujourd’hui ou Réalités Nouvelles, dans les années 1980.

En parallèle, pour gagner ma vie, je suis entré dans l’Éducation nationale comme enseignant en technologie au collège. J’ai mené pendant de nombreuses années cette double vie d’enseignant et d’artiste, en alternant expositions dans des musées, centres culturels, salons et projets liés à l’architecture, avec des œuvres installées dans des écoles, des bibliothèques ou l’espace public.


Pourquoi avoir intitulé l’exposition « Je préférerais ne pas » ?

Cette phrase vient de Bartleby de Herman Melville. C’est la phrase qui déclenche le récit : « Je préférerais ne pas ». Pour moi, c’est une posture face au monde.
Ce n’est pas de l’inertie, mais un refus moral, une manière de dire non à certaines situations que tout le monde trouve normales.

Dans mes sculptures, il y a beaucoup d’hybridations entre le naturel et la technique. Les titres sont souvent ironiques. J’exprime parfois un contentement apparent face à des aberrations technologiques ou écologiques, justement pour poser la question du rapport entre la technique et la nature.


Cette exposition présente deux formes d´expression artistique : la sculpture et le dessin à l´encre de chine, pourquoi avoir choisi ces deux formes alors que vous en utilisez bien d´autres comme la peinture et la photographie ?

Cette dualité est profondément inscrite dans mon expérience. J’ai besoin de cet équilibre entre le dessin et la sculpture.
Je n’ai pas choisi la peinture ou la photographie parce que cela ne s’y prêtait pas pour cette exposition et ces deux formes d´expressions sont moins présentent dans mon travail.

Dans mon processus de création, j’alterne constamment : je fais un dessin, puis je passe à une sculpture, ou inversement. Cela me permet de me libérer l’esprit et d’être disponible pour autre chose.


Quelle est la forme d’expression que vous privilégiez et pourquoi ?

Il n’y en a aucune. Pour moi, le dessin et la sculpture sont équivalents.
Le dessin est très intime, très personnel, presque muet. La sculpture, en revanche, permet davantage de discours, parfois plus politique ou plus formel.


Vous utilisez beaucoup de recyclable dans vos œuvres et associez différents matériaux, pouvez-vous nous présenter votre démarche artistique et que représente l´acte créatif pour vous ?

L’acte créatif est avant tout une expérience. En sculpture, je suis un assembleur. J’ai chez moi un ensemble d’objets, de métal, de bois, d’éléments trouvés.
Il me faut toujours un élément perturbateur qui vient bousculer la logique de l’assemblage.

En dessin, c’est le geste qui compte. Il faut presque oublier le geste, avoir l’impression que cela s’est fait sans moi. Si je me trompe, avec l´encre de chine je ne peux pas corriger, contrairement au fusain que j’utilisais auparavant.
Je recycle tout : si un dessin ne fonctionne pas, je le coupe et je le réutilise.


Pouvez-vous nous dire que représente une des œuvres exposées « Végétal à roulettes » qui est composée de 4 matériaux ?

Cette œuvre est composée de plusieurs matériaux : des morceaux de palme, des roulettes, du bois, des napperons et de la mousse polyuréthane.
Un jour j’ai trouvé des napperons dans la rue, posés au-dessus d’une poubelle, probablement parce que les gens ne voulaient pas vraiment les jeter.
Le napperon est pour moi un élément très culturel, très présent au Portugal. J’ai voulu l’associer à un élément perturbateur, la mousse polyuréthane, qui prolifère comme une verrue.
C’est une réflexion sur l’hybridation entre nature et industrie, sur ce que l’on appelle aujourd’hui la nature, qui est en réalité largement façonnée par l’homme.


Depuis quelques années vous vivez entre la France et le Portugal, qu´est-ce qui vous séduit ou pas au Portugal ? Et comment le Portugal a t´il influencé votre travail artistique ?

Le Portugal a été pour moi une véritable cure de jouvence. J’avais du mal à me projeter dans une retraite en France, dans des lieux chargés de souvenirs.
Vivre au Portugal, c’est quelque chose de totalement nouveau pour moi.
Je ne trouve pas les mêmes matériaux ici, et cela a profondément renouvelé mon travail. Il y a un vrai changement, un renouveau artistique que je ressens fortement depuis que je vis entre les deux pays.

Galeria Oficina Impossìvel : Calçada de Abrantes nº 102 à Lisbonne - Ouverte du jeudi au samedi de 15h à 18h30.

 

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