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L’EUCALYPTUS - Ses origines et son implantation au Portugal

Par Lepetitjournal Lisbonne | Publié le 18/09/2013 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 02:13

En 1875, le Portugal possédait 4 millions d'hectares de terres abandonnées, selon Perry, attribuées à un premier cycle d'exode des campagnes. Ce phénomène disparaîtra quasi totalement, en 1955, grâce à l'avancée des terres cultivées et à l'exploitation forestière. Depuis 1970, on a vu réapparaître l'abandon qui concerne aujourd'hui environ 2 millions d'hectares (deuxième cycle).

Expansion des forêts d'eucalyptus
La mise en place de forêts est généralement mal accueillie par les populations locales paysannes qui ne peuvent plus dès lors utiliser les terres incultes pour y mettre leur bétail, ramasser du bois ou y couper du maquis. En d'autres occasions, comme au début du XXº siècle, dans la région de la Beira basse, les forêts de pin sylvestre avancèrent grâce à la volonté des ruraux pour assurer la propriété des terres.

L'expansion des forêts d'eucalyptus se situe dans le deuxième cycle des terres abandonnées. Ces plantations apparaissent comme la consécration d'une rupture des populations à faible densité avec l'espace qui les cerne et celles-ci marquèrent une forte hostilité aux eucalyptus, refusant cette transformation du paysage, ces arbres étant aussi le symbole de ces bouleversements, en y ajoutant un rejet de quelque chose d'exotique et d'étranger mal venu. On les accusait de défigurer un paysage qui en vérité était déjà bien perturbé depuis deux siècles.

Si la production forestière s'intègre dans une occupation du territoire de façon sensée, au même titre que la production agricole, la protection de la nature et des activités territoriales, sa fonction essentielle est aussi de fournir du bois à des fins commerciales, les défenseurs des eucalyptus certifient que ce sont des plantes «normales et décentes» chez lesquelles il faut savoir où, quand et comment on doit les utiliser. Cependant, il ne fait aucun doute que l'aspect général d'une plantation de ces arbres à l'alignement presque parfait sur de trop grandes surfaces reste d'une monotonie à mourir. Il semble même exagéré de s'y référer en tant que forêt, terme qui convient davantage à une grande diversité végétale, sans ordre apparent, même si naturellement il y a toujours une répartition prédéfinie des différentes espèces végétales.

L'Eucaliptus ou Gommier bleu (Eucaliptus globulus)
Comprenant de 600 à 700 espèces différentes, l'eucalyptus est certainement actuellement l'arbre à fleur (Angiosperme) le plus représenté sur la planète. Pour le Portugal, l'espèce la mieux adaptée est l'Eucaliptus globulus, originaire de Tasmanie et du sud-est du continent australien. Il occupe un rôle important de l'économie du pays non seulement par la surface d'exploitation comme par sa haute rentabilité, fournissant la matière première d'un des principaux secteurs industriels de l'économie portugaise, l'industrie de la pâte à papier, ayant une participation de première place dans la balance commerciale externe du pays.

Le genre Eucaliptus sera présenté aux Européens pour la première fois avec les spécimens de Joseph Banks (1743-1820) et de son assistant Daniel Solander (1733-1782) rapportés de l'expédition de James Cook de 1771. Mais c'est avec le voyage d'Entrecasteaux, réalisé de 1792 à 1793, à la recherche de Lapérouse, que le botaniste Houtou de Labillardière (1735-1834) classifia le premier l'eucalyptus qu'il découvrit dans la baie de Recherche au sud-est de la Tasmanie. Les arbres de taille énorme impressionnèrent fortement le botaniste qui les représenta dans ses rares illustrations de son Atlas botanique de 1799. Avec l'expédition Baudin de 1800-03, des graines d'eucalyptus globulus et d'autres espèces arriveront en France et ensuite seront répartis en différents pays européens. Cinquante ans plus tard, on trouvait des eucalyptus à prospérer sur la Côte d'Azur. Bien qu'il n'existe aucune note certifiée de l'introduction au Portugal, il est possible que les premiers exemplaires aient été plantés entre 1820 et 1830 à Vila Nova de Gaia.

Propriétés de l´eucalyptus
Les premières introductions furent d'abord à des fins ornementales par des particuliers pour l'agrément de leur jardin afin d'avoir "de l'exotique", tout comme pour les bienfaits médicinales déjà reconnus, grâce à son huile qui contient l'eucalyptol, un décongestionnant et antiseptique très efficace pour ses propriétés antibactériennes. Particulièrement résistant aux incendies, puisque son tronc brulera sans affecter les racines qui permettront de refaire de nouveaux troncs après quelques temps, on le considère comme une espèce «pyrophyte» qui par le feu peut éliminer ses éventuels concurrents. Par le même effet, l'eucalyptus a la capacité de créer après une première coupe de nouveaux troncs à partir de sa base racinaire. Ainsi, l'exploitation se fait en rotation de 12 à 15 ans, permettant 3 à 4 coupes, donc de 36 á 60 ans d'occupation.

Introduit en Europe méridionale au milieu du XIXº siècle, l'eucalyptus sera en général bien accueilli, surtout dans les régions où le manque de bois était chronique. L'apparition d'une espèce à croissance rapide, au tronc fin et lisse était très attractive. On l'utilisera aussi comme combustible et dans les exploitations agricoles pour différents usages. Son utilisation à plus large échelle sera tout d'abord pour fournir les traverses de chemin de fer et les premières plantations ayant cet objectif seront effectuées, en 1870, par la Compagnie Royale des Chemins de fer portugais dans des pépinières, autour des gares et le long des voies.

L´eucalyptus et les plans de Repeuplement Forestier
Dans le plan national de reforestation du territoire de 1872, l'eucalyptus n'occupe nullement une place prépondérante, car l'objectif est alors de repeupler les montagnes et dunes du nord du pays, rôle que rempli parfaitement le pin sylvestre, avec ses caractéristiques de pionnier dans des sols dégradés. Cependant, en 1925, l'entreprise Caima, installée au Portugal depuis 1888, ayant eu recours à d'autres matières premières, en particulier au pin sylvestre, commence à commercialiser la pâte obtenue à partir d'eucalyptus en même temps qu'elle développe des plantations de cette espèce. L'Etat se préoccupera surtout d'arboriser les montagnes en exécutant le Plan de Repeuplement Forestier de 1938.

Dans la décennie de 1950, la Compagnie portugaise de cellulose, conjuguant les intérêts d'industriels et de banquiers portugais, par l'intermédiaire de l'Etat, appuyé même par le célèbre Plan Marshall, la Banque mondiale et les fonds d'aides européennes, développe l'exploitation du pin sylvestre d'abord, puis de l'eucalyptus. Ainsi se met en place la grande expansion de l'industrie de cellulose du pays, atteignant rapidement les 100 000 hectares de plantations pour arriver aujourd'hui à une surface six fois plus importante. Sur les 120 espèces d'eucalyptus présentes au Portugal, Eucaliptus globulus présentera la meilleure productivité, bien que sensible à la gelée. Dans certains cas, il sera remplacé par des espèces alternatives comme E. nitens et E. viminalis. En zone de sécheresse extrême, c'est E. camaldulensis qui sera choisi. Cependant, E. globulus occupera 95 % des plantations et les efforts génétiques pour son amélioration seront inexistants sur les autres espèces.

Ainsi, avec 672 000 hectares de plantations entre 1995 et 1998, l'eucalyptus est la troisième production sylvicole portugaise (19% de la surface forestière), après le pin sylvestre et le chêne-liège, pour une consommation annuelle de 5,3 millions de m3 de bois d'eucalyptus par an, associée à une production globale de 2 millions de tonnes de pâte blanchie. Il faut rappeler que les plantations forestières de croissance rapide occupent au niveau mondial environ 10 millions d'hectares et que les espèces utilisées, en dehors des eucalyptus sont les peupliers, saules et acacias. Elles se destinent pour la plupart à la production de matière première pour l'industrie. Une surface résiduelle se destine à la production de bioénergie.
(Photo : CaféPortugal)
Préoccupations environnementales
Les préoccupations environnementales au niveau des plantations ne datent pas de maintenant. Les agriculteurs remarquèrent assez vite la baisse de productivité sur les surfaces adjacentes aux eucalyptus ou quand ce dernier fut utilisé comme brise-vent. Ce constat qui provient d'une intense consommation d'eau par les lignes d'arbres de bordure rendit les eucalyptus peu appréciés. En 1937, une loi interdira la plantation d'eucalyptus à moins de 20 mètres de distance de terres cultivées et à moins de 40 mètres de sources ou de terres de culture horticole. Mais c'est surtout entre 1970 et 1990 que la controverse s'installe en parallèle à l'expansion des plantations. Cette polémique n'affectera pas seulement le Portugal, mais tous les pays où l'arbre est exploité pour la production de bois, papier ou combustible, tels l'Inde, l'Ethiopie, le Brésil ou l'Afrique du Sud. Un décret sortira, en 1988, au Portugal, visant à empêcher une prolifération de trop grandes surfaces continues d'eucalyptus, tout comme l'impossibilité de conversion de forêt de lièges et de chênes portugais en plantations.

L'expansion de la culture des eucalyptus s'est développée en parallèle d'un urbanisme croissant de la population portugaise plus soucieuse de défense de l'environnement et de conservation de la biodiversité. Cette optique met en retrait l'aspect productiviste d'une plantation industrielle face aux bénéfices environnementaux, ceci rendant difficile aux propriétaires des forêts de faire une conversion en valeur économique de leur bien. Les conflits d'intérêts sont donc inévitables avec ce changement de paradigme de la gestion forestière. D'où la nécessité de donner le maximum de réponses aux préoccupations écologiques avec une culture qui se trouve à la base d'une industrie de si grande importance au niveau national.

Il a été constaté que la végétation spontanée décroît au fur et à mesure que pousse une plantation, sans pour cela modifier le nombre d'espèces présentes pionnières plus rustiques, espèces ligneuses autochtones et arbustives qui resteront présentes même après des années d'exploitation des eucalyptus. Il est cependant nécessaire d'envisager la conservation de la diversité végétale et la gestion de la surface forestière en accord avec une perspective régionale de manière à préserver, à l'échelle du paysage, des mosaïques de couverture de différentes sortes et selon différentes intensités de cultures, incluant des zones non exploitées de végétation naturelle et/ou naturalisée.

L'impact des plantations d´eucalyptus sur la faune
Sur l'impact des plantations au niveau de la faune, il est notoire que les rotations de cycle court d'exploitation des eucalyptus (chaque 12 ans) sont les plus pauvres en nombre d'espèces d'oiseaux. La présence d'un sous-couvert végétal est aussi un élément essentiel pour influencer la richesse et la diversité de la faune avicole. A ce niveau, il en va de même pour les plantations de pin de croissance rapide.

La faune à la recherche de creux dans les arbres pour y faire leur nid comme les pics-verts se trouve frustrée, tout comme les fouines, belettes ou chats sauvages qui ont besoin d'arbres de grande taille avec des cavités naturelles pour en faire leur gite. Les rapaces ne trouvent pas non plus de branches latérales suffisantes et assez fortes pour y construire leur nid de grande dimension, chose qui n'arrive pas avec des eucalyptus déjà de taille imposante. Le fait d'être un arbre exotique rend une plantation d'eucalyptus peu attrayante á la faune indigène, insectes phytophages ou avifaune qui prendra du temps à s'y adapter. Les feuilles d'eucalyptus possèdent une résine qui repousse les insectes phytophages qui sont à la base de la chaîne alimentaire d'une forêt.

Pour éviter une telle pauvreté de la faune, il faudra promouvoir parmi les plantations d'autres formes d'occupation forestière, en y incorporant des formations ouvertes de prairies et de maquis, remplaçant ainsi des surfaces extensives uniformisées par une mosaïque équilibrée dans un paysage diversifié.

André Laurins (www.lepetitjournal.com/lisbonne.html) jeudi 19 septembre 2013
Technicien agronome (maria.friesen@sapo.pt)

(Photos : M.J. Sobral - recueillies à la pépinière d´eucalyptus et à usine de pâte à papier de Setubal du groupe Portucel-Soporcel)

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