La remise du Choix Goncourt du Portugal 2026 s'est tenue le 2 juin au Palácio de Santos à Lisbonne, en présence de Kamel Daoud, président du jury et Prix Goncourt 2024. C'est "La Maison vide", de Laurent Mauvignier (Éditions de Minuit), qui a remporté le Choix Goncourt du Portugal 2026.


Le jury national d'étudiants, réuni à huis clos au Palácio de Santos le 2 juin dernier, a désigné le roman "La Maison vide", de Laurent Mauvignier, déjà couronné du Prix Goncourt 2025, lauréat donc de cette édition, devant La Nuit au cœur de Nathacha Appanah (Gallimard), Kolkhoze d'Emmanuel Carrère (P.O.L) et Le Bel Obscur de Caroline Lamarche (Seuil).
Un jury de qualité pour cette 4e édition du Choix Goncourt Portugal
Organisé par l'Institut français du Portugal et l'Ambassade de France au Portugal, en partenariat avec l'APEF, la Nouvelle Librairie Français et le Mama Shelter, le Choix Goncourt du Portugal a rassemblé cette année vingt-trois étudiants issus de sept universités : Algarve, Lisbonne, Nova de Lisboa, Aveiro, Madère, Coimbra et Porto. Pendant plusieurs mois, ces lecteurs, en langue française, ont lu, analysé et débattu les quatre ouvrages finalistes, avant qu'un représentant de chaque université ne siège au jury national le jour de la délibération. Président du jury pour cette édition, Kamel Daoud s'est dit frappé par la qualité des échanges : « J'ai été étonné par la maturité du jugement des étudiants sur les quatre romans. Ça m'a beaucoup surpris. »

« Il n'y a pas de fatalité » selon Kamel Daout
À l'issue de la cérémonie, Lepetitjournal s'est entretenu avec l'écrivain franco-algérien, lauréat du prix Goncourt en 2024, en France, pour Houris. Il a livré à tous les amoureux de la littérature un message à portée universelle : « La littérature a été salvatrice pour moi. Ça veut dire qu'il n'y a pas de déterminisme absolu et que l'on peut enfreindre les lois et les règles. J´ai lu des contes de fées et j´ai jamais cru que j´allais en faire parti. » Interrogé sur les thèmes au cœur de cette sélection : violences conjugales, totalitarisme soviétique, transmission mémorielle, il a identifié une ligne directrice commune aux œuvres contemporaines : « La mémoire doit être revisitée. Elle ne doit pas nous emprisonner, ni nous empêcher de vivre. » Il a également évoqué la tension entre le temps court de la lecture sous forme numérique et le temps long de la lecture romanesque, qu'il perçoit comme deux forces en opposition dans le rapport contemporain à la culture.
Le roman, « passeport universel »
Interpellé sur la singularité de ces étudiants portugais qui lisent et débattent en français ; langue apprise, non héritée, Kamel Daoud a refusé toute hiérarchie entre lecteurs natifs et non-natifs : « Nous lisons pour ne plus être que nous-mêmes. » Et de conclure : « Le roman est un passeport universel. »

L'édition 2026 de ce Choix Goncourt a par ailleurs récompensé le meilleur argumentaire étudiant. C'est Anthéa Marquez qui s'est vu remettre le prix, pour la conviction avec laquelle elle a défendu sa vision de Kolkhoze d'Emmanuel Carrère (P.O.L). Une distinction qu'elle n'espérait pas : « Je n'y croyais pas, car cela a demandé beaucoup de nuits blanches de lecture et de préparation », confie-t-elle au Lepetitjournal. Accompagnée tout au long de l'année par ses professeurs dont elle salue le rôle dans l'amélioration de son français et l'élargissement de sa culture littéraire, elle garde de l'expérience un souvenir enthousiaste. Son conseil aux futurs participants : « Faites-vous plaisir, lisez, regardez des films et participez au Choix Goncourt. »

Lisbonne, carrefour littéraire franco-portugais
Lors de la remise du prix, présidé par le premier conseiller près de l'Ambassade de France, Matthieu Jagour, celui-ci a rappelé que le Choix Goncourt du Portugal s'inscrit dans une dynamique d'intensification des liens littéraires entre les deux pays, avec notamment un programme d'aide à la publication pour les œuvres traduites en portugais.
Le Choix Goncourt du Portugal, devenu un rendez-vous structurant pour la promotion de la littérature francophone auprès du jeune public universitaire lusitanien, se présente comme une initiative qui entend faire vivre ce pont entre deux traditions littéraires comme l´a souligné Matthieu Jagour.


















