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"Mon nom est personne" : Fernando Pessoa inspire Matthieu Mégevand

Auteur d´une dizaine d´ouvrages dont des biographies romancées de Mozart et de Toulouse-Lautrec, l´écrivain genevois Matthieu Mégevand a fait paraître récemment chez Christian Bourgois un roman -Mon nom est personne- où il imagine avec un énorme doigté la vie des trois principaux hétéronymes de Fernando Pessoa, à savoir Alberto Caeiro, Ricardo Reis et Álvaro de Campos. En un mot : remarquable !

Mon nom est personneMon nom est personne
Écrit par Fernando Couto e Santos
Publié le 29 juillet 2026

Fernando Pessoa, un des plus grands poètes du vingtième siècle 

Fernando Pessoa est, à lui seul, toute une littérature. Il est né en 1888 à Lisbonne le 13 juin, jour où l´on fêtait la Saint-Antoine, raison pour laquelle ses prénoms étaient Fernando et António en hommage, dit-on, au célèbre Saint, revendiqué par deux villes -Lisbonne où il est né en 1195 et Padoue où il est mort en 1231- qui se prénommait en effet Fernando avant d´être ordonné prêtre franciscain.  Elevé à Durban en Afrique du Sud, Fernando Pessoa est rentré à Lisbonne en 1905, à l´âge de 17 ans. Vivant sous un équilibre fort instable. Il a très peu publié de son vivant. Son premier recueil, paru en 1934, un an avant sa mort, s´intitulait Mensagem (Message). Ces quarante-quatre poèmes mystiques composent une sorte d’épopée dont le messianisme sébastianiste (du roi Sébastien, disparu au Maroc en 1578, dans la bataille de Ksar El-Kébir) prophétise une humanité nouvelle et l'avènement du « Cinquième Empire de paix universelle ». Ce recueil lui vaut un prix littéraire d´honneur attribué par le service de propagande du régime. Le 30 novembre 1935, à l´âge de 47 ans, Fernando Pessoa est décédé à l´hôpital de Saint-Louis des Français, à Lisbonne, pauvre et méconnu du grand public. Néanmoins, dès les années 40 ses œuvres sont éditées et l´on découvre ainsi la richesse incomparable d´un des plus grands poètes du vingtième siècle, toutes langues confondues. Fernando Pessoa a créé une œuvre poétique multiple et complexe sous la forme d´hétéronymes, des personnages auxquels il attribue des noms, une biographie, une production propre et un style personnel. C´est de cette originalité enfantée par la plume de Fernando Pessoa que l´écrivain suisse Matthieu Mégevand s´est inspiré pour poindre son roman Mon nom est personne, paru en mars dernier aux éditions Christian Bourgois.  


Matthieu Mégevand, écrivain genevois

Né à Genève en 1983, Matthieu Mégevand a une licence en philosophie et un master en histoire des religions. Il travaille un temps comme journaliste pour le bimestriel Le Monde des Religions et comme chroniqueur pour la revue Choisir. À l´âge de 43 ans, il a déjà une dizaine de livres à son actif dont le roman Les deux aveugles de Jéricho (éditions L´Âge d´Homme, 2011, prix de la Société littéraire de Genève) et les biographies romancées du peintre Toulouse-Lautrec (Lautrec, 2019, Prix Grands Destins/Le Parisien) et du musicien Wolfgang Amadeus Mozart (Tout ce qui est beau, 2021, Prix Livres et Musiques 2022 de Deauville), toutes les deux publiées chez Flammarion.


Mon nom est personne : la vie des trois principaux hétéronymes de Fernando Pessoa

Le roman Mon nom est personne est divisé en plusieurs parties consacrées à Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Álvaro de Campos et à Fernando Pessoa ortonyme (quand il écrivait sous son propre nom). 

Alberto Caeiro est le poète-paysan, qui n´a pas beaucoup étudié et qui est l´auteur du Gardeur de troupeaux (Guardador de Rebanhos, en portugais). Fernando Pessoa le tenait pour le maître de tous les autres hétéronymes, sa poésie étant marquée par son caractère bucolique et le refus de toute métaphysique. Dans Mon nom est personne, le narrateur le dépeint comme un homme modeste qui nourrit les animaux, bêche la terre, rafistole une clôture, arrose les plantes. Il vit avec une vieille tante, « une femme simple, pieuse et sans instruction ». Lorsque ses poèmes sont connus grâce à un cousin qui fréquente les cercles littéraires d´avant-garde à Lisbonne, une cohorte de fidèles dont Ricardo Reis et Álvaro de Campos accourt au village où habite Caeiro pour lui rendre visite et découvrir l´oiseau rare. Néanmoins, Alberto Caeiro conserve sa modestie et repousse toute notoriété. De la brève idylle avec Ophélia -le même prénom que portait la seule fiancée réelle de Fernando Pessoa-, Caeiro n´en garde pas de véritable chagrin. Par contre, ses quintes de toux incessantes prouvent que sa tuberculose s´accentue. La fin approche : « amaigri, souffreteux, sans souffle ni appétit, il somnolait dans son lit. Le monde lui paraissait une chose à la fois proche et très lointaine. Les hommes plus encore (...,), il semblait absent ou plein de bonté pour tout ce qui l´entourait ». 

Ricardo Reis est un poète de facture classique qui allie le stoïcisme à l´épicurisme. Médecin et royaliste, il n´accepte pas la nouvelle République portugaise issue de la révolution de 1910 et en 1919, il s´exile au Brésil. Le prix Nobel de Littérature José Saramago a immortalisé sa figure dans son roman L´année de la mort de Ricardo Reis. Matthieu Mégevand l´imagine en donnant des rendez-vous dans son cabinet médical tout en poursuivant ses divagations. Épris, on l´a vu, de culture classique et donc de mythologie gréco-latine, le monde moderne le dégoûte : « Tout ce boucan. Cette vitesse. Ce perpétuel changement. Dans toute la ville on détruisait, on élargissait, on agrandissait (...) On méprisait la rigueur et les ordres anciens. Mais plus encore que l´aspect physique, c´était la perte de sens esthétique et moral qui l´exaspérait. Que l´on jette par-dessus bord tout ce que le passé avait patiemment transmis. Les beautés du monde antique. La sagesse chèrement acquise ». Il doutait toujours de lui, mais il se réalisait à travers la poésie.

Álvaro de Campos, ingénieur naval, est le poète de la modernité, du décadentisme (spleen et usage de l´opium), du futurisme (apologie de l´industrie et des machines) et de l´intimisme (crise existentielle et mélancolique). Il déambule d´ordinaire dans Lisbonne, fréquente les cafés, les librairies, marche jusqu´au Tage en s´interrogeant sur sa propre personnalité : « Il se demande de plus en plus souvent s´il existe bel et bien. Si tous ceux qu´il a rencontrés ont vraiment vécu, ou s´ils ne sont que des projections mentales, des symptômes de sa folie ». 

De la manière la plus romanesque qui soit, Matthieu Mégevand nous offre une ode à la poésie et nous invite à découvrir l´univers de Fernando Pessoa, un des écrivains les plus mystérieux et fascinants du vingtième siècle.             

Matthieu Mégevand, Mon nom est personne, éditions Christian Bourgois, Paris, mars 2026

 

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