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"L´ami Louis" de Sylvie Le Bihan : une histoire d´amitié entre Camus et Guilloux

En 1976, une journaliste, Elisabeth Daguin, est engagée par Bernard Pivot pour préparer une émission d´Apostrophes sur Albert Camus. Ses recherches la mènent au grand ami du Nobel de Littérature : Louis Guilloux, l´auteur de Sang Noir, un des plus grands romans français du vingtième siècle, qui vit pourtant oublié de tous à Saint-Brieuc.

Sylvie Le BihanSylvie Le Bihan
Écrit par Fernando Couto e Santos
Publié le 8 janvier 2026, mis à jour le 9 janvier 2026

L´ami Louis de Sylvie Le Bihan est un magnifique roman sur l´amitié, une traversée du XXème siècle littéraire et un hommage vibrant aux «petites gens», à la classe populaire dont Camus et Guilloux étaient les fidèles enfants.   


L´ami Louis  : Sylvie Le Bihan raconte l´histoire d´une amitié entre deux écrivains ; Albert Camus et Louis Guilloux 

Après le succès de son roman précédent, Les Sacrifiés, qui retraçait les vies du poète espagnol Federico García Lorca, de la danseuse et chanteuse Argentinita et du matador Ignacio Sánchez Mejias, l'écrivaine Sylvie Le Bihan revient lors de cette dernière rentrée littéraire, toujours chez l'éditeur Denoël, avec un nouvel ouvrage tout aussi envoûtant.  Ce nouveau roman -L´ami Louis- nous plonge au cœur du vingtième siècle littéraire et nous raconte l'histoire d'une amitié doublée d'un hommage vibrant à deux écrivains majeurs de la littérature française. Si l'un d'entre eux, Albert Camus, a eu droit à tous les honneurs y compris le Prix Nobel de Littérature en 1957 à l'âge de 44 ans, l'autre, Louis Guilloux, quoique reconnu par un certain public et par ses confrères, était quasiment oublié dans les années précédant sa mort en 1980.

Ils avaient tous les deux des origines modestes. Albert Camus, né en 1913 en Algérie, était fils d´une mère analphabète et d´un père mort pendant la Première Guerre Mondiale qu´il n´a donc pas connu. Louis Guilloux, né en 1899 à Saint-Brieuc, en Bretagne, était fils d'une modiste et d´un cordonnier. Aussi ce roman est-il en quelque sorte un hommage aux petits gens, à la classe populaire dont Camus et Guilloux étaient les fidèles enfants. 

L'histoire de ce roman débute en 1976. Elisabeth Daguin, journaliste, est engagée par Bernard Pivot pour préparer une nouvelle émission d´Apostrophes. Cette fois-ci sur le grand écrivain français Albert Camus -Prix Nobel, on l´a vu- auteur de romans remarquables comme L´Étranger ou La Peste ou d´essais décisifs comme L´homme révolté ou Le mythe de Sisyphe, décédé prématurément en 1960 dans un tragique accident de voiture.  

Pour recueillir des informations sur Camus, Elisabeth Daguin se déplace à Lourmarin, village de Provence où l´écrivain avait acheté une maison avec l´argent qu´il avait gagné en remportant le Prix Nobel, une maison devenue un havre de paix où il aurait eu la sérénité nécessaire pour écrire ses fictions ou ses essais, en compagnie quand même de sa femme Francine et des enfants. C'est dans le cimetière local d'ailleurs qu'il est enterré. En découvrant sa tombe, Elisabeth est frappée par la simplicité de la sépulture. Aucune épitaphe, seulement un nom et les deux dates qui encadrent une vie comme «gravées sur la stèle par une main d'enfant ». Elisabeth connaît entre-temps Paulette, une figure de Lourmarin qui lui donne son témoignage sur Camus : «Je les aimais bien moi, les Camus. Ce village, c'était leur refuge. Albert disait qu´il avait besoin de solitude, d'être loin de Paris pour travailler. Il écrivait debout derrière son bureau, face au Lubéron, et venait souvent prendre un café, parfois avec des amis, comme René Char, qui habite pas loin, à l’Isle-sur-la-Sorgue, ou avec son ancien professeur algérois, Jean Grenier. Parfois, ils restaient pour dîner et alors ils passaient la soirée sur cette terrasse à refaire le monde. Je m'asseyais avec eux à la fin de mon service et on trinquait à la vie, à l´amour et à l´amitié, c'était joyeux et léger. Sa femme, Francine, venait un peu moins au café et, depuis la mort d´Albert, on la croise seulement pendant les vacances, avec les enfants. La pauvre, elle fait peine à voir…».

C'est justement un des amis les plus proches de Camus, le poète René Char, qu´Elisabeth essaie de rencontrer, mais celui-ci lui répond par une lettre déclinant le rendez-vous et lui suggérant de parler avec un autre ami de Camus, Louis Guilloux.   


Louis Guilloux   

Elisabeth lit les livres de Louis Guilloux et fait le déplacement à Saint-Brieuc où l´écrivain habite presque tout le temps (sauf quand il doit séjourner à Paris où il a un petit appartement). Arrivée donc en Bretagne, Elisabeth rencontre un homme réservé qui se méfie des journalistes. Néanmoins, au fil de leurs échanges, elle découvre un homme charmant, fraternel et solidaire pour qui la littérature et la vie sont de véritables écoles d´amitié. Un homme qui avait raté d´un cheveu le Goncourt en 1935 avec son magnifique roman Le sang noir, qui avait remporté le Renaudot en 1949 avec Le jeu de patience, et le Grand Prix de l´Académie Française en 1973 pour l´ensemble de son œuvre. Enfin, un homme qui avait intégré le voyage des écrivains français en URSS avec André Gide en 1936 et avait aidé les réfugiés républicains espagnols lors de La Guerre d´Espagne. Donc, il n´était pas vraiment dans l´ombre, contrairement à ce que l´on pensait souvent. Quoi qu´il en soit, il reconnaissait, comme il a dit une fois à Elisabeth, qu´il lui aurait fallu faire un pas de plus pour atteindre le sommet : « J´ai eu de la chance, mais surtout des amis. Si je devais résumer ma vie, je dirais que j´ai eu le même parcours que Raymond Poulidor. Lui et moi, on a raté le maillot jaune de peu ».  La sagesse de Louis Guilloux offrira à Elisabeth la clé pour se réconcilier avec son passé. À son tour, elle l´aidera à retrouver un amour perdu. 

L´ami Louis de Sylvie Le Bihan est un roman émouvant qui ne peut qu'éblouir tous ceux qui font de l´amitié une patrie. 

Sylvie Le Bihan, L´ami Louis, éditions Denoël, Paris, août 2025.

 

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