Festa do Cinema Francês à Porto du 7 au 20 novembre - Madeleine Collins à l'affiche

Par Camille Roux | Publié le 04/11/2022 à 00:44 | Mis à jour le 04/11/2022 à 09:42
Photo : ©C. Roux
Antoine Barraud à la Festa do cinema francês à Lisbonne

Alors que la Fête du Cinéma Français se clôture à Lisbonne ce dimanche 6 novembre 2022 avec la projection du film L'Innocent de Louis Garel, Porto accueillera le festival à partir du 7 novembre prochain, et ce jusqu'au 20 novembre. La capitale lisboète continuera cependant de projeter la rétrospective sur Louis Malle jusqu'au 30 novembre à la Cinemateca Portuguesa, tandis que le cinéma NOS du centre commercial Amoreiras proposera de redécouvrir un certain nombre de films projetés durant la Festa du 8 au 11 novembre.


La Festa do Cinema Francês s'installe à Porto du 7 au 20 novembre 2022

Le 7 novembre 2022 sera projeté au Teatro Rivoli de Porto le film biographique Simone, le voyage du siècle du réalisateur français Olivier Dahan. Ce chef-d'œuvre retraçant avec brio la vie de la célèbre militante française Simone Veil ouvrira cette 23ème édition de la Festa du cinéma français à Porto, et marquera le début de deux semaines de festivité.

Avec une riche programmation regroupant 20 films issus de tous les genres cinématographiques, la Festa saura ravir tous les publics. Notamment à l'affiche, le thriller dramatique exaltant Madeleine Collins du réalisateur français Antoine Barraud. Nous l'avons rencontré lors de son passage à Lisbonne à l'occasion de la première du film au Portugal dans la cadre de la Fête du Cinéma Français.


Madeleine Collins, un thriller dramatique à ne pas manquer

À l'occasion de la projection de son film Madeleine Collins au cinéma São Jorge de Lisbonne dans le cadre de la Festa do Cinema Francês, le réalisateur Antoine Barraud a accordé un entretien exclusif au Lepetitjournal/Lisbonne. Il se confie sur la réalisation du film, le choix des acteurs, mais également les thèmes qu'il aborde avec brio et les messages qu'il désire faire passer aux spectateurs.
 
Lepetitjournal/Lisbonne : Vous êtes ici dans le cadre de la Fête du Cinéma Français avec votre film Madeleine Collins qui est sorti en France le 9 février dernier. Qu'est-ce que cela représente pour vous de participer à cet évènement majeur à Lisbonne ?

Antoine Barraud : J'ai habité à Lisbonne il y a quelques années, pendant presque trois ans, donc je connaissais déjà la ville. J'ai participé à de nombreux festivals au Portugal donc j'ai un peu l'impression de rentrer à la maison. J'habitais ici pour le plaisir mais aussi pour travailler, j'ai produit un film portugais qui s'appelle L'Ornithologue en 2016 et j'ai aussi beaucoup écrit Madeleine Collins en étant ici.

 

L'histoire est centrée sur le personnage de Judith qui mène plusieurs vies en même temps. D'où vous est venue l'idée de centrer ce film sur une femme qui a construit sa vie autour d'un tissu de mensonges ?

Les idées, je ne sais jamais d'où elles viennent, mais je sais pourquoi elles me plaisent en revanche. En l'occurrence ici, j'aimais surtout l'idée de faire un film autour de l'identité, des identités possibles, c'est toujours quelque chose qui me travaille. On a une identité mais finalement elle est arbitraire, on pourrait très bien décider demain d'être quelqu'un d'autre. D'ailleurs, parfois, lorsqu'on se rend à l'étranger, on est différent, quand on parle dans une autre langue on n'utilise pas les mêmes endroits de la gorge, et puis on peut mentir aussi. J'ai souvent vécu à l'étranger, et puis parfois ça m'arrivait de dire absolument n'importe quoi sur ma vie parce que personne ne  pouvait vérfier ! Je pense qu'il y a quand même en nous des potentiels d'identité que l' on n'utilise pas du tout, donc je trouve ça intéressant de façon générale, et en particulier dans ce film-là de faire jouer à une actrice comme Virgine Effira une actrice justement, quelqu'un qui est constamment en train d'interpréter.


C'est un équilibre fragile pour elle, puisque l'on voit au fur et à mesure du film que tout semble se fissurer. Pourtant elle s'entête dans son mensonge, comme s'il s'agissait d'une maladie au final, et qu'elle ne pouvait s'en empêcher. Quel est le message que vous avez voulu transmettre à travers ce personnage ? S'agit-il d'une personne malade ou a-t-elle conscience de ses actes ?

Le mensonge est bien évidemment omniprésent dans ce film. Quand on ment à ce point-là, c'est vraiment une architecture de mensonge extrêmement complexe dans la tête qu'il faut toujours avoir à l'esprit, car sinon on se grille. Finalement, quelqu'un qui ment de façon pathologique comme ça c'est quelqu'un qui crée de la fiction, et moi c'est mon métier, créer de la fiction, donc je me sens proche finalement des menteurs et des menteuses. Donc oui on pourrait dire qu'elle est folle, mais qu'est-ce qu'on appelle véritablement la folie ? Pour moi Judith c'est quelqu'un qui tombe amoureuse d'une situation qu'elle veut défendre coûte que coûte, jusqu'à une forme de folie. Même si ça vient de sa volonté, c'est aussi quelque chose qui la dépasse, car c'est plus grand qu'elle dans le sens où la réalité la rattrape souvent et de façon dangereuse. Mais même si elle perd pied plusieurs fois dans le film, je voulais absolument que ce soit l'histoire de quelqu'un qui prend le contrôle et va vers une forme d'indépendance. Je pense que c'est une femme qui évite le plus possible que ses décisions soient écartées par les décisions des autres. J'avais envie d'une femme au caractère très fort. 


On remarque bien évidemment aussi le rôle de la petite Ninon, interprétée par Loïse Benguerel, qui a quatre ans au moment du tournage. Est-ce que cela est difficile de tourner avec des enfants aussi jeunes, en particulier dans des films dramatiques ?

Pour elle il s'agissait d'un jeu. C'est drôle parce que les gens qui voient le film sont souvent effrayés pour Loïse car elle joue des scènes très intenses, mais elle n'est pas toujours là quand on tourne le contre-champ violent, parfois c'est une doublure, et les rares moments où elle est présente elle s'amuse, elle trouve ça très drôle et elle n'est pas du tout traumatisée. Au final, le plus difficile dans le tournage avec de jeunes enfants c'est la question de l'emploi du temps. On n'a que deux heures par jour, donc ça met vraiment la pression de réussir ce qu'on a à faire en moins de deux heures. C'était vraiment une ambiance de travail très saine, il n'y avait aucune source de stress autour d'elle.


Aviez-vous déjà une idée pour le choix des acteurs ?

J'avais déjà une idée des acteurs que je voulais vraiment voir dans ce film, dont Virginie Effira. C'est quelqu'un qui a l'air très saine, et c'était important pour moi car je savais que le personnage allait aller très loin dans la manipulation et dans la perversité, donc j'avais besoin de ce côté solaire qu'elle a pour qu'on puisse continuer à l'aimer alors qu'elle prend des décisions très questionnables. Et par ailleurs c'est une très grande actrice. J'avais très envie aussi de Bruno Salomone, ce qui a étonné tout le monde car c'est un acteur qui ne vient pas du tout d'un cinéma dont je peux faire partie, mais c'est un comédien très intéressant et touchant. Je voulais absolument Jacqueline Bisset aussi, qui joue la mère de Virginie, que je trouve magnifique depuis toujours. Je voulais aussi Nathalie Boutefeu, qui a un petit rôle en jouant Christine et qui a déjà joué dans tous mes films. Et je voulais aussi Nadave Lapid, qui joue le fossoyeur de papier. Après pour les autres acteurs, ça a plutôt été du casting, notamment Abdel que je ne connaissais pas du tout même si c'est une star en Espagne. On a fait des essais et j'étais absolument ébloui au bout d'une minute.
 
Dans ce film se pose aussi bien évidemment la question du deuil. Pourquoi avez-vous choisi de représenter ce thème de cette manière ? Est-ce que la personnalité de Judith découle de sa relation au deuil ?

Je pense que c'est une femme qui n'aurait sûrement jamais fait ces choix identitaires si cette chose-là ne s'était pas passée. Quand cette chose-là se passe, il y a quelque chose dans son équilibre qui se met à trembler, et qui fait qu'elle a ce trouble identitaire dans lequel elle tombe. Mais bien évidemment, c'est un thème important du film, car c'est aussi la scène d'ouverture, tout découle de cela. C'est un film puzzle, on cherche tout le temps à emboîter les pièces, mais les deux pièces maîtresses du puzzle au final ce sont la scène d'ouverture, car je savais qu'on allait la garder en tête très longtemps, mais aussi le titre. Donc ce sont deux pièces que l'on n'arrive pas à placer et puis tout à coup dans le film, ça s'emboîte.
 
Votre premier long métrage, Les Gouffres, sorti en 2012 tenait davantage au genre fantastique, qui semble être votre genre de prédilection. Quels sont vos projets pour la suite ? Avez-vous déjà d'autres films en préparation ?

J'ai écrit deux nouveaux films qui n'ont rien à voir. Un film autour d'une femme qui se transforme en monstre. Donc je retourne un peu vers le fantastique, c'est un genre qui me vient assez naturellement. Dans Madeleine Collins il n'y a pas de fantastique mais moi j'aimais bien penser à elle comme une sorte de monstre à trois têtes, voire même plus parfois. L'autre film que j'ai écrit n'a rien à voir et s'articule autour de la pièce Les Trois Sœurs de Tchekhov. Je travaille sur cela et j'écris pour les autres aussi.

 


 

Pour en savoir plus sur la programmation à Porto cliquez ici

 

 

 

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