Édition internationale

LIBYE – Mais comment se débarrasser de Kadhafi ?


Cela fait 41 ans qu'il est au pouvoir, mais il ne lui a fallu que quelques semaines pour mettre son pays à feu et à sang. Mouammar Kadhafi est devenu indésirable mais refuse de céder. Alors que les victimes civiles sont de plus en plus nombreuses, la communauté internationale s'interroge : comment le faire partir ?


"Kadhafi, pars maintenant !" (photo AFP)

Alors que le fils Kadhafi brandit la menace d'une guerre civile si son dictateur de père venait à quitter le pouvoir, il semblerait que la tragédie a déjà lieu. Les villes tombées aux mains des insurgés sont la proie de violentes attaques de la part de l'armée libyenne. Le port pétrolier de Ras Lanouf a été bombardé à plusieurs reprises ces derniers jours. La troisième ville libyenne, Misrata, enclave insurgée dans un bastion pro-Kadhafi, a pleuré la mort de 21 civils, dont un enfant. 90 personnes ont été blessées ce week-end. "L'immense majorité sont des civils. Je ne sais pas avec quoi ils ont attaqué, mais ce ne sont pas des armes à feu", témoignait un médecin sous le couvert de l'anonymat. Les forces de Kadhafi tentent également de reprendre Zaouïah (50 km de Tripoli). Après de violents combats, aucun contact n'a pu être établi sur place. Le conflit s'est transformé en véritable catastrophe humanitaire. Le Bureau des Affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), estime à 600.000 le nombre des personnes qui ont besoin d'être secourues à l'intérieur des frontières libyennes. En tout, un million de Libyens ?soit 1/6e de la population- ont fui le pays ou ont besoin d'une assistance humanitaire d'urgence. Outre une aide médicale et financière pour juguler les plaies béantes de ce jeu de massacre, la communauté internationale cherche des solutions pour mettre fin à la crise, avec pour objectif clair de faire partir le colonel Kadhafi.

Sanctions financières ?

Une première série de sanctions financières ont été décidées par la communauté internationale. 26 responsables libyens ont ainsi vu leurs avoirs gelés par l'Union européenne. Leur demande de visa sera également rejetée. Le Japon a décidé d'appliquer les mêmes sanctions à l'encontre de 16 personnalités du régime Kadhafi.

Fermer l'espace aérien ?
La France et le Royaume-Uni militent pour que l'Onu instaure une "no fly zones" (NFZ) (zone d'exclusion aérienne). Cela empêcherait l'armée de l'air libyenne de voler au-dessus du pays et donc de mettre en danger les populations présentes dans les zones insurgées. L'Alliance atlantique se tiendrait déjà prête à anéantir les défenses aériennes de Mouammar Kadhafi. "Nous avons demandé à nos militaires de prendre toutes les mesures nécessaires pour être prêts à intervenir rapidement", a confirmé Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Otan. Si la Ligue arabe se dit favorable au projet, Moscou pourrait y opposer son véto au Conseil de sécurité onusien.  

Armer les rebelles ?

Washington serait prêt à combattre le régime Kadhafi de l'intérieur en apportant un soutien militaire aux insurgés. Comme ce fut le cas avec les talibans en Afghanistan, les Américains pourraient, selon le New York Times, faire venir des armes lourdes et des conseillers depuis la frontière égyptienne, par le ciel ou par la mer, jusqu'aux rebelles libyens.

Un pacte avec le diable ?

Selon deux journaux en langue arabe, Achark Al Aousat, installé à Londres, et al Bayan, basé aux Emirats arabes unis, ainsi que la chaîne de télévision Al Djazira, Mouammar Kadhafi serait entré en contact avec le Conseil national, instance mise en place par l'opposition à Benghazi. Le dirigeant libyen chercherait une "issue honorable" et aurait annoncé qu'il pourrait remettre le pouvoir au président du Parlement et quitter le pays en échange d'une somme d'argent. Les insurgés auraient refusé ces conditions. Essam Gheriani, chef du service de presse du Conseil, a, quant à lui, nié qu'une offre ait été présentée au gouvernement parallèle.

Un (faux) départ ?

Le dialogue est toujours au point mort tant que le colonel n'obtiendra pas ses garanties. Mais est-ce que ce premier pas de Mouammar Kadhafi vers la sortie augure d'une bonne nouvelle pour les Libyens ? Les humeurs du leader libyen sont à l'image de ses déclarations : virulentes, capricieuses et imprévisibles. S'accrochera-t-il au pouvoir jusqu'à son dernier souffle, comme il l'avait laissé entendre, ou quittera-t-il le pays de son plein gré ? Si oui, quel pays pourrait l'accueillir ? En Arabie saoudite où séjourne son collègue Ben Ali ou bien en Italie sous la protection de son "ami" Berlusconi ? A suivre avec précaution et appréhension ?
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mardi 8 mars 2011

En savoir plus

Article du Point, Mouammar Kadhafi cherche une issue, l'Onu cherche une résolution
Article de Ouest-France, Comment arrêter le bain de sang en Libye ?
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