Édition internationale

L’EXPAT DU MOIS – Chehou Oussoumanou, sauveur de vies en Turquie

Venu à Istanbul il y a six ans pour étudier à l'université de Galatasaray, Chehou Oussoumanou travaille désormais pour la première entreprise turque dans le domaine de la santé. Il construit avec soin des ponts entre son pays d'origine, le Cameroun, et son pays de c?ur.   

(photo SP)

"Je me sens chez moi en Turquie." Chehou Oussoumanou, Camérounais, n'imaginait sûrement pas dire cela un jour lorsqu'il a mis les pieds à Istanbul pour la première fois, il y a six ans. "A l'époque, je n'avais jamais vraiment entendu parler de la Turquie, sauf pour les matchs de foot !, plaisante-t-il. Un ami m'a convaincu avec beaucoup de difficultés de venir passer mon master en marketing et relations publiques à l'université de Galatasaray. Si je pouvais voyager dans le passé, cette fois, je choisirais la Turquie sans hésiter !"

La liste des choses qu'il apprécie en Turquie est longue mais jalonnée par le sentiment de ne pas être discriminé. "C'est très rare de trouver un endroit où il n'y a pas de ségrégation envers les Africains. Elle existe partout dans le monde mais je ne l'ai pas ressentie dans la culture turque."  Son apprentissage rapide de la langue turque l'a sans nul doute aidé à s'intégrer. Polyglotte, il ne lui a fallu que quelques mois pour parler le turc couramment. Avant cela, Chehou Oussoumanou, 33 ans, maîtrisait déjà le français, l'anglais, l'arabe et deux dialectes africains, le peul et le hausa.

Responsable de l'Afrique subsaharienne pour Ac?badem

"Je pars du principe que ce que l'on ignore aujourd'hui, on peut le maîtriser demain." C'est avec cette devise et une motivation sans faille que Chehou Oussoumanou a intégré Ac?badem, la plus grande entreprise turque dans le domaine de la santé, alors qu'il ignorait tout du monde médical il y a encore peu. "J'ai suivi plusieurs formations, notamment pour apprendre la terminologie médicale, et je me suis instruit grâce aux livres. Aujourd'hui, la seule chose que je ne saurai pas faire, c'est opérer moi-même !", plaisante-t-il.

Responsable marketing de l'Afrique subsaharienne pour Ac?badem, Chehou Oussoumanou a pour mission de fournir des services de soins spécifiques indisponibles dans certains pays. "C'est le cas pour la transplantation de rein ou la greffe de moelle osseuse, par exemple. Certains hôpitaux africains n'ont pas les compétences ou l'équipement nécessaire, poursuit-il. Si le patient est en danger, j'organise sa venue et son opération en Turquie. Je demande aussi à son docteur en Afrique, de l'accompagner pour assister à l'opération et se former ici."

(photo personnelle)

Bourreau de travail

A côté de ces vies qu'il sauve en Turquie, grâce à son travail, Chehou Oussoumanou contribue aussi à améliorer l'accès aux soins en Afrique. "Nous organisons des formations là-bas et nous poussons les hôpitaux sur place à s'équiper." Cette volonté répond aux exigences d'Ac?badem de conserver son image haute gamme, en créant des partenariats avec des cliniques premium. Et accorde à Chehou Oussoumanou la fierté de ce qu'il fait : "En tant qu'Africain, c'est très important pour moi que mes frères africains se développent dans le secteur de la santé."

Son métier lui permet ainsi de conserver un lien précieux avec son pays d'origine, le Cameroun. "Je fais de nombreux allers-retours. L'an dernier, j'y suis allé cinq fois rien que pour des raisons professionnelles." Ses responsabilités le conduisent également à sillonner la Turquie. La semaine passée, il a accompagné des patients du gouvernement ivoirien à Kayseri, en Cappadoce. Lors de tels déplacements, Chehou Oussoumanou revêt deux costumes : celui de responsable marketing, et celui de guide la Turquie? Il se plait à faire découvrir à ses clients les us et coutumes, à commencer par la cuisine turque qu'il apprécie tout particulièrement.

Pendant son temps libre, Chehou Oussoumanou ne s'accorde pas vraiment de pause. Féru de lecture, il cumule sur sa table de chevet des livres sur la communication ou la médecine. "Je suis un passionné, concède-t-il. Ça ne me laisse pas beaucoup de temps pour construire une relation."  A l'avenir, il souhaite rédiger un ouvrage sur le marketing médical. Et tant pis si son chapitre familial reste encore à écrire?

Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 17 août 2017

Rejoignez-nous sur Facebook et sur Twitter

Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite?!

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.