Édition internationale

LE ROMAN DE VICTOIRE- "La Romana", un classique à découvrir en version originale

Publié en 1947 en Italie, "La Romana" marque une étape importante dans le développement  de la narration d'Alberto Moravia. Désormais introuvable en français, plongez-vous dans la version originale et découvrez le destin de la belle Adriana, perdue dans la Rome du temps de la guerre d'Ethiopie

Adriana, "una ragazza dal popolo"

"A sedici anni ero una vera bellezza. Avevo il viso di un ovale perfetto, stretto alle tempie e un po' largo in basso, gli occhi lunghi, grandi e dolci, il naso dritto in una sola linea con la fronte, la bocca grande, con le labbra belle, rosse e carnose e, se ridevo, mostravo denti regolari e molto bianchi. La mamma diceva che sembravo una madonna".

Rome, années 30. Adriana, jeune Romaine de 18 ans, est considérée  comme  une  vraie  beauté. Surement la plus belle du quartier, et même de Rome, selon sa mère. Femme autoritaire et ambitieuse, cette dernière a d'ailleurs de grands projets pour sa fille. Et, puisqu'Adriana a un corps  si parfait, pourquoi ne pas en faire un modèle ?

Pourtant, pour la douce et sage Adriana, la beauté ne peut être que source de malheur. Eprise de rêves plus simples, en particulier celui de se marier et de fonder une famille "normale", elle pense avoir atteint le bonheur lorsqu'elle rencontre le beau Gino. Ce dernier, chauffeur de voiture, est alors plein de  promesses. Mais, très vite, la jolie Romaine se retrouve confrontée à une succession de déceptions et de malheurs. Poussée par son amie Gisella et par la misère, la jeune fille décide alors de se prostituer. Une décision qui met un point final à ses rêves de bonheur simple, mais qui lui fera rencontrer le beau et mystérieux Mino.

Un livre foisonnant

Ecrite dans une langue d'une grande richesse, l'?uvre de Moravia reste pourtant accessible au lecteur non italien. Ce qui pourrait s'apparenter à un exercice de lecture fatigant devient donc, au contraire, un réel moment de détente.

Outre le plaisir de lire un ouvrage en langue originale, "La Romana" se révèle aussi un livre extrêmement intéressant, à mi-chemin entre le néoréalisme et l'existentialisme. Plein de finesse, il n'hésite d'ailleurs pas à aborder des sujets très variés. Témoignage d'une époque, de l'Italie fasciste, des m?urs d'un autre temps et des rapports mère-fille, l'?uvre de Moravia est d'ailleurs, avant tout,  un livre sur les contradictions d'une femme. En témoignent les propos de l'auteur : "Con "La Romana" ho voluto creare la figura di una donna piena di contraddizioni e di errori e, cio nonostante, capace per forza ingenua di vitalità e slancio di affetto di superare queste contraddizioni e rimediare a questi errori, e giungere a una chiaroveggenza e a un equilibrio che ai più intelligenti a ai più dotati spesso sono negati".

Du papier à l'écran

Pour les amoureux du grand écran, sachez que "La Romana" de Moravia a aussi été adapté au cinéma. Réalisé en 1955 par Luigi Zampa, le film compte en particulier parmi ses interprètes la splendide Gina Lollobrigida (vidéo).

Moins connus que "La Ciociara" ou encore "L'amour conjugal", le livre comme le film méritent donc réellement d'être découverts. Il serait en effet dommage de passer à côté de l'?uvre d'un des plus grands auteurs italiens du XXe siècle. Né en 1907 et mort en 1990, Alberto Moravia a en effet été récompensé par le prix Strega en 1952 pour son livre "Le conformiste". Très pointilleux sur les rapports amoureux, charnels et spirituels, ce dernier n'hésite pas à creuser la psychologie de ses personnages. Une manie qui a fait de ses livres de très grandes ?uvres.

Victoire Maurel (www.lepetitjournal.com/rome) Mercredi 5 septembre 2012

"La Romana" d'Alberto Moravia, Edizioni Bompiani, 502 pages, 11 euros.

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