Édition internationale

LE PETIT QUÉBEC – L'expérience d'un entrepreneur québécois au Brésil

Percer le marché du travail brésilien en tant que travailleur étranger n'est pas chose simple : y parvenir en tant qu'entrepreneur étranger ne l'est pas moins. Trucs et astuces tirés de l'expérience d'un grand entrepreneur québécois qui a implanté et dirigé des entreprises au Brésil pendant plus de vingt ans

Diplômé de l'Université de Sherbrooke et de l'Université McGill, François Godbout ?uvrait dans les industries de la sidérurgie et des pâtes et papiers au Québec, lorsque à la fin des années 80, certaines collaborations ont amené ses industries à intégrer le marché brésilien. A la suite de la dissolution du régime dictatorial, l'ouverture économique du Brésil et les intérêts de François Godbout concordaient afin d'accroître l'importation de machinerie lourde canadienne au Brésil pour les industries papetières et sidérurgiques. Les industries de François Godbout ont donc concurrencé dès lors les industriels allemands fortement implantés au Brésil. "Les échanges commerciaux entre mes industries et mes partenaires brésiliens étaient à cent pour cent technologiques et comportaient des produits à haute valeur ajoutée", précise l'entrepreneur, qui intégra un marché brésilien en proie à une inflation de 35 à 45% par mois et flanqué d'une monnaie dépréciée, le cruzeiro novo. Le risque était colossal, mais la détermination de François Godbout l'était encore plus : le nombre de visites qu'il effectua au Brésil monta en flèche et il s'y installa en permanence avec sa famille en 1993.

Innovation canadienne sur le marché brésilien

Une fois établies de façon permanente au Brésil, les industries de François Godbout y importaient une technologie canadienne de fine pointe qui délogea finalement les produits allemands dans les industries de la sidérurgie et des pâtes et papiers. Les produits allemands étaient certes bien reconnus et implantés au Brésil depuis plusieurs années, mais la motivation et la détermination de François Godbout avaient trouvé un terrain fertile à l'étranger. À cette époque, il y avait très peu d'industriels canadiens et américains sur le marché brésilien mais ce fut, non seulement en bénéficiant d'une ouverture de marché, mais aussi d'une incroyable adaptabilité à la culture brésilienne que l'entrepreneur triompha dans l'expansion de ses industries au Brésil.

Connaître les différences culturelles
François Godbout identifie le principal avantage pour un entrepreneur étranger de s'établir au Brésil par l'étendue de son marché : "Son marché interne est énorme, et étant la plus grande puissance économique en Amérique latine, le Brésil est aujourd'hui un incontournable" explique-t-il. Onzième économie mondiale en 1985, le Brésil en est maintenant la sixième. "Un entrepreneur étranger doit en revanche être bien préparé avant d'intégrer ce marché" ajoute-t-il. Le Brésil, un pays diversifié et de contrastes certes. François Godbout précise : "La culture populaire et la culture des affaires n'ont rien à voir avec ce que j'avais lu ou entendu sur le Brésil avant de m'y installer. Les Brésiliens ne font pas les choses à la même vitesse que nous. Quand tu cherches à les pousser dans le dos, tu obtiens l'effet contraire. À l'opposé, quand tu demandes quelque chose et laisses entendre que rien ne presse ils le font alors sur le champ, pour te faire plaisir. À cause de ma formation inadéquate [avant d'intégrer mes industries au Brésil] j'ai perdu beaucoup de temps et d'argent".

Un entrepreneur étranger doit donc être formé adéquatement avant d'intégrer le marché brésilien et François Godbout fait volontiers profiter de son expérience, franchement concerné par la formation de futurs professionnels: "80% des échecs en affaires sont le résultat d'une mauvaise préparation de l'entrepreneur avant d'intégrer un marché étranger", relate-t-il. "Connaître les différences culturelles entre les pays impliqués dans un partenariat est capital, on doit se concentrer par exemple sur les manières et besoins des Brésiliens pour réussir au Brésil. L'entrepreneur étranger doit donc incontestablement valider les intérêts de ses partenaires brésiliens avant d'aller de l'avant. La patience, la tolérance, la compréhension et l'ouverture d'esprit sont les habiletés que j'ai le plus développées au Brésil. Au Canada, les affaires se font de compagnie à compagnie, d'organisme à organisme, tandis qu'au Brésil les relations humaines sont beaucoup plus importantes. Étant une société plus collectiviste, tu es quelqu'un au Brésil lorsque tu fais partie d'un groupe, voilà pourquoi ton réseau de contacts a beaucoup plus de valeur qu'à l'étranger."

"Le grand piège au Brésil"
L'entrepreneur a nécessairement bien capté les besoins et manières de ses partenaires brésiliens car il a collaboré à l'élaboration de plusieurs ententes inter-gouvernementales pour sa grande expertise du marché brésilien. Son plus grand défi? Bien sûr, de développer sa patience et d'accepter les différences culturelles mais il précise qu'il n'en a retiré que du positif. "Le grand piège au Brésil" ajoute-t-il, "est qu'au niveau social on peut rapidement s'y sentir chez-nous mais dans le milieu des affaires, méfiance vient avant confiance, contrairement au Canada. Il faut donc s'ajuster à cette nouvelle réalité et le faire adroitement!"

François Godbout est un homme d'affaires emblématique des relations canado-brésiliennes qui contribue activement à la formation des futurs professionnels. Il a supervisé plusieurs missions économiques et éducatives au Brésil pour des entrepreneurs québécois et des étudiants de l'Université de Sherbrooke et y a implanté la reconnaissance des produits et du savoir canadien. Sa notoriété et sa connaissance du marché brésilien sont incontestables et le Brésil l'a tant habité au cours des dernières années qu'il retourne maintenant y vivre après l'avoir quitté en 1997.

Marie-Ève ABRAN (www.lepetitjournal.com ? Rio de Janeiro) mercredi 1er août 2012

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