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LAURENT NOGUES - "Mener les gens à la baguette se mérite"

Laurent Nogues, bassonniste et chef d'orchestre, s'est fait une place dans le milieu de la musique classique au Maroc. Lepetitjournal.com a rencontré ce passionné !

Lepetitjournal.com : Laurent Noguès, pouvez-vous vous présenter ?
Laurent Noguès : Je viens d'un petit village de Bourgogne où j'habitais avec ma famille. J'étais professeur dans un conservatoire et directeur de trois orchestres en France. Au Maroc, j'ai différentes casquettes : je suis directeur pédagogique et artistique à l'EIMD (Ecole Internationale de Musique et de Danse) de Casablanca et Rabat, chef assistant à l'OPM (Orchestre Philarmonique du Maroc), bassonniste à l'OPM et chef d'orchestre sur un ou deux programmes annuels.


Qu'est-ce qui vous a amené au Maroc ? 
Je suis arrivé en septembre 2012. Une personne qui a apprécié l'un de mes spectacles m'avait conseillé de prendre contact avec monsieur Farid Bensaïd, self made man passionné de musique classique qui cherche à développer cet art au Maroc et qui est parvenu à donner un véritable statut aux musiciens marocains, en termes de salaire, de carrière... Après plusieurs rencontres avec lui, j'ai accepté sa proposition parce que le contact entre nous est très bien passé, que j'ai vu un homme extrêmement strict et totalement musicien et enfin parce que je n'avais pas beaucoup de possibilités d'évolution en France.

Quel homme êtes-vous au travail ?
Il faut me voir diriger pour voir qui je suis. Lorsque je dirige un orchestre, je lâche tout. Je ne peux pas tricher avec moi-même.
La position de chef d'orchestre n'est pas facile car on est écrasé entre deux entités : l'orchestre d'environ 80 musiciens, qui a vu passer de nombreux chefs d'orchestres et dont les musiciens sont parfois plus âgés que moi, et le public que vous avez dans le dos.



Comment parvenez-vous à gérer cette pression ?
Il faut parvenir à mélanger les idées musicales de chacun, c'est-à-dire être chef tout en tenant compte des informations de l'orchestre. "Mener les gens à la baguette" se mérite vraiment ! L'orchestre est une vraie entreprise mais avec la particularité suivante : lorsque le chef a la baguette, tout le monde va dans le même sens. Le secret pour arriver à cela est que les musiciens doivent être persuadés que vous avez la légitimité pour être à votre place de chef. Cette légitimité s'acquiert, entre autres, avec les diplômes et la réputation.

Quelle différence y a-t-il à travailler au Maroc ?
Mon challenge personnel était de comprendre les non-dits. Il y en a dans chaque pays, dans chaque culture. Il me fallait comprendre là où je pouvais parler et là où je devais me taire. Mais au fil des mois, j'ai pu expliquer aux musiciens qui travaillent avec moi que je suis quelqu'un qui dit ce qu'il pense, qui n'a ni a priori, ni sentiment négatif à leur égard. Cela les a mis à l'aise et au final, l'orchestre s'est donné très fort et a été d'un enthousiasme incroyable ! J'ai vécu cela avec peu d'orchestres auparavant.

Quelle place a la musique classique au Maroc ?
Nombreux sont les Marocains qui ne connaissent pas la musique classique. Mais selon moi, il n'y a pas besoin de culture ni de comprendre pour apprécier la musique. Dans la musique classique, il n'y a pas de paroles donc chacun part dans ses rêveries et entend ce qu'il veut dans la vibration de l'air. Nous sommes payés pour faire du vent et ça atteint le public profondément !

Quels sont vos compositeurs préférés ?
Selon moi, l'un des plus grands musiciens est Beethoven car il a progressé toute sa vie et la 9è symphonie écrite juste avant sa mort marque son apothéose. C'est un vrai modèle. J'aime aussi beaucoup les compositeurs italiens comme Verdi et Rossini. Leur musique est brillante et volubile, même dans l'extrême tristesse.

Quel est votre bilan après une année de travail ?
Je suis très content car on m'a reconduit dans mes fonctions de façon appuyée. Quant au public, il a été extraordinaire car enthousiaste et sans snobisme. J'ai également pu diriger le concert de la fête de la musique et l'un des programmes que j'avais proposé a été retenu avec très peu de modifications. Cela fait vraiment plaisir !

Quels sont vos projets ?
Je veux rendre l'EIMD encore plus performante qu'aujourd'hui et aller plus loin dans l'idée d'équipe. Le grand projet à venir est d'offrir aux élèves un parcours diplômant. Nous ne voulons pas leurrer les élèves sur leur niveau et avons les mêmes exigences pédagogiques, d'examens, de pratiques collectives qu'en France. Nous avons également crée le concours des "jeunes talents" ainsi qu'un "concours national de musique du Maroc".

Que pensez-vous du Maroc ?
C'est un pays extrêmement varié où les régions sont très différentes les unes des autres. L'évolution du Maroc est sidérante. Casablanca est une ville débordante d'énergie, de bruit, d'idées, de volonté et parfois d'erreurs ! Ici, j'ai retrouvé l'envie d'essayer que j'avais perdue en France.

Lorraine Pincemail (www.lepetitjournal.com/casablanca)  vendredi 6 septembre 2013
(Ensemble des crédits photos: droits réservés)

Sites:
Orchestre philarmonique du Maroc
Ecole Internationale de Musique et de Danse

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