

Mais y a-t-il donc une règle qui ferait dire un grand appartement et une femme élégante mais aussi bien un brave homme et un homme brave, une sacrée histoire et une histoire sacrée, une bonne femme et une femme bonne, avec d'importants changements de sens dans ces trois derniers cas?
Si l'on omet un éventuel accent, c'est souvent la place erronée de l'adjectif qui trahira l'origine étrangère d'un locuteur: la chaude eau, le bleu pantalon, la rouge voiture sont des indices habituels pour repérer l'origine anglo-saxonne d'un locuteur qui étudierait le français.
Une règle pour aider les apprentis francophones? Il n'y en a pas! Tout au plus peut-on donner une statistique : deux tiers des adjectifs se placent après le nom, un tiers avant. Alors comment faire pour mémoriser ce tiers de cas et éviter de commettre quelques phrases cocasses comme les personnages de Goscinny dans l'album Astérix chez les Bretons? Il semble que la longueur de l'adjectif et du nom, c'est-à-dire leur nombre de syllabes, conditionne l'ordre des mots. De façon schématique le mot le plus court serait en première position. On dira plus facilement un bel appartement, un long chemin, de larges avenues, que l'inverse qui contrarierait le rythme "naturel" de la phrase. Quant aux adjectifs de formes et de couleurs, ils seront généralement placés après: un bateau bleu, une cour carrée.
La place après le nom met l'accent sur la nouvelle qualité qu'on veut lui associer: mieux vaut être une femme bonne que le dépréciatif une bonne femme (une femme quelconque, avec tous les défauts physiques et moraux qu'on peut lui associer), une maison propre ne signifie pas que c'est sa propre maison, un grand homme n'est pas toujours un homme grand, un pauvre homme n'est pas forcément un homme pauvre, un petit geste n'est heureusement pas un geste petit, un drôle d'homme n'est pas un homme drôle, etc. Pour les esprits curieux, quelle curieuse langue que le français!
Hervé SALAUN, pour l'Alliance française de Buenos Aires (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) -
mercredi 11 mai 2011
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