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LA GAUCHE ARRIVE ? – Les riches s'en vont

La perspective d'une victoire de François Hollande à l'élection présidentielle inquiète les plus fortunés, certains chefs d'entreprises français et les marchés à tel point que bon nombre d'entre eux songent à s'exiler

Les riches Français ne sont pas prêts à accueillir à bras ouverts la Gauche en mai 2012. Si c'est pour payer plus d'impôts, mieux vaut aller voir ailleurs?


(Photo AFP)
Hollande s'en prend aux riches
Le programme de François Hollande, candidat à l'élection présidentielle, est bel et bien de gauche. Les mesures envisagées par le PS effraient les fortunes françaises et pour cause. Pour récupérer 30 milliards d'euros, la gauche compte bien aller puiser l'argent là où il est. Elle envisage entre autre de :
- revenir sur l'allègement de l'ISF consenti par Nicolas Sarkozy en contrepartie de la suppression du bouclier fiscal,
- supprimer le prélèvement forfaitaire libératoire sur les revenus du capital et taxer ceux-ci comme les revenus du travail,
- alourdir les droits de succession,
- maintenir la contribution sur les hauts revenus décidée par le gouvernement,
- plafonner les niches fiscales à 10.000 euros,
- créer une nouvelle tranche marginale d'imposition à 45% pour les revenus supérieurs à 150.000 euros par part,
- relever le taux d'imposition de 33% à 35% pour les grandes entreprises et supprimer un grand nombre de niches fiscales et sociales dont elles bénéficient.

L'exil des fortunes françaises, une réalité
"L'ISF est une catastrophe économique qui a fait partir des milliers d'industriels. Ceux qui restent vont partir à cause de Hollande", a déclaré mercredi le sénateur UMP et chef d'entreprise Serge Dassault, lors d'une réunion publique au siège de l'UMP. Plus qu'une simple polémique politique, il s'agit bel et bien d'une réalité. Michel Taly, l'avocat fiscaliste au sein du Cabinet Arsene Taxand confirme la tendance au journal l'Expansion : "plusieurs grands groupes qui ont leur siège en France se posent actuellement la question de la délocalisation". Thierry Chomel de Varagnes, directeur associé de l'agence immobilière de luxe Barnes Paris-Rive gauche confie au Monde : "J'ai des clients qui m'ont dit clairement que s'il était élu, ils reverraient leur organisation patrimoniale et quitteraient la France". Bernard Monassier considéré comme "le notaire des riches", dont la famille Dassault, déclare dans Challenges que "chaque jour, deux à trois nouveaux clients nous sollicitent pour organiser leur expatriation définitive. C'est un rythme qui a très fortement augmenté depuis quelques mois et qui rappelle ce que j'ai connu en 1981, avec l'arrivée de François Mitterrand."

Mais ils vont où ?

Bernard Monassier constate : "On nous parle souvent, dans la majorité actuelle, de l'exemple de l'Allemagne. Or, en matière d'imposition du capital, les Français sont trois fois plus taxés que les Allemands. Cette imposition représente 3,3% du PIB chez nous, mais seulement 0,9% chez madame Merkel." Alors, où vont-ils tous ? En Belgique, en Suisse et au Royaume-Uni ! Ces trois pays sont très attractifs sur le plan fiscal. En Belgique, pas d'ISF, ni de taxe sur les revenus locatifs, ni de plus-values sur les actifs financiers, sans oublier que la taxation des dividendes et intérêts est nettement moins élevée qu'en France, tout comme l'imposition des successions. Au Royaume-Uni, les résidents non Britanniques ne sont pas soumis à l'imposition sur les revenus ou les plus-values. En Suisse, les étrangers qui n'exercent pas d'activités lucratives ne s'acquittent que d'un forfait fiscal, calculé sur la base de la valeur du loyer sans tenir compte des revenus ni de la fortune.

Le jeu en vaut?il la chandelle ?
Suite à ces rumeurs de départs massifs, Pierre Moscovici, le directeur de campagne du candidat socialiste, a tenu à préciser que la politique fiscale de François Hollande "n'est pas confiscatoire". Il veut être le "président de la justice". "Mais qui dit justice ne dit pas spoliation". Vincent Drezet du Snui (Syndicat national unifié des impôts) explique lui que de 2001 à 2008 - sous la gauche et la droite -, le nombre d'exilés fiscaux redevables de l'ISF a doublé sachant qu'en parallèle, 30 à 40% d'exilés sont revenus en France. Leur part dans le nombre total d'assujettis à l'ISF est donc restée globalement stable et de toute façon ils continuent à ne représenter que 0,5% du produit de l'ISF. "Même s'il y en a une centaine de plus qui part, ce n'est pas la catastrophe, l'impact budgétaire sera minime", conclut ce fonctionnaire du Fisc.

Claire Largillière (www.lepetitjournal.com) jeudi 16 février 2012

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L'Expansion - Hollande arrive, fuyons!
Challenges - "Les départs de riches s'accélèrent? comme en 1981"

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