Édition internationale

KEREN ANN – La musicienne marin chez les Londoniens

A l'occasion de la sortie de son nouvel album 101, Lepetitjournal.com/londres s'est entretenu avec Keren Ann lors de son passage éclair à Londres. Petite plongée au c?ur de cet univers violent tapissé de velours, où les paroles acérées sont dites avec une voix de miel

A chaque nouvel album, Keren Ann surprend et conforte l'auditeur averti, instaurant une rupture à travers de nouvelles expériences sonores et une narration différente, tout en restant dans la continuité, avec cet univers qui lui est propre, entre intimité à peine dévoilée et mystère murmuré. 101 (prononcez " one O one ") n'échappe pas à la règle. Keren Ann embarque l'auditeur, qui se laisse bercer au fil des titres par le rythme des vagues, de la légère brise soufflée par Song From A tour Bus, au vent qui se lève sur Strange Weather et se renforce dans My name is trouble. Enfin, l'artiste dépose délicatement l'ancre avec 101. Le marin a donné de nombreux concerts chez les Londoniens, et ne compte pas s'arrêter là. Rendez-vous d'ici peu !

Lepetitjournal.com/londres: Comment décririez-vous ce nouvel album ?
Keren Ann:
Je dirais que c'est un album typiquement Keren Ann pour les gens qui connaissent déjà ce que je fais. Il est à la fois homogène mais aussi varié d'émotions. 101 est un peu comme un film noir, parce que je fais partie de ceux qui expriment en écriture la violence d'une manière très douce et très tendre, et c'est le cas dans cet album. On y retrouve des ballades propres à mon style d'écriture, quelques chansons un peu plus catchy. En tout cas, il reste aussi autobiographique que mes autres albums.

En quoi se différencie-t-il des albums précédents ?
La rupture est d'un point de vue sonore. J'ai toujours créé un univers sonore spécial, dans le s

on et les arrangements. Dans 101, il y a un parti pris sonore très précis, très esthétique, qui exprime par moment une forme de gravité. Elle peut paraître froide, mais on se rend compte qu'elle est très riche. La rupture vient d'un point de vue son et production, mais ça, c'est d'un album à l'autre de toute façon. Je n'ai jamais fait la même chose car ce qui m'intéresse dans le son, c'est évoluer, expérimenter.

Pourquoi avez-vous choisi de chanter uniquement en anglais sur cet album ?
L'anglais est ma langue bien avant le français. J'ai appris à parler français à partir de 11 ans. Même si j'écris beaucoup en français, pour les autres et pour moi, cet album se passe dans un environnement anglo-saxon. Ma vie est en anglais, mon mari ne parle pas français et j'écris aussi pour les gens autour de moi. Je choisi la langue par rapport à ce que j'ai vécu, tout dépend de la chanson. J'ai vécu en anglais les histoires que je raconte dans cet album donc ce ne serait pas naturel de les chanter en français.

Ce que vous évoquez relève-t-il toujours de l'autobiographie ?
J'évoque des choses que j'ai vraiment ressenties ou vécues. Parfois je me sers de narrateurs, comme un écrivain, qui peut écrire le mari, l'amant, la veuve, la meurtrière, le cuisinier, l'enfant, le joueur de tennis. Il se trouve un peu dans chaque personnage. C'est pareil pour un auteur de chansons Mes chansons sont tirées de mon histoire. Je ne pourrais pas raconter quelque chose si je ne l'ai pas vécue, d'une certaine manière.

On retrouve le choix esthétique tranché dans la pochette de l'album ou les clips. Tout est de vous ?
Je donne à la maison de disque quelque chose de fini. J'ai appelé un ami pour les photos et j'ai fait la création de ce que je visionne, j'avais quelque chose de bien précis en tête. Pour les clips, j'ai choisi un réalisateur pour le mettre en ?uvre mais j'ai eu les idées, la chorégraphie. C'est du temps mais c'est un choix, et une priorité pour moi.

Vous évoquez souvent Dieu dans vos chanson. Quelle importance accordez-vous à la religion ?
Je ne suis pas quelqu'un de religieux mais j'adore la Bible. Je trouve que c'est le plus beau livre qui ait jamais existé. Il m'inspire beaucoup. C'est un livre incontournable pour un musicien qui fait des tournées de plusieurs mois aux Etats-Unis car la seule chose qui est identique à toutes les chambres d'hôtel, c'est le petit tiroir avec la Bible dedans. Je n'ai pas eu d'éducation religieuse, on fêtait Hanouka comme Noël, d'un point de vue traditionnel. Par contre, la Bible a toujours été pour moi un livre sacré, d'une grande poésie et d'une grande fraternité. Il y a plusieurs références bibliques dans mes titres, mais ce n'est pas religieux.

Quelle est la symbolique du nombre 101, qui s'accompagne du tatouage d'une ancre sur votre avant-bras ?
Ce nombre a toujours fait partie de ma vie mais ça a aussi un rapport avec mon père, qui faisait partie d'une unité qui investiguait l'unité 101. Tant qu'il était là, je ne considérais pas que ce chiffre avait besoin d'être. Le tatouage a été réalisé par un ami israélien quand j'ai fini l'album. Je crois que tous les musiciens sont un peu des marins, à partir de villes en villes, et mon père était mon ancre. Il fallait donc que je me la fasse tatouer pour qu'elle reste.

Comment ce nombre a-t-il pris la forme du titre d'une chanson ?


L'idée m'est venue sur le 101e étage d'une tour de Taipei. C'est à ce moment là que je me suis dit que ce chiffre me faisait quelque chose à chaque fois que je le voyais. Au départ, c'était simplement la chanson que je voulais réaliser, puis cela s'est transformé en album. Le 101 m'a suivi tout au long de ma vie, c'est également le numéro israélien pour appeler une ambulance. Cette année, j'ai acheté un appartement, quand j'ai emménagé, il y avait une grande pancarte qui disait 101, l'immeuble en face portait le numéro 101. Je me suis dit que ça faisait beaucoup.

Le hasard ?
Ce n'est pas un hasard. Rien n'est jamais un hasard. Je crois qu'on se programme inconsciemment le hasard. Il est là tout le temps quand on y fait attention. Il n'y a pas de signe, il y a la vie et nous on peut voir ce qu'on veut comme un signe. Le 101 est là partout et c'est moi qui choisis quand je le vois ou pas.

Quelle connexion voulez-vous établir entre vos chansons et ceux qui les écoutent ?
Deux personnes qui vont écouter la même chanson vont pouvoir voir des choses complètement différentes. Je ne suis pas mystérieuse, je laisse juste des chapitres autobiographiques mais ce que je raconte n'appartient qu'à moi. Je tiens aussi à protéger mes amis et ma famille. C'est comme un écrivain. Non, je pense que ce sont des chansons dans lesquelles chacun y voit ce qu'il veut. Ce n'est pas important ce que moi je veux que les gens comprennent. Chacun y trouve une raison à partir du moment où cela procure de l'émotion.

Ce n'est pas la première fois que jouez à Londres. Quel rapport entretenez-vous avec cette ville ?
J'avais vraiment hâte de faire ce concert car mon aventure amoureuse avec Londres est assez drôle. Contrairement à New York, Paris, Tel Aviv, Hong Kong, où je fais des concerts régulièrement, Londres m'a toujours surprise. J'ai eu des très grands concerts et des très petits, avec des soirs affichés complet et d'autres avec moins de monde. J'ai un rapport un peu mystérieux avec cette ville, mais j'ai envie qu'il devienne très très solide. Je pense que je vais continuer à revenir.

Des endroits préférés ?
Je suis toujours venue à Londres pour le travail, mais j'arrive quand même à trouver du temps pour moi à chaque fois. Je viens ici depuis que j'ai commencé à travailler dans la musique, il y a une quinzaine d'années. Ce que je préfère, c'est le pâtissier Ottolenghi. J'y vais souvent avec des amis pour déguster leur gâteau polenta citron ! C'est ce que j'aime le plus à Londres. Il y a beaucoup de petits quartiers sympas pour se balader aussi, vers Portobello Road, ou Camden. Les quartiers changent mais c'est toujours gris et c'est Londres. C'est le genre de ville où dés qu'il y a un rayon de soleil tout change, pour démarquer les bons moments des plus gris.

Quelle connexion avec le public ?
Il y a plein d'ingrédients qui rentrent en jeu : la salle, le son, les gens sur scène, les gens dans le public, l'interactivité. On n'est pas dans le contrôle de notre univers comme dans un studio, mais j'aime beaucoup avoir cette connexion. Le public en général est chaleureux et attentif. Les gens viennent partager un super moment et tout ce qu'on a envie de faire c'est de partager avec eux et faire en sorte que leur soirée soit inoubliable.

Propos recueillis par Justine Martin (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 8 avril 2011

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