LES DAYAKS DE KALIMANTAN - A la découverte du groupe Kenyah basé à Kalimantan-Est

Par Anne Marie Wirja | Publié le 11/05/2022 à 21:30 | Mis à jour le 06/06/2022 à 11:49
Photo : Dame Kenyah- kalimantan@AnneMarieWirja
Dame Kenyah kalimantan

Les Dayaks seraient venus d'Asie continentale et auraient migré par Tumasik (Singapour), la péninsule malaise et enfin Bornéo. La plupart des autres immigrants passèrent par Hainan, Taïwan et les Philippines. Diverses explications se rencontrent sur l'étymologie du terme « Dayak ». Le mot viendrait de « daya » en langue kenyah, qui signifie « amont » (rivière) ou « intérieur ».  Le terme peut également être dérivé du mot « aja », un mot malais qui signifie « natif ». Dans son évolution, le terme « Dayak » est le plus couramment utilisé pour désigner les non-Malais, non-musulmans de tradition, qui vivent à l'intérieur de l'île.  

 

A la rencontre des Kenyah, basé à Kalimantan-Est

Qui sont les Kenyah ? Le mythe fondateur

Maison longue Kenyah Rukun Damai
Maison longue Kenyah@AnnemarieWirja

 

Les Kenyah sont de langue austronésienne de Bornéo et migrèrent du Sarawak, suite à l’aménagement de barrages et pour raisons politiques. Ils firent leur entrée dans la régence de Malinau, et l’essentiel de leur migration se fit progressivement par le fleuve Mahakam, jusqu’aux environs de Samarinda, la capitale de Kalimantan Est.

 

Selon le mythe largement diffusé, l'ancêtre des Kenyah était un marchand chinois nommé Haka qui faisait du commerce à Bornéo. Il s’arrêta un jour dans une grotte pour se reposer mais celle-ci était aussi habitée par un dragon qui portait une pierre précieuse sur la tête. Haka la convoitait mais il était impuissant contre ce dragon qui crachait du feu. Il retourna alors en Chine pour demander des renforts au roi. Ce qui lui fut accordé. Revenant à Bornéo, ils réussirent à s’emparer de la pierre alors que le serpent dormait. Mais avant que les troupes chinoises n’aient pu rentrer au pays, le naga se réveilla. Haka n’eut pas le temps d’embarquer et pas d’autre solution, accompagné de quelques soldats, que de pénétrer dans la jungle pour finalement atteindre un village. Ils s’y installèrent ; ils seraient donc les ancêtres des Kenyah. 

 

La religion traditionnelle

Avant que le christianisme ne soit introduit - et encore partiellement aujourd’hui – les Kenyah croyaient en trois types d’esprits, les bons, les mauvais et les imprévisibles.

Bungan Malan Peselung Luan est cependant le créateur que l’on honore par des rituels afin de maintenir l’existence et l’équilibre de génération en génération. Il est représenté sous les traits d’une jolie déesse, sage et sacrée, aux longues oreilles. Ce serait l’origine de l’étirement des lobes. Elle créa les hommes à partir d’un arbre dit ara qui devint « l’arbre de vie » des Kenyah.   

Bungan Malan Peselung Luan entre en communication avec les humains sous la forme d’animaux ou d’éléments naturels (la foudre par exemple).  

Les cérémonies principales précèdent les semailles et font appel aux forces propitiatoires lorsque le hameau est frappé par une calamité.

 

L’art des Kenyah

Il trouve son expression magnifiée dans la décoration des maisons longues communautaires.  L’élément primordial est l’« arbre de vie », série de bras vrillés émanant d'un point initial représentant la maison longue ou l'appartement du chef.  Ces vrilles à leur tour s’enroulent autour d’autres points mais ne les touchent pas. Ainsi est affichée l'indépendance du microcosme et l'interdépendance de tous les Kenyah au niveau universel.

Maison longue Kenyah Rukun Damai
Maison longue Kenyah - @AnneMarieWirja

 

Au mur, la généalogie dayak met en scène un roi qui dirige et contrôle chaque sous-clan, évoqué par une statue humaine au milieu. Le pot, sous ses pieds, et le gong, au sommet, sont une invite à l’entente et à l’union. Chaque chef de clan est figuré sous la forme de points blancs, reliés entre eux par des rinceaux floraux.

 

En règle générale, au niveau de l’ornementation on décèle les catégories suivantes :

 

Les animaux (crocodiles, calaos, tigres ou lions):

maison Longue Kenyah- Calao
Representation de Calao sur le toit d'une maison longue Kenyah@AnneMarieWirja
  • Le calao est l’icône de Kalimantan, parce que cet oiseau y est endémique. On lui attribue un caractère de fidélité, de courage et de modestie. D’essence divine, il est un modèle. Le crocodile ou dragon est l’emblème du monde inférieur. Il pourrait aussi être l’incarnation d’un dieu ou d’un ancêtre. Il est lié à l’eau et la fertilité. Autrefois, il était en rapport avec la chasse ou la guerre et donc à l’expression de la force. 
  • Le lion - ou le tigre - représente lui aussi la force, le caractère héroïque, le courage et la pureté. Il repousse le mal, il est l’emblème des chefs, le véhicule des dieux. En tant que prédateur principal dans le monde animalier, il rappelle ici la tâche des leaders qui doivent protéger leur peuple. Il est aussi associé à l’aristocratie. Seuls les nobles peuvent utiliser ce motif.

Les humains. Les ancêtres assurent la protection de la société et repoussent le mauvais œil. C’est pour cela qu’ils sont représentés sous forme de statues devant les maisons longues.

Les décorations florales et les volutes symbolisent l’exubérance de la nature et la richesse de l’environnement. Le motif ressemble plus particulièrement à celui des jeunes fougères. Il est à l’image de la société qui s’entrelace autour de ses chefs.

Les gongs, les jarres / pots. Ce sont les emblèmes de la richesse, biens de valeur qui se passaient de génération en génération. Le style est souvent d’influence chinoise, ce qui est vu comme une expression du lien avec l’hypothétique terre d’origine des Dayaks.   

 

Une place à part : les masques Hudoq

Maison Longue Kenyah masque Hudoq
masuqe Hudoq@AnneMarieWirja

 

Ces masques, très imposants, sont composés d'éléments mixtes, animaux et anthropomorphes, l’association des deux servant à accentuer leur férocité. Leur fonction est complexe : ils peuvent encourager des ancêtres à revenir aider les vivants, sont porteurs de protection et de fertilité, garantissent de bonnes récoltes, notamment celle du riz. 

Un second type de masque, parfois appelé « masque accrocheur de l'âme », était autrefois utilisé par les chamans pour les rituels de guérison. Pendant le sommeil ou l'inconscience, l'âme humaine est censée voyager à l'extérieur du corps. Si l'âme se perd pendant son voyage, le corps tombe malade. Ce sont les masques et d’autres accessoires rituels qui aideront à retrouver l'âme errante, grâce au chaman.

 

L’embellissement physique

La coutume des oreilles étirées

dame Kenyah
dame Kenyah2AnneMarieWirja

 

A l’origine de la coutume, dont l’apparition est difficile à déterminer, les hommes étaient aussi concernés. Elle était un signe de noblesse et distinguait des esclaves.  Les oreilles étaient percées lorsque l’enfant était encore bébé et une boucle ajoutée par année. C’était un exercice pour apprivoiser la douleur, la patience et, selon les anciens, un moyen de discerner l’homme du singe. Aujourd’hui la coutume est perdue et les femmes aux lobes étirés sont âgées. Certaines ont même fait couper leurs lobes, honteuses et ayant peur de faire démodées.

En revanche, les tatouages ont repris du fait d’une reconnaissance internationale. Mais nous reviendrons bientôt sur le sujet lorsque nous aborderons les Dayaks Taman.

 

Pour tout voyage dans cette région, contactez-nous via ametju82@yahoo.fr 

 

 

 

 

Anne Marie Wirja

Anne Marie Wirja

Installée depuis 30 ans à Malang avec son époux Juwana, passionnés de l’Asie du Sud et du Sud-Est, ils ont créé ww.epopeesdasie.com une agence qui propose des voyages découvertes ; beautés naturelles, merveilles architecturales et richesse des rencontres.
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