Sur une colline verdoyante du centre de Java, à quelques kilomètres du célèbre temple de Borobudur, se dresse une construction qui ne ressemble à rien d’autre en Indonésie, ni dans le monde d’ailleurs. Surnommée par le public l’Église poulet, (Gereja Ayam) ou encore Bukit Rahma, cette structure étrange attire autant les voyageurs curieux que les amateurs d’histoires insolites. C’est en tout cas devenu en quelques années un phénomène sur les réseaux sociaux !


Un rêve divin devenu sculpture d’acier et de béton
L’histoire commence à la fin des années 1980 avec Daniel Alamsjah, un Javanais chrétien, qui affirme avoir fait un rêve prémonitoire où Dieu lui aurait demandé de construire un lieu de prière pouvant accueillir les fidèles de toutes religions. Il aurait vu une colombe blanche reposant au sommet d’une colline, un symbole de paix et de spiritualité.
En 1992, Alamsjah achète un terrain sur Bukit Rhema, une colline offrant une vue spectaculaire sur les montagnes environnantes et le site archéologique de Borobudur. Il y engage la construction d’une structure qu’il conçoit lui-même, avec l’aide d’ouvriers locaux.
De la colombe au poulet : une erreur d'interprétation qui fait le charme
Selon son rêve, le bâtiment était donc censé ressembler à une colombe, symbole de paix dans de nombreuses traditions spirituelles. Mais une fois érigée, la large tête surmontée d’une structure en forme de crête donna au bâtiment l’apparence qu’on lui connaît aujourd’hui : un énorme poulet blanc aux allures surréalistes, donnant naissance à son surnom désormais mondialement célèbre.
Cette transformation involontaire est sans doute l’un des attraits principaux du lieu : une œuvre d’architecture naïve, presque fantastique, fruit d’un rêve personnel et d’une interprétation visuelle qui a dépassé toute intention originelle.

Du rêve religieux à l’attraction touristique
La construction progresse tout au long des années 1990 mais s’arrête brutalement en 2000 faute de moyens financiers. Le site reste inachevé, et pendant plus d’une décennie, il tombe progressivement en ruines, envahi par la végétation et parfois vandalisé. Pourtant, même dans cet état d’abandon, il commence à attirer des visiteurs fascinés par son apparence étrange et sa situation isolée dans la jungle. L’Église poulet devient progressivement un phénomène sur internet, avec des images partagées aux quatre coins du monde. En 2015, plusieurs médias internationaux relaient l’histoire, ce qui déclenche une explosion du tourisme local.
Le bâtiment fut un temps un centre de réadaptation pour enfants handicapés, toxicomanes, personnes souffrant de troubles mentaux et jeunes en difficulté. Il compte sept étages, chacun se veut représenter une période de la vie, illustré par diverses peintures.

Si vous avez de la chance, le 7ème étage offre une vue imprenable sur Borobudur (par beau temps).
Lieu d’expositions, de prière et objet de documentaires
Le site accueille aussi des expositions racontant l’histoire du lieu, ainsi qu’un petit café niché dans la partie arrière du bâtiment. Au sous-sol, plusieurs petites pièces ont été aménagées pour la prière ou la contemplation, invitant visiteurs et croyants de toutes confessions à s’arrêter un moment, réfléchir ou simplement rêver à leur tour.
Cette construction a fait l’objet de films documentaires, a servi de décor à des productions cinématographiques locales et figure désormais sur de nombreuses listes de lieux « insolites à visiter» en Indonésie.
Entre spiritualité, utopie et architecture improbable, l’église "poulet" offre un contraste saisissant avec la solennité de Borobudur. Ensemble, ces deux sites rappellent la diversité culturelle et religieuse de l’Indonésie, où traditions ancestrales et initiatives singulières coexistent dans un paysage chargé de sens.
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