Entre 1967 et 1971, le futur président des États-Unis a vécu à Jakarta dans le quartier de Menteng. Celui que l’on appelait alors « Barry » apprend l’indonésien et est scolarisé à l’école publique. Une période courte mais marquante dont les traces demeurent dans les souvenirs de ses anciens camarades et qui a façonné une partie de sa vision du monde.


Un déménagement à Jakarta en 1967 après le remariage de sa mère avec un Indonésien
À l’âge de six ans, le jeune Barack quitte Hawaï pour suivre sa mère, Ann Dunham, qui s’est remariée avec un Indonésien, Lolo Soetoro, rencontré aux États-Unis. En 1967, ce dernier retourne vivre à Jakarta notamment pour participer à une étude topographique pour le gouvernement indonésien. La mère du jeune Barack, anthropologue de formation, travaille elle en tant que professeur d’anglais pour des familles indonésiennes.
Le pays sort alors d’une période de violences politiques marquée par les massacres des communistes (au moins 500 000 victimes) et s’engage dans une reconstruction sous le régime du général Suharto. Jakarta est déjà à cette époque une ville contrastée où se côtoient pauvreté extrême et énergie débordante. C’est dans ce décor que le petit garçon américain qui se fait alors appeler « Barry » passe ces quatre années.
La famille recomposée s’installe dans le quartier de Menteng (centre de Jakarta) qui à la fin des années 1960, est un quartier résidentiel animé, mêlant maisons modestes, rues poussiéreuses, vendeurs ambulants et terrains vagues où les enfants jouent jusqu’à la tombée de la nuit. « C’était un quartier très pauvre lorsque la famille est arrivée ici », raconte en 2010 au New York Times, Coenraad Satjakoesoemah, un ancien cadre dans l’aviation et figure du quartier. « Il y avait encore des routes en terre, seulement quelques maisons et beaucoup de grands arbres. »
Une enfance paisible dans le quartier de Menteng
« Évidemment, on a beaucoup insisté sur le fait que ce voyage marquait mon retour dans l’endroit où j’ai vécu enfant. Mais je dois dire que je l’ai à peine reconnu », déclarait-il cependant au cours d’une conférence de presse tenue lors de sa visite officielle de novembre 2010.
Barack Obama se souviendra plus tard de ces jeux improvisés, des cerfs-volants dans le ciel de Jakarta et des longues balades à vélo sous la chaleur tropicale. « Il s’habillait avec des bermudas et portait toujours des polos à rayures, ou des tee-shirts à rayures. On voyait clairement qu’il venait de l’extérieur de l’Indonésie », raconte Rully Dasaad, l’un de ses camarades de classe dans un reportage réalisé par la chaîne CBS en 2010.

À son arrivée en Indonésie, le jeune “Barry” est scolarisé dans des écoles locales du centre de Jakarta qui existent toujours aujourd’hui mais qui se sont sensiblement agrandies. Il fréquente d’abord l’école catholique Santo Fransiskus Asisi, puis l’école publique SDN Menteng 01 où trône aujourd’hui à l’entrée une statue de Barack Obama enfant avec la mention « le futur appartient à ceux qui croient au pouvoir de leurs rêves ». Autre mention du passage de l’ancien président américain dans l’école : un stand de riz frit et de soupe bacs installé devant l’établissement scolaire a choisi le nom de « nasi goreng gila gondrong Obama ».
Dans les salles de classe de l’époque, Barry partage les bancs avec des enfants indonésiens issus de milieux modestes. Il porte l’uniforme, récite ses leçons et suit les mêmes règles que les autres, découvrant un système scolaire bien différent de celui qu’il avait connu à Hawaï.

Amis indonésiens, apprentissage du bahasa indonesia et engament chez les scouts
Très vite, Obama apprend l’Indonésien qui devient sa langue du quotidien, parlée dans la cour de récréation, dans la rue mais aussi à la maison avec sa nanny. Selon plusieurs témoignages, il s’exprimait avec aisance, au point de se fondre naturellement parmi les autres enfants.
Ces quatre années dans un pays aux codes culturels bien différents de ceux des États-Unis, à la religion musulmane prédominante (Obama n’a jamais été musulman contrairement à ce qu’ont essayé de faire croire certains complotistes) ont participé à bâtir chez le futur président une vision du monde tournée vers le respect des différences appuyée par l’ouverture d’esprit de sa mère.
Lorsqu’ils étaient à Jakarta, cette dernière a notamment choisi comme nanny pour Barack, Evie, une personne transgenre, née homme mais se sentant femme. Evie jouait avec le futur président, allait le chercher à l’école et s’occupait également de sa demi-soeur Maya. A l’époque, homosexuels et personnes transgenres étaient traqués et victimes de violences lorsqu’ils étaient arrêtés.
Autre fait marquant lors de cette période en Indonésie, Barack Obama est engagé dans les Pramuka, les très populaires scouts indonésiens. Il aurait gardé de cette expérience un respect et une reconnaissance pour le scoutisme et a même reçu en 2013, le "Silver Buffalo", un prix prestigieux des scouts américains.
L’expérience indonésienne de Barack Obama se termine en 1971 après la séparation de sa mère avec son beau-père indonésien. De retour à Hawaï, où il est un temps élevé par ses grands-parents, Barack Obama est finalement rejoint courant 1972 par sa maman et sa demi-soeur.
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