Bali - Dis-moi comment tu t’appelles et je te dirai qui tu es !

Par Odyl Devaux-Zeller | Publié le 23/02/2022 à 21:30 | Mis à jour le 24/02/2022 à 03:04
Cérémonie à Bali

L’attribution des noms à Bali n’est pas une mince affaire. Elle dépend non seulement de la caste du nouveau-né, mais aussi de son ordre d’arrivée dans la famille. Une fois le schéma connu, il est facile de savoir qui vient d’où et quel est son rang dans la famille. Alors prêt pour une immersion balinaise ?

 

La société balinaise est basée sur un système de caste introduit au cours du règne du royaume Majapahit XII au XVIème siècle. Ici, les relations sociales entre castes ne sont pas un évitement dû à « l'impureté ». Les gens des différentes castes balinaises socialisent et partagent des rituels ensemble. C'est plus l'étiquette, notamment en ce qui concerne la langue balinaise. Le niveau de langue reflète non seulement la connaissance, mais le statut. Les différences de statut prévalent également en ce qui concerne le fait de s'asseoir où et avec qui, ou encore le droit d'avoir tel ou tel type de sanctuaire et de tour de crémation. Et à Bali comme presque partout en Indonésie, les gens n’ont pas de nom de famille.

 

A Bali, on dénombre quatre castes

 

La caste des Brahmanes, principalement composée de religieux et d’hommes de sciences tels que les enseignants ou les professeurs. Les Brahmanes ont pour rôle de prêcher et d’enseigner. Ce sont les descendants de Pedanda Wawu Rauh, le fondateur de la prêtrise shivaïte à Bali.

 

Leur nom commencera toujours par Ida Bagus ou Ida Dayu, déterminant ainsi le statut social, et il est suivi d’un prénom :

- Ida Bagus pour les hommes suivi d'un prénom tel que : Putu Arina Bagia, Surya…

- Ida Dayu ou Ida Ayu (Ayu signifiant beau en balinais) pour les femmes et un prénom comme Putu Arini, Geribig...

 

La caste des Satria ou des chevaliers qui sont les descendants des familles royales et des guerriers. C’est la caste originelle de l'aristocratie, du pouvoir militaire ou politique. Leur rôle était de gouverner.

Leur nom commence :

- Pour les hommes : le statut social Anak Agung, Cokirda Istri, Ratu Prebagus, Ida idewa suivi du prénom Gede, Surabawa, Surya negara, Aryana…
- Pour les femmes : le statut social Anak Agung, Nak Agung Istri, Ida Idewa Istri, Dewa Istri suivi du prénom Kania, Candrawati, Purnama…

 

La caste des Weisa qui travaillent dans le commerce, l’industrie et l’administratif. Ils sont venus de Java lorsque l’islam est arrivé en Indonésie.

Leur nom commence par :

- Pour les hommes par Gusti Ngurah, Pregusti 
- Pour les femmes par Gusti Ayu

bali prenom

 

La caste des Sudra représente les paysans et les serviteurs. Leur rôle est d’accomplir les tâches inférieures. C’est plus de 90% de la population balinaise. Contrairement aux autres castes, ils ne disposent pas de titres pour faire commencer leur nom. Mais le premier nom qui leur est donné indique leur place dans la fratrie.

C’est ainsi que le premier enfant s’appelera Wayan ou Putu si c’est une fille, Wayan, Putu ou Gede si c’est un garçon.

Wayan voulant dire le plus ancien, le plus mature. Putu signifiant petit-fils, Gede signifiant grand.

 

Le deuxième enfant s’appellera Made, Kadek si c’est un garçon ou Nengah si c’est une fille.

Made signifiant milieu.

 

Le troisième s’appellera Nyoman ou Komang, Nyoman signifiant dernier.

 

Le quatrième enfant s’appellera Ketut. Ketut signifie petite banane. Il était considéré comme un bonus, les balinais ayant en général 3 enfants.

 

Et si on a plus de quatre enfants ? Et bien on recommence, Wayan Balik, Made Balik, ... Balik signifiant le retour.

 

A cela s’ajoute une particule. Devant chaque nom, on rajoute I si c’est un garçon et Ni si c’est une fille. Donc I Wayan, I Made, I Kadek, ... pour les garçons et Ni Wayan, Ni Kadek, Ni Nyoman pour les filles.

 

Aujourd’hui la grande majorité des Balinais ont deux enfants. La politique de maîtrise de la démographie sous l’ère Suharto « Dua anak cukup » - deux enfants cela suffit - a influencé le mode de vie de l’ensemble de la population indonésienne. Les prénoms Komang, Nyoman et Ketut ont tendance à disparaître.

 

L’usage de donner un second nom

Il est d’usage de donner des surnoms selon le physique ou le caractère de l’enfant ou de ce que l'on espère pour lui  : Made Gemuk (Gros Made), Putu Santi (Putu Paisible), Made Murniati (Made au coeur pur), Dharmi (gentil).

 

Les Balinais croient en l’influence du nom sur le caractère. Les enfants d’une même famille ont des noms différents. Il n’existe pas de nom commun à une famille, une autre conception mais difficile pour nous occidentaux de s’y retrouver.

 

Au troisième mois de l’enfant, une cérémonie religieuse "tigabulanan", la cérémonie sans doute la plus importante dans la vie d'un enfant, est donnée afin que les parents puissent lui donner un deuxième prénom. Cette période de trois mois permet de faire connaissance, de découvrir les traits de caractère de l’enfant. Mais également selon le physique, les circonstances de la naissance, les qualités intellectuelles qu’on aimerait voir se développer pour le bébé, un évènement particulier, on va choisir un prénom qui lui convient. Durant la cérémonie, sept prénoms seront notés sur sept feuilles de bananier qui seront jetées au feu. La dernière qui brûlera donnera son nom à l’enfant.

 

Aujourd’hui, les parents n’attendent plus forcément cette cérémonie pour donner un prénom à leur enfant, mais celle-ci l’officialise. A l’issue de la cérémonie, l’enfant pourra enfin toucher les pieds au sol car avant ces trois mois, les esprits malveillants qui trainent au niveau du sol et pourraient lui faire du mal. De nombreuses autres cérémonies rythment le cycle de la vie à Bali.

 

Avec le développement de l’île, il devient aussi de plus en plus courant que les Balinais rajoutent à leur nom un prénom occidental : Kadek Peter. A la différence de l’Inde, on peut se marier entre différentes castes. Si la personne se marie avec une caste inférieure, elle perd sa caste.

 

Alors la prochaine fois qu’un balinais vous dira son nom, essayez de deviner sa caste et sa place dans sa cellule familiale !

 

 

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Odyl Devaux-Zeller

Après avoir vécu aux Philippines au Vietnam et désormais en Indonésie, je prends plaisir à découvrir ce pays aux milles facettes et à partager mes découvertes avec les lecteurs du Lepetitjournal.com Jakarta
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