Édition internationale

Une retraite bien méritée pour Roselyne la prof d’indonésien des Français de Jakarta

Après plus de trente ans à enseigner l’indonésien aux Français de Jakarta, Roselyne a décidé de prendre sa retraite. La professeure tant appréciée de ses élèves quitte Jakarta et s’installe dans son kampung dans le centre de Java où elle continuera malgré tout à donner quelques cours en ligne. Sa silhouette élégante, ses robes en batik, son professionnalisme ont marqué plusieurs générations d'expatriés francophones, en quête d'apprentissage du « bahasa Indonesia ». À quelques jours de son déménagement, nous revenons avec elle sur une vie jusqu’ici bien remplie commencée en Nouvelle-Calédonie dans une famille javanaise.

RoselyneRoselyne
Écrit par Lepetitjournal Jakarta
Publié le 4 février 2026, mis à jour le 9 février 2026

La retraite : une décision mûrement réfléchie

On sent Roselyne très émue au moment de commencer ce nouveau chapitre de sa vie et d’évoquer ses trente années passées en tant qu’enseignante. Dans quelques jours, la professeure qui a formé des centaines de Français à l’indonésien partira pour son kampung de Brebes situé à un peu plus d’une heure de Cirebon dans le centre de Java.

Roselyne aborde sa retraite avec des émotions mêlées. Elle ressent d’abord une certaine tristesse à l’idée de quitter son travail qui lui a tant apporté notamment en matière de rencontres humaines. Mais c’est aussi une forme de soulagement car Roseline sent que c’est le moment de tourner la page. Après plus de trois décennies d’enseignement, dont une grande partie à Jakarta, elle éprouve une forme de fatigue vis-à-vis de la vie urbaine, devenue étouffante. À Brebes, elle va pouvoir faire de longues balades dans les rizières et s’occuper de ses fleurs dans son petit jardin. « Moi ce sont les fleurs et mon mari les légumes », sourit-elle. 

 

Un nouveau chapitre dans une vie déjà bien remplie

Car ce nouveau chapitre est aussi l’occasion d’enfin vivre un quotidien avec son mari qui travaille au kampung dans le commerce des véhicules. La solitude commençait à peser sur guru Roselyne qui multipliait les aller-retours entre Jakarta et Brebes. « Le plus dur c’était pendant le ramadan », confie-t-elle.   

À l’aube de cette nouvelle étape, la jeune retraitée tient à remercier chaleureusement tous ses élèves qui ont suivi ses cours. Ils sont si nombreux à avoir bénéficié du professionnalisme de Roselyne et feuilleté ses cahiers d’apprentissage élaborés grâce à ses trente ans d’expérience. Que ce soit pour découvrir les bases du bahasa Indonesia ou pour devenir expert, tous ont été marqués par sa personnalité et son enseignement. « C'est très facile d'apprendre grâce à sa méthode, elle est patiente et très douce. Et puis, elle partage plein de bons plans à faire à Jakarta », raconte Pauline qui souligne aussi la timidité et la pudeur de l’enseignante. 

Exigeante et très organisée, Roselyne a permis à des élèves d’atteindre un très bon niveau de bahasa comme ce fut le cas pour Yohann ou Cécile qui a suivi près de 3 ans ses cours.  « Ibu Roselyne m’a vraiment ouvert les portes de l’Indonésie, sa langue bien sûr mais aussi sa culture et son mode de pensée », souligne celle qui vit désormais à Sydney avant d’ajouter : « C’est aussi Ibu Roselyne qui la première m’a raconté l’existence des Javanais en Nouvelle-Calédonie ».

 

Une vie en Nouvelle-Calédonie jusqu’à 20 ans

Car la vie de Roselyne a en effet commencé dans ce territoire français du Pacifique. Elle y est née dans une famille javanaise installée au milieu du 20e siècle. Ses grands-parents, originaires de la région de Yogyakarta, se sont exilés en Nouvelle-Calédonie pour travailler dans les mines. Elle se souvient avec émotion de ce qu’elle définit comme son « pays natal » et garde une nostalgie de la gastronomie française. Elle quitte Nouméa à 20 ans car son père, dernier d'une fratrie de sept enfants tous élevés en Nouvelle-Calédonie, a décidé de répondre au vœu du grand-père de Roselyne : qu'un de ses enfants devienne musulman et retourne vivre sur les terres ancestrales.

Une fois son bac en poche, Roselyne et sa famille reviennent vivre à Java. Un retour qui n'en est pas un pour la jeune fille puisqu'elle n'a jamais vécu en Indonésie. C'est plutôt un choc, un arrachement qu'elle évoque encore aujourd'hui avec des larmes aux yeux.

 

Conversion à l’islam et mariage avec un Indonésien

Roselyne entame alors le parcours de n'importe quel expatrié, à ceci près qu'elle sait que sa vie est désormais en Indonésie. Elle se convertit à l'Islam et devient pratiquante, se passionne pour la langue indonésienne, dévore tous les manuels qui lui tombent sous la main et entame une carrière de professeur. De français d'abord, dans un lycée indonésien. Puis quand le ministère de l'éducation supprime l'obligation d'apprendre une deuxième langue étrangère au lycée en 1988, elle devient professeur d'indonésien pour les Français. Aujourd'hui, elle a créé sa propre méthode, ses propres livres et cahiers d'exercices.

L'autre grand challenge de la vie de Roselyne fut d'épouser un Indonésien : « C'est un vrai mariage multi-culturel avec les conflits que cela suppose et les adaptations nécessaires ». Et si aujourd'hui après beaucoup de temps, Roselyne affirme se sentir javanaise, elle se surprend encore à avoir des réactions qui n'ont rien de javanaises : « L'autre jour, je suis allée au restaurant avec mon mari. J'ai commandé un plat dont je n'étais pas satisfaite et je l'ai dit au serveur. Mon mari s'en est étonné. Ma franchise le gêne toujours et il me la reproche bien souvent ! », confiait-elle avec amusement dans un article publié il y a plusieurs années dans Le Petit Journal de Jakarta.

Entre deux balades et ses sessions de jardinage, Roselyne continuera à donner des cours en ligne alors n’hésitez pas à faire appel à ses services. Vous ne le regretterez pas. Le Petit Journal de Jakarta lui souhaite le meilleur pour cette nouvelle étape !

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Sujets du moment

Flash infos