Édition internationale

La scène electro de Jakarta : entre méga-festivals et laboratoire underground

Depuis près de vingt ans, la scène électro de Jakarta est reconnue internationalement. C’est notamment sa double identité qui la rend intéressante : d’un côté, de gros festivals comme le Djakarta Warehouse Project (DWP); de l’autre, un réseau underground inventif, fait de collectifs, de labels et de soirées confidentielles mais accueillant des DJs pointus comme ce fut le cas samedi 24 janvier au Coffee-sound Again de Blok M avec le Français Christophe Hétier du groupe Télépopmusik.

ElectroElectro
Le DJ français Christophe Hétier du groupe Télépopmusik lors de son set à l'occasion de l'inauguration du Coffee-sound Again à Blok M
Écrit par Lepetitjournal Jakarta
Publié le 27 janvier 2026, mis à jour le 30 janvier 2026

De nombreuses soirées électro ont lieu chaque week-end à Jakarta 

Ils étaient venus nombreux samedi 24 janvier 2026 pour écouter le DJ Christophe Hétier du groupe Télépopmusik à l’occasion de l’ouverture du Coffee-sound Again situé à Blok M. Le Français membre du groupe d’électro trip-hop Télépopmusik, notamment connu pour son immense succès « Breathe », a mixé pendant près de deux heures devant une cinquantaine de passionnés de musique électro. 

Comme c’est souvent le cas à Jakarta, pour des yeux d’Occidentaux, le moment a un côté improbable. Coincé entre un flyover et le pasaraya office building de Blok M, le Coffee-sound Again est un petit local d’à peine 20 m², ouvert sur le trottoir, qui propose du café artisanal de qualité, des matcha et autres latte… et met en avant la qualité « haute fidélité » du son qu’il diffuse. 

Ce samedi soir, donc, les clients dans leur très grande majorité Indonésiens se pressent autour du DJ booth en levant les bras et en poussant des cris lorsque le beat accélère. Des femmes voilées ne quittant pas leurs lunettes de soleil, des filles branchées parfois tatouées en short ou robes courtes, des hommes trentenaires au look trendy, d’autres en T-shirt souvent noir, casquette fluo à l’envers se déhanchent côte à côte, gobelet de café à la main et le portable vissé au bout du bras pour streamer le moment sur leur page Instagram ou TikTok. Ici pas d’alcool, pas de lumière tamisée, les néons électriques sont dignes d’un bloc opératoire mais cela ne freine en rien la ferveur du public.

La plupart connaissent la musique de Christophe Hétier et de son groupe Telepopmusik, pourtant peu connu du grand public en France, et certains ont même fait venir des copains en leur disant qu’il ne fallait vraiment pas rater ce moment. Car à Jakarta la scène électro est depuis près de vingt ans très dynamique. Qu’il s’agisse de grands clubs comme le Zodiac ou de lieux ou de soirées plus underground comme c’est le cas au Coffee again, Jakarta est devenue une des capitales électro de l’Asie du Sud-Est.

 

Pourquoi Jakarta est devenue une capitale électro en Asie du Sud-Est

Jakarta occupe une position stratégique dans le paysage de la musique électro asiatique. D’un côté, elle accueille l’un des plus grands festivals dance du continent, le Djakarta Warehouse Project (DWP), vitrine massive de l’EDM (Electronic Dance Music) créé en 2008. Ce festival a fait émerger de nombreux clubs de grande envergure accueillant des DJ internationaux. En parallèle de cette électro grand public se sont structurés des collectifs plus confidentiels plus contestataires et underground, symbolisés par la compilation  éditée par Pepaya Record « Dentum Dansa Bawah Tanah » qui pourrait être traduit par « Les pulsations de la danse underground ». 

 

La cassette qui a lancé la scène underground

L’histoire fascinante de cette compilation a été racontée par le magazine Vice en 2016. Le collectif Studiorama, aujourd’hui colonne vertébrale de la scène underground, sort il y a un décennie, une cassette de 14 titres couvrant un large éventail de musiques électroniques, allant de la deep house aux influences soul ou aux grooves balnéaires… « En quelques jours, Dentum Dansa Bawah Tanah semblait être partout — ce qui est assez fou quand on sait que Pepaya Records n’a aucune présence sur Internet. On ne peut même pas télécharger une version numérique de cette cassette sur Bandcamp ou SoundCloud, pourtant des plateformes incontournables (…). À la place, la cassette est disponible via une adresse e-mail indiquée au bas du site web du groupe », raconte l’auteur de l’article Adi Renaldi. Le succès est immense et signe le début de l’âge d’or de la scène underground qui s’appuie sur une population extrêmement jeune et hyperconnectée.

 

 

cassette
La cassette qui a lancé la scène électro underground de Jakarta

 

Cette dualité entre méga festival et soirée ultra-pointue est précisément ce qui rend la scène électro passionnante : aucune hégémonie esthétique, mais une coexistence souvent tendue, parfois fertile entre différents genres musicaux.

 

Les lieux incontournables

ZODIAC (Jakarta Selatan)

Aujourd’hui, Zodiac est l’un des noms les plus récurrents dès qu’on parle de house/techno et de programmation club à Jakarta. Zodiac cristallise une génération “club” plus informée, qui suit les DJs, les labels, les formats long set, et une certaine exigence sonore.

Dekadenz

À la fois club night et label/collectif, Dekadenz est associé à une esthétique club plus sombre et tranchante (techno, mutations, etc.) et à des figures comme Jonathan Kusuma (cofondateur).

FOS (Kemang)

FOS fait partie des spots actuels avec une identité club/bar.

Djakarta Warehouse Project (DWP) — l’institution grand public

Même si ce n’est pas un “lieu” permanent, DWP est incontournable comme moment annuel qui attire des foules et des headliners, et symbolise le versant “mega” de l’électro indonésienne.

 

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