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Les énergies renouvelables, le cœur de métier de David Cullerier

Par Valérie Pivon | Publié le 02/06/2019 à 23:30 | Mis à jour le 03/06/2019 à 10:15
ENGIE Indonésie David Cullerier

Suite aux accords de Kyoto, l’ONU s’est engagée à ce que 30% des énergies soient produites grâce à des énergies renouvelables à l’horizon 2030. Ces énergies sont aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Nous avons rencontré David Cullerier, Directeur Général d’ENGIE Indonésie, société française qui a fait de la transition zéro carbone son fer de lance.

Lepetitjournal.com/Jakarta : ENGIE a depuis 4 ans changé d’orientation et fait des énergies renouvelables son axe de développement, pouvez-vous nous expliquer cette décision ?

David Cullerier : Nous avons fait le constat en 2015, peut-être avant d’autres, que le monde changeait et qu’il fallait se désengager du charbon. Nous nous orientons vers un monde sans carbone, plus décentralisé et digitalisé. Nous avons donc vendu ou fermé nos centrales à charbon dans toute la zone Asie-Pacifique, Indonésie incluse. Cette transition énergétique est une révolution et elle est très concrète : en 2016, lors de mon premier séjour en Indonésie, j’ai participé à la vente de nos centrales charbon indonésiennes. Je reviens quelques années plus tard pour développer des solutions énergétiques plus soucieuses de l’environnement et c’est une opportunité incroyable au vu des besoins de ce pays et de son potentiel. 

Le gaz que l’on trouve en quantité importante en Indonésie est-il considéré comme une énergie renouvelable ? Et quelle est son importance ?

Le gaz produit beaucoup moins de CO2, deux fois moins que le charbon, et ne libère aucune particule. C’est un bon élément que l’on peut combiner aux différentes énergies renouvelables qui sont, pour certaines d’entre elles, produites par intermittence. Une centrale au gaz démarre rapidement et permet d’aider à la gestion des sources de production éolienne et solaire. Le gaz est un vecteur de la transition énergétique et, en France, nous avons pour objectif de distribuer des gaz 100% verts d’ici 2050 (biogaz et hydrogène vert). C’est d’ailleurs une très bonne connexion entre le monde des énergies et le monde agricole. 

Quelle est l’ambition d’ENGIE Indonésie et quels sont vos projets ?

Tout comme ailleurs, notre ambition c’est d’être le leader de la transition zéro carbone. Nous proposons des solutions aux industriels, gouvernement, collectivités locales pour les aider dans leurs démarches vers des énergies propres. On sent un intérêt grandissant en Indonésie pour ces énergies. L’Indonésie s’est engagée à produire 23% de son énergie grâce aux énergies renouvelables à l’horizon 2025.

Le pays présente un fort potentiel dans le domaine de la géothermie. Notre première usine de production d’électricité à partir de cette ressource est située à Sumatra et elle débutera sa production en septembre 2019. Nous avons deux autres projets sur cette même île, dont un en construction avec un démarrage prévu en août 2020. L’éolien, le solaire, l’hydraulique et le biogaz occupent aussi les équipes d’ENGIE sur Java et Sumatra. Il y a actuellement deux sites qui produisent de l’éolien en Indonésie, soit 2 fois 70 MW (mégawatts) ; par comparaison la capacité des éoliennes installées en Chine est de 200 GW (3 000 fois plus !). On retrouve un écart similaire dans le solaire alors que, pour ces deux sources d’énergie, un potentiel de développement existe. Nous travaillons aussi sur l’énergie hydraulique avec un projet appelé « au fil de l’eau » donc avec un très faible impact environnemental.

Pouvez-vous nous parler de votre projet d’accès à l’énergie pour tous ?

ENGIE Papoua energies solaire

C’est un projet qui nous tient à cœur, il va permettre l’accès à l’énergie à 1 500 villages en Papouasie. Cette énergie est produite grâce à des panneaux solaires et servira en premier lieu à une alimentation électrique afin d’éclairer les maisons et apporter de l’éclairage public dans les villages. Il va aussi permettre un usage productif et la possibilité d’avoir des réfrigérateurs par exemple. Cet usage productif est capital pour développer l’économie de ces régions isolées. C’est un projet digital car aussi bien le prépaiement que la surveillance de nos installations se feront au travers des réseaux téléphoniques et satellites. Ce type de projet est une très bonne combinaison entre notre responsabilité sociétale et nos objectifs de rentabilité.

La biomasse pourrait-elle être une solution pour l’Indonésie pour gérer ses déchets végétaux ? Comme les résidus d’huile de palme ?

En Indonésie, effectivement, il y a de grosses ressources de biomasse, comme les résidus liquides d’huile de palme, mais pas seulement. Il est nécessaire de les valoriser afin d’avoir un impact positif sur l’environnement. En récupérant ces effluents liquides, on procède à la méthanisation, on produit ainsi du biogaz qui peut être utilisé pour la production d’électricité.

Énergie renouvelable signifie impact zéro sur l’environnement et la population, comment le gérez-vous ?

Tous les impacts sociaux et environnementaux des projets sont étudiés avec l’aide de cabinets externes spécialisés. Ils donnent lieu à des modifications de conception, de localisation et parfois à des solutions de compensation (comme de la reforestation). Nous sommes financés par des banques internationales qui, sans ces mesures, ne soutiendraient pas ces projets.

Êtes-vous soutenu par le gouvernement indonésien dans le développement des énergies renouvelables à travers le pays ?

L’acheteur d’électricité en Indonésie est PLN. Au contraire d’autres pays qui ont soutenu le démarrage des énergies renouvelables avec des subventions permettant d’investir dans des installations qui au départ sont chères, le gouvernement indonésien demande aux projets de production électrique renouvelable d’être 15% moins cher que le coût moyen de production dans la province considérée. Une évolution de la réglementation est donc nécessaire entre autres sur ce point.

Comment voyez-vous l’avenir des énergies renouvelables en Indonésie ?

Je reste confiant. L’Indonésie a des engagements internationaux à l’horizon 2030. De plus, le BAPPENAS, le Ministère de la planification, vient de sortir une étude dans laquelle, pour la première fois à ce niveau en Indonésie, il est démontré que le charbon coûte plus cher que le gaz naturel ou les énergies renouvelables lorsque l’on prend en compte le coût sur le climat (CO2) et le coût de la pollution sur la santé. Le développement des énergies renouvelables est donc une source de croissance additionnelle pour l’Indonésie. La conclusion de ce rapport incite à l’accélération de cette transition. Nous sommes là pour les accompagner.

Crédits photos : ENGIE Indonésie

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Valerie Pivon

Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 14 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
3 Commentaire (s)Réagir
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Jean Louis CULLERIER lun 03/06/2019 - 14:08

Bravo David ! Je veux bien croire à tout ce que tu dis . Mais à quel prix en tenant compte des démantèlements des unités existantes ? Et à quelles échéances?

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David Cullerier mer 12/06/2019 - 04:36

On pourrait écrire des pages entières pour répondre de manière exhaustive. Les unités existantes devront être démantelées tôt ou tard et ces coûts sont provisionnés, donc pas de coût additionnel. Doit-on accélérer le démantèlement pour faire de la place aux renouvelables ? Quand le coût variable (carburant, opération-maintenance, coût sur la santé, coût du réchauffement climatique) de production électrique à base de fuel ou de charbon est supérieur au coût total des renouvelables, la réponse ne fait aucun doute. Dans le cas contraire, il s’agit surtout d’éviter de construire de nouvelles centrales polluantes et de favoriser l’installation de nouvelles unités propres. Ensuite, de nouveaux facteurs entrent en jeu comme le stockage (qui permet de moduler la demande ou alors de stocker les surplus produits, sous forme d’hydrogène par exemple) et la mobilité électrique (qui chamboule la demande mais qui offre aussi des possibilités de stockage énormes). Un sujet passionnant dont on peut discuter pendant des heures mais ce qui est sûr c’est qu’on ne devrait plus installer de nouvelles centrales qui altèrent la qualité de l’air, qui contribuent trop fortement au réchauffement climatique, bref qui font porter d’énormes responsabilités aux générations futures.

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William jeu 06/06/2019 - 08:44

Il y a plein de trucs a faire. Par exemple , modifier les fenetres , avec le soleil qui chauffe la maison , et l'air conditionneur qui tourne presque a temps plein......... Le filtrage de l'eau de la piscine Les Indonesiens lavent leur voiture en moyenne 4 fois par semaine Et il y en a d'autres............................

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