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Jean-Charles Berthonnet, retour sur trois années passées en Indonésie

Par Valérie Pivon | Publié le 21/07/2019 à 23:30 | Mis à jour le 22/07/2019 à 12:48
Photo : Jean-Charles Berthonnet, ambassadeur de France en Indonésie et au Timor-Est
Depart ambassadeur France indonesie JC Berthonnet

Avant son départ, nous avons rencontré Jean-Charles Berthonnet, ambassadeur de France en Indonésie et au Timor-Est et sommes revenues avec lui sur les moments forts de ces trois années passées en Indonésie. 

 

lepetitjournal.com/jakarta : Plutôt familier des pays de l’Est (Kazakhstan, Russie, Hongrie), Jakarta était pour vous le premier poste en Asie du Sud-Est, quelles ont été vos premières impressions en arrivant en Indonésie ?

Jean-Charles Berthonnet : Je me souviens avoir atterri à Jakarta un dimanche à 18h et avoir ressenti de plein fouet la force de cette mégalopole : ces buildings qui vous absorbent et ce dynamisme asiatique. Ces premières impressions ne se sont jamais démenties et se sont révélées durables, tout comme la capacité d’écoute des indonésiens ainsi que leur disposition d’esprit à satisfaire et comprendre, qualités moins répandues en Europe. 

Quelles ont été les principales questions diplomatiques de votre mandat ?

Mon rôle d’ambassadeur couvre tous les secteurs ; avec mes collaborateurs, nous nous devons de faire le maximum pour développer les relations entre nos deux pays. La dimension politique est au cœur de notre métier et elle conditionne beaucoup de choses. J’ai eu la chance quelques mois après mon arrivée d’accueillir le Président François Hollande. La précédente visite d’un chef d’État français en Indonésie remontait à celle de François Mitterand en 1986. Il faut que cela se poursuive, les présidents Joko Widodo et Emmanuel Macron se vont vus brièvement lors des sommets du G20 à Hambourg et à Osaka récemment. Maintenant que l’Indonésie est membre du G20 et du Conseil de sécurité de l’ONU jusqu’en 2020, il faut aller plus loin. L’an prochain, nous allons célébrer les soixante-dix ans des relations diplomatiques France-Indonésie, une occasion de mettre en avant nos relations à travers des rencontres et évènements culturels. Les visites et échanges doivent continuer car elles sont le déclencheur de nombreux projets. Lors de la visite de Francois Hollande, nous avons été témoins de nombreux accords et de signatures de lettres d’intention dont plusieurs se sont concrétisées, comme l’ouverture de trois magasins Décathlon. Lors de la visite de Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères, un groupe de travail autour des énergies renouvelables a été créé, il se réunit régulièrement. Un accord pour la création d’une « Ecole 42 » de formation de développeurs informatiques a été signé lors de la visite de Mounir Mahjoubi, alors Secrétaire d’Etat au numérique. Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a assisté à l’ouverture de l’usine de caoutchouc synthétique de Michelin qui est un investisseur important en Indonésie. Nous souhaitons établir un dialogue économique régulier avec l’Indonésie et une visite du ministre Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, pourrait avoir prochainement lieu.

La diplomatie économique est aussi une des priorités de l’ambassade et de la politique étrangère de la France. Le Service économique et Business France sont aux cotés des entreprises françaises pour les assister dans leurs démarches, quelle que soit leur taille, il n’y a pas de petits projets. Aujourd’hui, trois-quarts de nos exportations sont constituées par la vente d’avions Airbus et ATR, il nous faut nous diversifier dans des secteurs tels que l’agro-alimentaire, les énergies, les autres formes de transports…. La France est l’un des pays européens les plus attractifs pour les investisseurs étrangers ; aujourd'hui seuls deux investisseurs indonésiens sont présents sur notre territoire : Sinarmas et Pertamina.

La culture, au sens large, fait partie de nos priorités et est un outil d’influence. Il ne faut pas être naïf, la langue anglaise est forte mais le français est une langue qui rayonne. Nous avons des universités de bon niveau et d’excellentes écoles dans l’ingénierie, le management, les sciences sociales… Chaque année, plus de 500 étudiants indonésiens reçoivent des visas pour aller étudier en France, il faut aller plus loin. Nous avons un réseau d’Instituts Français et d’Alliances Françaises unique présent dans beaucoup de villes, il nous permet de rayonner au-delà de Jakarta. 

Les relations militaires sont aussi très importantes, neuf escales de bâtiments de guerre et une escale aérienne majeure de Rafales et d’A400M, ce dernier à Lombok pour porter assistance aux populations, ont eu lieu ces deux dernières années à Jakarta et dans l’archipel indonésien. Nous avons avec l’Indonésie de nombreux sujets globaux sur lesquels nous travaillons comme le climat ou la lutte antiterroriste et nous souhaitons également nous rapprocher de l’ASEAN. 

Les aspects consulaires, la protection des français résidents mais aussi des 280 000 touristes par an font partie du travail de notre ambassade. Nous avons cette année délivré 58.000 visas touristiques à des Indonésiens.

Quels ont été les moments forts de ces trois années?

Bien sûr la visite de Francois Hollande et malheureusement les catastrophes naturelles qui ont frappé l’Indonésie. Des moments difficiles et tristes, mais la France a été très réactive et ses actions ont eu un impact important sur le terrain. Grâce à la présence de la mission militaire Pégase dont l’avion A400M a servi à affréter du matériel humanitaire à Lombok. Nous avons été parmi les premiers à envoyer une station de purification d’eau avec un détachement de 40 personnes de la sécurité civile à Palu. Ces moments m’ont marqué, je n’oublierai pas le visage de cet enfant qui attendait que l’on ouvre le robinet pour livrer de l’eau potable. C’était un moment fort, face au dénuement de ces habitants, la France a pu apporter une aide rapide, cela fait chaud au coeur. Les Indonésiens ont énormément apprécié nos actions. À Lombok également après le tremblement de terre, la France a fait don de 100 000 euros pour la reconstruction d’un village dévasté au pied du volcan Rinjani. Je me suis rendu sur place accompagné de mes équipes, nous étions émus mais heureux de pouvoir répondre à l’urgence humanitaire. Je salue ici le travail des équipes de l’ambassade et du consulat lors de ces catastrophes.

Sur un tout autre plan, celui-ci culturel, le concert en avril autour de l’Exposition Universelle et de l’influence du gamelan dans la musique de Debussy fut un grand moment de bonheur et de symbiose entre nos deux pays.

Y-a-t-il des dossiers que vous auriez aimé traiter?

Il y a deux sujets qui tiennent une place importante dans la relation Franco-Indonésienne. Tout d’abord l’huile de palme qui est sujet franco-indonésien et qui concerne également l’Union Européenne. Il est regrettable que l’on n’arrive pas à sortir de ce dialogue de sourds entre les pro et anti huile de palme, c’est un discours beaucoup trop schématique. Cela entraîne une spirale de mesures et contre-mesures, alors que l’on devrait travailler ensemble pour une huile de palme soutenable avec une certification crédible. Il faut convaincre le public et composer avec les grandes ONG pour développer ces certifications qui je pense sont la solution à ce problème.

Le deuxième sujet beaucoup plus sensible est celui de la peine de mort. Nous respectons la souveraineté de l’Indonésie et les décisions du pouvoir judiciaire, néanmoins notre devoir est de protéger nos concitoyens. L’ambassade et les autorités françaises travaillent sur ces dossiers dans la discrétion, ce qui ne veut pas dire que l’on ne fait rien, bien au contraire. Nous souhaitons poursuivre nos échanges de façon discrète et dans un esprit de dialogue. Je pense que c’est un travail au long cours, mais que nous y arriverons.

Vous avez été proche de la communauté française pendant ces trois années, qu’avez-vous retenu de cette relation ?

La communauté française est très diverse :  expatriés, retraités, entrepreneurs… 4 200 Français sont enregistrés au consulat auxquels il faut ajouter les 280 000 touristes. Nous essayons au mieux de répondre à leurs besoins et offrons des services consulaires variés : passeport, état civil, élections… 

Le réseau des lycées français de l’étranger est important et permet aux français et francophones d’organiser dans les meilleurs conditions leur installation familiale, qu’elle soit à moyen ou à long terme. En Indonésie, nous avons deux lycées français : l’un à Jakarta et l’autre à Bali, un atout supplémentaire dans la décision de l’expatriation.

Que souhaitez-vous à votre successeur ?

Le meilleur contexte possible pour continuer à développer nos relations avec l’Indonésie. Des visites d’États iraient dans ce sens, les planètes semblent d’ailleurs s’aligner à l’horizon 2020. Nous nous sommes déjà rencontrés et avons passé en revue l’ensemble des dossiers.

Pour terminer, trois mots pour résumer votre mission en Indonésie ?

Dynamisme : c’est frappant, on le retrouve partout sur l’archipel, le développement des transports en est un des marqueurs les plus frappants.

Tolérance : c’est a la fois dans l’ADN de ce pays et inscrit dans le PANCASILA, mais nous le savons, elle est parfois menacée.

Richesse : des populations, des langues, des religions, des costumes, des couleurs… Quand je rentre à Paris, je trouve le costume cravate sombre un peu déprimant.

 

 

Valerie Pivon

Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 14 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
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