Édition internationale

Bali fait face à une crise des déchets sans précédent

Avec une croissance exponentielle du tourisme, Bali affronte depuis plusieurs années une crise des déchets qui vient ternir l’image de paradis de l’île des dieux. Depuis quelques semaines, cette crise s’est amplifiée avec la fermeture partielle de sa principale décharge près de Denpasar qui est arrivée à saturation avec plus de 1000 tonnes d’ordures qui s’y déversaient chaque jour. Résultat de cette fermeture : les ordures s’accumulent sur les bords de routes où sont brûlées, dégageant d’épaisses fumées qui importunent notamment les habitants du sud de l’île et rendent d’autant plus urgente une gestion planifiée des déchets.   

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Des tas d'ordures s'accumulent au coin des rues de l'île des dieux
Écrit par Lepetitjournal Jakarta
Publié le 17 avril 2026, mis à jour le 22 avril 2026

 

La crise des déchets, une rançon du succès touristique de l’île

L’une des rançons du tourisme à Bali réside sans discussion dans la gestion des déchets d’une île qui n’a pas su ou pu anticiper cette question. Avec plus de quatre millions d’habitants et sept millions de touristes en 2025, ce sont près de 4000 tonnes d’ordures qui sont produites chaque jour soit 1,2 millions de tonnes annuellement selon le think tank Institute for Essential Services Reform (IESR). Les infrastructures existantes, insuffisantes à l’origine, sont aujourd’hui complètement débordées. C’est le cas de la principale décharge de l’île, Suwung au nord-est de Denpasar, devenue l’emblème de cette crise environnementale et sanitaire.

 

La décharge de Suwung l’emblème de la crise

En 41 années d’existence, la décharge s’est transformée en une véritable montagne de déchets de 35 mètres, instable et dangereuse. Suwung opère en « open dumping », une pratique qui consiste à entasser les déchets sans imperméabilisation ni traitement et qui est la source d’émissions massives de gaz polluants comme le méthane. Continuer à l’exploiter n’était plus une option crédible : risques d’incendie, pollution des sols et des eaux… tous les signaux étaient au rouge. Alors le gouverneur de Bali, Wayan Koster, a ordonné sa fermeture partielle le 1er avril 2026 après avoir déclaré : « Bali est assiégée par les déchets, une ironie pour une destination touristique mondiale qui représente l’image de l’Indonésie à l’échelle internationale ». Une fermeture annoncée depuis des années mais qui crée une situation d’urgence absolue. 

 

Composter, trier dans le meilleur des cas, jeter dans la nature et brûler dans le pire

Désormais seuls les déchets non organiques sont acceptés à Suwung. Les ordures ménagères, les produits avariés et les restes de nourriture provenant des centaines d’hôtels et de clubs de plage doivent être compostés ou gérés tant bien que mal par les particuliers ou les établissements touristiques. Certains ne s’embarrassent pas trop et jettent comme leurs ordures dans les rivières où les déposent sur le bord des routes. Des tas de poubelles fleurissent un peu partout, dégagent une odeur nauséabonde et peu compatible avec la beauté de l’île.

 

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Brûler ses déchets est souvent la seule solution pour se débarrasser de ses ordures. 

 

Mais, il y a plus préoccupant. Face à l’absence de solution, beaucoup brûlent leurs poubelles chaque jour. À la tombée du jour, dans de nombreux quartiers, de petits feux s’allument. Ce geste, longtemps toléré à petite échelle, devient aujourd’hui une réponse quasi systémique à l’engorgement. « Presque une maison sur trois ou quatre dans ma rue brûle ses propres déchets », témoigne auprès de l’agence Bloomberg, Ravinjay Kuckreja, un habitant de longue date de la capitale Denpasar. Kuta, Seminyak, Legian, Canggu sont parmi les zones les plus touchées, avec des indices de qualité de l'air (AQI) grimpant jusqu'à 150 (alors qu’un indice inférieur à 50 est recommandé).

Une image désastreuse pour l’île des dieux qui fait face depuis quelques temps à un « Bali bashing » du fait des conséquences du surtourisme : embouteillages, croissance urbaine anarchique, comportements choquants de certains touristes, plages recouvertes de plastique notamment à la saison des pluies. 

Les ONG environnementales alertent elles sur les risques à long terme : la combustion des déchets, notamment des plastiques, génère des composés organiques toxiques et des particules fines contenant des métaux lourds, susceptibles de provoquer des maladies respiratoires mais aussi des cancers à long terme. 

Face à cette situation, la grogne monte et mi-avril une manifestation de centaines de camions-poubelles a été organisée par le Forum de communication pour l'autogestion des déchets de Bali (Forkom SSB). Une protestation qui a abouti à un accord temporaire. Le gouvernement a autorisé le déversement de déchets organiques triés à la décharge de Suwung deux fois par semaine. Solution provisoire mais qui donne un peu de répit.

 

La solution controversée des incinérateurs

Dans ce contexte d’urgence, les autorités indonésiennes se sont fixées des objectifs très ambitieux pour ne pas dire intenables. Le « Clean Waste Movement », formalisé par le gouverneur Koster en mars 2025, vise une île sans déchets en 2027 ! Pour cela, une solution industrielle est mise en avant : la construction d’incinérateurs capables de transformer les déchets en énergie qui pourraient être opérationnels en 2027. 

Plusieurs projets ont été lancés ces dernières années, notamment en partenariat avec des entreprises chinoises. L’idée est séduisante sur le papier : réduire drastiquement le volume des déchets tout en produisant de l’électricité. Mais ces projets suscitent des débats. Leur coût est élevé, leur mise en œuvre lente, et surtout, ils inquiètent une partie de la population et des ONG environnementales, qui redoutent de nouvelles émissions polluantes si les installations ne respectent pas des normes strictes. 

 

Comment agir à son échelle

Au-delà des solutions techniques, la sobriété reste la meilleure arme pour lutter contre les déchets notamment le plastique. Réduire sa consommation, faire ses courses avec un sac réutilisable, éviter de commander sur les Apps des paquets généralement couverts de multiples couches de plastique, consommer systématiquement ses restes alimentaires… L’éducation et l’engagement sont aussi des leviers incontournables de ce combat. Pour cela vous pouvez vous rapprocher des ONG et associations qui oeuvrent à Bali pour réduire l’impact des déchets.

Sungai watch 

Eco Bali Recycling

Delterra

Peduli Alam

Mangrove Care Forum Bali

La fresque du plastique

La fresque du climat

 

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