Alors qu’Elisabeth Claverie de Saint Martin, Présidente-directrice générale du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), s’est rendue en Indonésie du 2 au 5 février 2026, Le Petit Journal Jakarta s’est penché sur le projet IndoKAKAO, un exemple concret du renforcement de la coopération agricole entre la France et l’Indonésie.


Face aux défis de la filière cacao en Indonésie, le projet IndoKAKAO ambitionne de renforcer durablement les petits producteurs tout en créant des passerelles avec l’excellence chocolatière française. Rendu possible grâce à un soutien financier du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères obtenu sur proposition de l’ambassade de France en Indonésie, au Timor oriental et auprès de l’ASEAN, ce projet est mis en œuvre par le CIRAD, en partenariat avec des acteurs institutionnels et économiques indonésiens. Innovant, il est une démonstration concrète de la coopération croissante de la France et de l’Indonésie en matière d’agriculture.
Un exemple de diplomatie scientifique au service des populations et de la relation bilatérale
À l’origine d’IndoKAKAO, il y a un travail de veille mené par le CIRAD dont les équipes basées en Indonésie suivent de près les évolutions des filières agricoles de l’archipel. Après la crise du Covid-19, un signal interpelle : alors que l’Indonésie est historiquement un grand pays producteur de cacao, elle importe de plus en plus de fèves, notamment d’Afrique de l’Ouest, tandis que la productivité nationale stagne, voire recule, explique Jean-Marc Roda, directeur régional pour l'Asie du Sud-Est insulaire du CIRAD.
En parallèle, souligne le scientifique, des transformations profondes touchent l’économie rurale. Les petits producteurs – smallholders – gagnent en importance tandis que le modèle des grandes plantations industrielles montre des limites, notamment face aux insectes ravageurs et à la crise de main-d’œuvre post-Covid. « C’est une véritable révolution agricole qui est en train de se passer en Indonésie », affirme Jean-Marc Roda. Mais malgré leur montée en puissance, les petits producteurs ont du mal à accéder à l’information technique, à la formation et à des solutions de financement pour se développer : la filière cacao manque de structuration.

Un projet structurant dans le cadre d’un partenariat stratégique entre la France et l’Indonésie
Cette analyse de terrain intervient alors que l’agriculture est l’un des axes de coopération prioritaire identifiés lors des entretiens tenus au plus haut niveau à l’occasion de la visite d’Etat du Président de la République en Indonésie (mai 2025) et de la visite officielle du Président Prabowo en France en tant qu’invité d’honneur lors des célébrations de la fête nationale du 14 juillet. Une lettre d’intention dédiée est signée devant les deux Présidents le 28 mai 2025 à Jakarta. L’ambassade de France demande alors au CIRAD, opérateur de l’Etat, de proposer un projet structurant. Le cacao s’impose rapidement comme une filière stratégique.
Le premier comité de pilotage qui lance le projet IndoKAKAO se tient en septembre 2025, sous la co-présidence de l’ambassade de France et du ministère indonésien de la Planification (Bappenas). Le CIRAD assure la coordination scientifique et technique, aux côtés de partenaires indonésiens tels que l’Agence de modernisation de l’agriculture (BRMP), l’Institut indonésien pour le café et le caco (ICCRI), l’Institut agricole Stiper (INSTIPER), ainsi que des acteurs privés comme l’Association Chocolate Bean to Bar Indonesia (ACBI) qui promeut un cacao de bonne qualité et à l’origine bien identifiée, dont est membre, notamment, le chocolatier Jika. Côté indonésien, le projet s'appuie également sur un acteur clé : l’institution spécialisée en micro-crédit PNM (Permodalan Nasional Madani).
Un projet pour une filière cacao durable et inclusive en Indonésie
Pour l’Indonésie, l’enjeu d’IndoKAKAO est double : améliorer les revenus et la résilience des petits producteurs, tout en structurant une filière encore très fragmentée, en mettant l’accent sur les jeunes et les femmes qui représentent 50 % des bénéficiaires.
L’objectif est aussi d’améliorer les techniques post-récolte pour proposer un cacao de meilleure qualité (logique « bean to bar »), pour un chocolat premium destiné à des marques prestigieuses, à l’instar de Valrhona, mais plus généralement des acteurs français positionnés sur le cacao indonésien, comme Jika déjà cité.

Trois axes majeurs pour transformer la filière cacao
Le projet IndoKAKAO s’articule autour de trois grands objectifs opérationnels avec deux projets pilotes à Java et Sulawesi.
1. Créer un centre technique « réseau du cacao »
IndoKAKAO va mettre en place un centre technique virtuel, fondé sur la mise en réseau des acteurs existants. L’objectif : permettre à un producteur, où qu’il se trouve, d’accéder plus facilement aux bonnes informations, aux compétences techniques, à la recherche appliquée et aux dispositifs de financement, notamment grâce aux solutions de micro-crédits de PNM pour les intrants et l’équipement. Inspiré des centres techniques européens dédiés aux PME, ce dispositif est adapté aux réalités indonésiennes et pourra bénéficier potentiellement à 20 000 producteurs.
Dans un premier temps, le CIRAD a commencé en septembre 2025 à envoyer ses meilleurs experts cacao sur le terrain pour identifier les défis à relever. Puis, viendra la phase de formation de formateurs indonésiens qui eux-mêmes dispenseront grâce à INSTIPER ces formations auprès de milliers producteurs locaux pour la mise en place de bonnes pratiques agricoles.
Christian Cilas, chercheur au CIRAD, a terminé en décembre 2025 une mission de diagnostic pour IndoKAKAO sur Java après avoir parcouru Sulawesi en septembre dernier. Dans le cadre de IndoKAKAO, le chercheur espère mettre en place avec ses partenaires indonésiens des pratiques éco-responsables pour faire baisser de moitié les attaques du cocoa pod borer, un papillon qui se loge dans les cabosses de cacao et qui affecte les récoltes.
2. Améliorer la chaîne de valeur du cacao
IndoKAKAO veut renforcer la qualité d’un cacao indonésien et son exportabilité, grâce également à la mise en place de certifications (bio, équitable, indication géographique), de partenariats commerciaux avec des chocolatiers internationaux et la formation de professionnels à l’analyse organoleptique (goût, odeur, aspect...), afin de valoriser le goût et les terroirs.
Une première formation de ce type a déjà eu lieu à Montpellier en septembre 2025 avec notamment Baldwin Jehanno, propriétaire, avec son épouse Sury, de la marque Jika. Pour lui, IndoKAKAO est un projet très important car il permettra de trouver plus facilement des fèves de qualité. « Grâce à de bonnes pratiques agricoles, les fermiers auront de meilleurs revenus et cela va sécuriser nos approvisionnements », souligne le chef d’entreprise membre de l’association ACBI déjà citée, qui regroupe des chocolatiers artisanaux d’Indonésie.
3. Renforcer la résilience et la durabilité écologique
Enfin, afin de développer des variétés de cacao plus résistantes aux maladies et au changement climatique, IndoKAKAO veut introduire des pratiques agroforestières et des actions de reforestation pour protéger la biodiversité et les sols.
Formation, accès à la microfinance, diffusion des savoirs via le numérique : IndoKAKAO pourra s’appuyer sur une réalité souvent méconnue. L’Indonésie bénéficie de la plus importante couverture 4G au monde en zone rurale et les producteurs sont déjà très connectés, utilisant smartphones, vidéos et applications pour améliorer leurs pratiques.
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