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En attendant les Jeux (6) : Coups de filet acrobatiques

Par Joël Bronner | Publié le 29/05/2018 à 23:30 | Mis à jour le 30/05/2018 à 01:48
Photo : Kuala Lumpur 2017
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Cet été, l’Indonésie accueille les 18e Jeux asiatiques entre Jakarta et Palembang. Pour le 6e  volet de notre série En attendant les Jeux, nous vous présentons une discipline méconnue : le sepak takraw.

Peut-être vous arrivera-t-il au cours de vos pérégrinations indonésiennes de croiser des jeunes gens en train de jouer au football sur un terrain de badminton avec des règles proches de celles du volley-ball. Outre que vous aurez alors face à vous un bel exemple de syncrétisme sportif, vous serez surtout les spectateurs privilégiés d'une discipline à part entière, le sepak takraw.

Le savoir-faire des athlètes qui le pratiquent consiste à donner un 'coup de pied' (sepak) dans une petite 'balle tressée' (takraw) et à la faire passer de l'autre côté du filet dans le camp de l’équipe adverse, en utilisant n'importe quelle partie du corps à l'exception des mains et des bras. Cette règle occasionne de nombreux gestes spectaculaires, en particulier d’impressionnants retournés acrobatiques, devenus l’emblème de ce sport.

'Regu', 'Quadrant', 'Doubles'... Plusieurs variantes existent - par exemple à deux ou quatre joueurs - mais un match classique voit s'opposer deux équipes de trois joueurs et la partie se remporte en trois sets gagnants.

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@Kuala Lumpur 2017

Le sepak quoi ?

Les 'historiens' de ce sport s'accordent généralement à dire qu'il se pratiquait au départ sans filet et surtout sans esprit de compétition, puisqu'il s'agissait alors simplement de se faire passer une balle en rotin, en la maintenant en l'air le plus longtemps possible. Apparu il y a plusieurs centaines d’années, ce jeu a progressivement développé sa forme actuelle au cours du XXe siècle. Étymologiquement, son nom est issu d'un mélange d'influences régionales des langues malaise (sepak) et thaïe (takraw).

C'est peu dire, toutefois, que le sepak takraw souffre d'un déficit de notoriété – voire de crédibilité – à l’extérieur des frontières d'Asie du Sud-Est qui l'ont vu naître. En parcourant la toile 'occidentalisante', ce sport est aujourd'hui encore souvent qualifié de « bizarre » ou d’« étrange ». « Sport obscur» aux yeux de l'agence de presse AP, il est même affublé du surnom exotique de « ninja volleyball » par certains internautes.

Entraînement quasi-militaire

Qu'importe, en Indonésie notamment, ce sport est considéré avec sérieux. En témoigne l’entraînement quasi-militaire qui a été imposé l'an dernier à l’équipe nationale de sepak takraw, peu avant de participer aux SEA Games chez le voisin malaisien. Un entraînement dont une dépêche de l'AFP se faisait alors l’écho.

L’Indonésie, « lasse d'être toujours derrière ses voisins comme la Thaïlande ou les Philippines dans les compétitions internationales » semblait alors prête à tout pour aguerrir le mental et le physique de ses athlètes. Garçons et filles ont ainsi passés plusieurs mois au cœur de Sumatra dans une enceinte de la Brigade Mobile, une unité d'élite de la police, notamment spécialisée dans la lutte antiterroriste.

Cette préparation à la dure a ainsi exigé des « sacrifices personnels pour les joueurs, contraints de vivre comme des ermites pendant les cinq mois de ce stage ». Dini Mitasari, athlète de 23 ans, confiait alors : « les officiers de la Brigade Mobile sont très disciplinés et aussi très motivés. Cela se répercute sur nous et aussi sur notre motivation ».

Kick volleyball

Las, l'image la plus marquante que laissera l’Indonésie lors de la compétition malaisienne de sepak takraw sera finalement celle de l'abandon du terrain par l’équipe des filles, à la suite d'une contestation d'arbitrage. Didi Mitasari et ses coéquipières arrachèrent malgré tout une médaille de bronze, offerte diplomatiquement pour apaiser les tensions avec le voisin malaisien à qui elles étaient opposées.

Cette année, les Jeux asiatiques indonésiens marqueront donc l'heure de la revanche pour les représentants de l'archipel. Il sera cependant impossible d'assister à un match de ce sport original à Jakarta, puisque la compétition de sepak takraw se déroulera intégralement à Palembang. Pour les curieux d'acrobaties au filet, il restera l'option de la télévision ou des rediffusions en ligne.

Et si vous ne parvenez toujours pas à mémoriser le nom de cette discipline encore largement dans l'ombre, vous pouvez faire comme une partie des internautes qui n’hésitent pas à parler de 'kick volleyball'. Qui sait, cette dénomination à l'anglaise aidera peut-être le sepak takraw à attirer un jour la lumière des projecteurs internationaux et à le sortir du rang de simple curiosité régionale...

 

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Joël Bronner

Joël Bronner

Après Islamabad puis Kaboul, Jakarta est la 3e ville où j’expérimente l’expatriation. Au paradis du macet, je suis notamment le correspondant de Radio France Internationale (RFI)
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