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En attendant les Jeux (4) – Les mascottes et le poulet

Par Joël Bronner | Publié le 12/02/2018 à 23:30 | Mis à jour le 12/02/2018 à 23:30
Photo : ©AsianGames2018
 Asian/Games/2018/jeux/sport/asie/indonésie

Cet été, l’Indonésie accueille les 18e Jeux asiatiques entre Jakarta et Palembang. Le 4e  volet de notre série En attendant les Jeux nous entraîne dans l'univers parfois cruel des mascottes.

Malgré leur aspect de grosse peluche ingénue, les mascottes de compétitions sportives n'ont pas toujours la vie de bisounours que leur sourire inamovible pourrait le laisser supposer.


Il y a certes les icônes ou du moins celles qui ont marqué les esprits. Les Français se rappelleront ainsi plus facilement de Footix, qui a pris sa retraite après la Coupe du monde de 1998, voire du récent Super Victor qui incarnait l'Euro 2016. La mémoire collective réserve par ailleurs une place particulière à Cobi, qui après des services jugés bons et loyaux aux JO d’été de Barcelone en 1992, fait désormais partie de l’âme de la ville catalane.


Il y a les mascottes 'stars', donc, mais aussi celles qui échouent au pied du podium, celles à qui la gloire de décorer les produits dérivés semble promise mais qui échouent cependant aux portes du tournoi. Il y a les stars et il y a... Drawa.

 

Un paradisier aux faux airs de poulet


Drawa, c'est l'histoire d'une mascotte déchue. C'était pourtant bien son sourire béat qui devait accompagner les rêves sportifs des anak-anak indonésiens durant les Jeux asiatiques de cet été. Fréquemment vêtu comme s'il allait livrer une compétition d'arts martiaux, Drawa était censé représenter un oiseau à la parure majestueuse, typique de la Papouasie : un paradisier.

 

Or malgré la présentation officielle de Drawa en décembre 2015, le public indonésien - internautes en tête - prend immédiatement le volatile en grippe. Les réseaux sociaux s'enflamment et les quolibets fusent à l'encontre de celui qui est accusé de ressembler à un vulgaire gallinacé plutôt qu'à un volatile fabuleux. Pour Drawa, c'est le drame.
 

En ligne, ses détracteurs le jugent « démodé » voire « moche » et, affront ultime, ils n'ont alors de cesse de le traiter de « poulet »... Les coups portés sont trop durs : mis au tapis dans les vestiaires, Drawa ne pénétrera jamais dans l'arène officielle des Jeux. Carbonisé par le feu des critiques, Drawa le paradisier termine ainsi sa courte carrière de mascotte au rang d'ayam bakar, simple poulet grillé.

 

Unité dans la diversité


Quelques jours plus tard, en janvier 2016, branle-bas de combat à Jakarta. « Bien que nous ayons déjà lancé le logo et la mascotte des Jeux asiatiques, nous avons écouté les remarques de ceux qui suggéraient d'en améliorer la forme », indique alors Imam Nahrawi, le ministre de la Jeunesse et des Sports devant un parterre de journalistes.

 

Le temps presse : il faut dénicher un nouveau smiley sur pattes pour remplacer l'impopulaire Drawa ! Un nouveau concours sur le thème 'Energy of Asia' est alors mis en place dans la foulée. Après quelques mois, soit près d'un an avant les Jeux, les organisateurs sélectionnent finalement un projet qui a mis les bouchées triples. Au lieu d'une seule, ce ne sont pas moins de trois mascottes qui auront désormais la tâche d'incarner l’événement sportif.

 

Sur les cendres encore chaudes de Drawa, voilà donc Bhin-Bhin, Atung et Kaka - brièvement prénommé Ika dans un premier temps - qui s'avancent triomphalement pour un tour d'honneur. Bhin-Bhin est un nouveau paradisier, Atung un cerf et Kaka un rhinocéros. Comme l'indique notamment leur batik respectif, l'oiseau représente l'est de l’Indonésie, le pachyderme l'ouest et le ruminant la partie centrale de l'archipel.
 

Bhin-Bhin, Atung et Kaka

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©AsianGames2018


Les trois animaux au gabarit fort différent et tous issus de diverses zones géographiques du pays ont par ailleurs le bon goût de servir parallèlement d’allégorie à l’Unité dans la diversité, la devise de l’État. Plus prosaïquement, Kaka le rhinocéros incarne la force, Atung le cerf la vitesse et Bhin-Bhin le paradisier est lui supposé symboliser la stratégie. Le soleil rouge qu'ils portent chacun au niveau du nombril correspond de son côté à l’emblème générique des Jeux asiatiques, dont ils sont en quelques sorte les enfants.

 

Sur les illustrations officielles, aux côtés des trois compères, le logo de ces Jeux 2018 a lui aussi été modifié lorsque Drawa a été sacrifié. Initialement, la première mouture représentait un paradisier stylisé. Toujours stylisé, le logo actuel, correspond cette fois-ci à une vue aérienne du stade Gelora Bung Karno, sorti de terre à l'occasion des Jeux de 1962. Au bord de cette enceinte sportive emblématique du sport indonésien, l'observateur attentif décèlera les huit entrées qui en autorisent l’accès.


Pour en revenir à nos mascottes, les Jeux sont faits : la compétition, qui débutera d'ici moins de 200 jours maintenant, sera donc marquée par les sourires inaltérables de Bhin-Bhin, Atung et Kaka. Sur ces trois-là planera toutefois aussi l'ombre et le souvenir de Drawa, la mascotte déchue. Même si contrairement au phœnix, le malheureux poulet grillé a peu de chances de renaître un jour de ses cendres.

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Joël Bronner

Joël Bronner

Après Islamabad puis Kaboul, Jakarta est la 3e ville où j’expérimente l’expatriation. Au paradis du macet, je suis notamment le correspondant de Radio France Internationale (RFI)
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