Vendredi 27 novembre 2020

L'Ambassadeur de France en Turquie rappelé pour consultation

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 25/10/2020 à 17:45 | Mis à jour le 26/10/2020 à 09:59
relation franco turque

Dans un contexte où les désaccords sont nombreux entre les présidents turcs et français, la tension est encore montée d’un cran ce week-end, suite aux propos du président Erdogan envers son homologue français.

Après avoir condamné, le 6 octobre dernier, les propos d Emmanuel Macron au sujet du "séparatisme islamiste", (les qualifiant de "provocation" et dénonçant "l’impertinence" du président français), le président Erdogan a récidivé ce samedi 24 au matin : "Tout ce qu'on peut dire d'un chef d'État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c'est : 'allez d'abord faire des examens de santé mentale'."

En fin d’après-midi samedi, l’Elysée a réagi en fustigeant les paroles du président turc : "Les propos du président Erdogan sont inacceptables. L'outrance et la grossièreté ne sont pas une méthode. Nous exigeons d'Erdogan qu'il change le cours de sa politique car elle est dangereuse à tous points de vue. Nous n'entrons pas dans des polémiques inutiles et n'acceptons pas les insultes".

Et la présidence française a annoncé qu’elle rappelait l'ambassadeur de France à Ankara pour consultation*, une première dans la relation franco-turque.

L’Elysée a noté, d’autre part, "l’absence de message de condoléances et de soutien du président turc, après l’assassinat de Samuel Paty", l’enseignant décapité le 16 octobre dernier dans un attentat islamiste près de son collège.

 

 

Ce dimanche, c’est le ministre des Affaires étrangères français, J. Y Le Drian, qui a dénoncé "une volonté d’attiser la haine" venant de la Turquie, et regretté "un comportement inadmissible, a fortiori de la part d’un pays allié", tout en relevant qu’il s’agissait d’"insultes directes contre le président, exprimées au plus haut niveau de l’Etat turc".

Joseph Borrell, haut représentant de l’Union européenne a lui aussi protesté contre "des propos inacceptables" et demandé que la Turquie "cesse cette spirale dangereuse de confrontation".

Du côté turc, Fahrettin Altun, directeur de la communication de la présidence, a expliqué que "les caricatures offensantes du prophète" ne cherchaient qu’à "intimider les musulmans et à leur rappeler qu’ils sont les bienvenus pour continuer à faire fonctionner l’économie de l’Europe, mais qu’ils n’en feront jamais partie – sur fond de discours sur l’intégration". Il a ajouté : "Nous allons nous défendre, et défendre les nôtres à tout prix".

Enfin, le président turc a renouvelé ses propos de la veille au cours d’une émission télévisée, présentant Emmanuel Macron comme "obsédé" par lui "jour et nuit", ajoutant "c’est un cas, et en conséquence il a vraiment besoin de subir des examens".

Ainsi le contentieux de ces dernières 48 heures n’est-il pas le premier, il s’ajoute à plusieurs points de divergence entre le président Macron et son homologue turc, qu’il s’agisse de l’intervention turque en Libye en janvier 2020, de l’incident maritime entre les Marines turque et française en juin dernier, des tensions en Méditerranée orientale cet été, ou du récent conflit au Haut-Karabakh. Et on se souvient qu’en novembre 2019 Emmanuel Macron ayant décrété l’OTAN en “mort cérébrale”, le président Erdogan avait repris la formule pour juger son homologue français.

Pour rappel, en France, le projet de loi sur le "séparatisme", qui devrait être voté en décembre, renforcerait la laïcité et imposerait un contrôle renforcé des financements des mosquées mais aussi l'interdiction de la formation des imams à l'étranger. Cela concernerait naturellement la communauté turque de France.

 

* Il s’agit d’une mesure assez classique en droit diplomatique qui caractérise un état de vive tension dans les relations entre deux Etats. Le rappel de l’ambassadeur "en consultation" ou "pour consultation" est une façon de montrer son mécontentement quand il ne suffit plus de "faire des représentations" à la partie adverse. Elle distend, au moins temporairement, les relations diplomatiques avec l’Etat accréditaire et évite de recourir à la rupture pure et simple des relations diplomatiques, aux effets très lourds.

(Source : Jean Paul Pancracio, Observatoire de la diplomatie).

 

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