Samedi 15 août 2020

La tradition de l’or en Turquie

Par Aude Ferreira | Publié le 16/04/2020 à 03:55 | Mis à jour le 16/04/2020 à 03:55
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Pour tous ceux qui ont eu la chance d’être invités à un mariage turc, vous avez certainement été surpris de voir la mariée disparaître sous un tas de médailles et bracelets en or, le tout enrubanné de rouge !

Adieu la liste de cadeaux de mariage, services en porcelaine et électroménagers en tout genre, ici ce qui importe c’est offrir de l’or. Sa valeur demeure incontestable depuis des millénaires et l’or s’avère encore plus précieux en temps de crises comme aujourd’hui. L’or est une valeur sûre en comparaison des fluctuations des monnaies et peut de toute évidence être converti en espèces chez le bijoutier le plus proche... 

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Mais pourquoi une telle présence du précieux métal dans la tradition turque ? 

Revenons un peu sur son histoire…

Saviez-vous que la première monnaie en or fut frappée en Lydie (Lidia) vers 650 avant J.-C., partie sud-ouest actuelle de la Turquie. Et cette région, suite à sa conquête par les Romains, ne devint autre que l’empire fortuné Byzantin. Sa capitale, Constantinople, cœur des échanges commerciaux entre l’Orient et l’Occident, utilisait notamment la « Solidus » (mot latin pour dire solide), une monnaie en or très valorisée dans le commerce pour sa stabilité. On rappelle que l’Empire byzantin a survécu plus de mille ans et que même après sa chute en 1453 (prise de Byzance par les Ottomans), la population a continué de stocker l’or et la confiance instaurée dans la monnaie jaune a suivi son cours. C’est aussi d’ailleurs sous le règne ottoman et notamment sous celui de Süleyman le Magnifique que l’or a pris toute sa précieuse importance dans le domaine de la joaillerie. Des foires destinées à promouvoir l’art de la joaillerie y étaient organisées.

C’est aussi durant l’Empire Ottoman que fut construit le Grand Bazar, centre commercial et financier, qui continue de nos jours à faire battre le « cœur en or » d’Istanbul. Peut-être avez-vous été témoins des innombrables échoppes et bijouteries uniquement consacrées à sa vente. Le labyrinthe a aussi ses négociants ou “traders”, qui depuis des générations, négocient les achats du précieux métal et qui à grandes envolées s’égosillent sur le cours de la monnaie jaune. Toutes les transactions ont la particularité d’être liées à la seule parole de l’homme. On se fait confiance puisqu’on se connaît. Aucun document requis. Les « traders » en or du Grand Bazar ne répondent pas aux règles de la bourse telle qu’on la connaît, ni à celles des établissements financiers. C’est la tradition qui prévaut

Nous n’avons non plus aucune idée précise de la véritable quantité d’or et d’argent qui circule parmi les allées du Bazar. Et n’allez pas non plus chercher de chiffres officiels…

Un vieux dicton dit d’ailleurs qu’Istanbul serait pavée d’or et cela paraît probable quand on sait qu’il existe un secteur de ramassage de poussières d’or. Avec tous les ateliers et bijouteries qui confectionnent et traitent le métal, des sociétés se sont spécialisées dans la récupération des poussières dorées en balayant bâtiments, rues et canalisations. Et cela se compterait en tonnes !

On comprend mieux ainsi pourquoi l’or occupe une place particulière dans la vie turque. Le gouvernement en tête, incite le peuple à investir dans l’or mais bien entendu à le réinjecter dans le système bancaire. Il est ainsi courant de posséder un compte « en or » qui suit le cours d’évolution du précieux métal. 

Il est inutile d’énumérer tous les événements législatifs liés à l’or ni de détailler les réserves minières de la Turquie dans cet article au risque de s’éloigner du sujet « tradition », mais nous pourrons y revenir à une prochaine occasion.

Il est en revanche utile de rappeler que l’importance de l’or en Turquie est surtout liée à son poids en grammes et non à son esthétique sous forme de bijoux. Pour tous les événements qui caractérisent un nouveau commencement dans la vie des Turcs (naissance, circoncision, fiançailles, mariage etc.), les cadeaux sont toujours essentiellement identiques, à savoir des médaillons en or frappés du profil d’Atatürk, des bracelets ronds et lisses ou éventuellement des colliers... Ce qui les distingue, ce sont leurs poids et taille. Bien entendu, plus le médaillon est gros et lourd, plus sa valeur convertie en liras est importante. Toute la différence réside dans la hiérarchie des grammages : un or de la république (cumhuriyet altını = env. 2440TL), une moitié (yarım altın = env. 1220TL), un quart (çeyrek = env. 610TL) etc. (ces valeurs varient quotidiennement). 

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"Cumhuriyet altını"

 

Bien entendu, rien n’empêche ensuite aux bienheureux d’échanger leur or en bijoux plus sophistiqués.

Une tradition qui a sa logique, car qui, au commencement de chaque période de sa vie, n’a pas besoin d’un ballotin de secours rempli de pièces d’or... ? Adieu grille-pains et services 12 personnes, vive l’or !

 

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Aude Ferreira

Aude Ferreira

Diplômée de la faculté de Droit Jean Monnet Paris XI, Aude est Avocate, et vit à Istanbul depuis 2017, où elle continue ses activités de consultante juridique. Par sa collaboration à Lpj Turquie, Aude concilie son intérêt pour l’écriture et pour Istanbul.
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