Îles aux Princes et mer de Marmara : compétence transférée à l'État

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 07/11/2021 à 19:00 | Mis à jour le 07/11/2021 à 23:26
Photo : Vue sur la mer de Marmara depuis l'île d'Heybeliada
île heybeliada Istanbul

Vendredi dernier, le président Erdoğan a signé un décret déclarant la mer de Marmara et les îles aux Princes “zones spéciales de protection de l’environnement". Cette mesure retire ainsi à la municipalité métropolitaine d'Istanbul (“İBB” - opposition) le contrôle des îles, et le remet au ministère de l'Environnement, de l'Urbanisation et du Changement Climatique. 

Si cette décision est officiellement prise dans le but de réduire la pollution liée au mucilage, qui a beaucoup endommagé la région de Marmara au printemps et à l’été 2021, elle n’est pas vue d’un bon œil par la mairie d’Istanbul ni par les défenseurs de l’environnement. 

Lutter contre la pollution de la mer de Marmara 

Le décret*, publié au Journal Officiel, réglemente les activités en mer de Marmara, dans le but de protéger les eaux fortement polluées. Il établit de nouvelles normes de rejet de déchets pour l'ensemble de la zone. Cette zone comprend ainsi les eaux au large des côtes d'Istanbul et des provinces voisines : Kocaeli, Yalova, Bursa, Balıkesir, Çanakkale et Tekirdağ.

Au printemps dernier, la Marmara a été victime de mucilage (ou “morve de mer”), une substance épaisse et visqueuse (conséquence, notamment, de la pollution liée aux déchets non traités), qui a impacté l'écosystème local. Si une campagne de nettoyage a été mise en place, il resterait actuellement encore du mucilage en dessous de la surface de la mer.

La mer de Marmara, qui couvre une superficie de 11 350 km2, est la mer la plus petite de Turquie, mais vitale pour des zones industrielles et très peuplées de la région (Istanbul, Izmit etc.). 

Voie ouverte à des projets de construction ? 

Gürkan Akgün, le responsable du département de zonage et d’urbanisation d’İBB, estime que cette décision pourrait avoir des effets pernicieux. Selon lui, avec ce décret, l'İBB perd un accès essentiel aux mécanismes de protection de la mer de Marmara.

 

 

Il rappelle que le pouvoir d'approuver les plans de sites naturels et de zones côtières appartient déjà au ministère. Il indique aussi que, depuis que le CHP (opposition) a gagné la mairie d'Istanbul en 2019, le parti a travaillé à l'élaboration de plans de zonage et de protection de l'environnement pour les îles. Il plaide pour une coordination inter-agences (mairie/État) concernant la gestion côtière.

Les îles aux Princes, enclave de la diversité culturelle et religieuse d’Istanbul, sont un “poumon” de la mégapole. Nombreux sont les Stambouliotes qui s'y pressent pour marquer une “pause”, loin de l'agitation de la ville.

Cependant, se pose désormais la question de savoir si, avec ce nouveau statut, dans une région au potentiel touristique et aux ressources prometteuses, les îles risquent ou non d’être réaménagées pour permettre un tourisme de masse.

 

 

Quand on observe l’île de la Démocratie et de la Liberté (Yassıada), transformée en Centre de congrès et de tourisme cimenté, suite à de gros travaux qui ont duré plus de 5 ans (et avec de nombreux arbres sacrifiés), cette nouvelle décision a de quoi semer le doute.

Il y a quelques mois au lac Salda** (province de Burdur, sud-ouest), la création d'un parc (millet bahçesi) pour les touristes a eu des conséquences néfastes sur le sable du lac, transformant sa couleur. Le lac Salda avait été placé "zone spéciale de protection de l'environnement" en mars 2019.

Pour en savoir plus sur les "zones spéciales de protection de l'environnement" en Turquie, cliquer ICI.

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(*) Qui se base sur un décret de 1989 autorisant le gouvernement à déclarer les lieux où le risque de pollution est immédiat comme “zones spéciales de protection de l'environnement”, lui permettant de redéfinir et de réviser tout plan de zonage ou d'aménagement.

(**) Plus communément appelé les "Maldives turques".

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