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À Istanbul, les mahya rallument le ciel du Ramadan

Le muezzin a à peine fini l’appel que des lettres s’allument entre les minarets. À Istanbul, les mahya suspendent leurs mots au-dessus de la ville et marquent l’entrée du Ramadan.

Mahya lumineux entre les minarets de la mosquée Sultan Ahmet à Istanbul pendant le RamadanMahya lumineux entre les minarets de la mosquée Sultan Ahmet à Istanbul pendant le Ramadan
Un mahya illumine la mosquée Sultan Ahmet à Istanbul durant le Ramadan.
Écrit par Sarah Goldenberg
Publié le 3 mars 2026, mis à jour le 11 mars 2026

Une tradition suspendue entre deux minarets

 

Chaque année, à la tombée du jour, ils réapparaissent. Tendus entre deux minarets, les mahya forment des mots lisibles depuis la rue, les quais, les collines d’Istanbul. Une phrase, parfois une invocation, parfois un message plus universel.

La tradition remonte à l’époque ottomane. Elle aurait pris forme au XVIIᵉ siècle, sous le règne du sultan Ahmed Ier. À l’origine, il s’agissait de lampes à huile suspendues par des cordes. Aujourd’hui, les ampoules ont remplacé les flammes. Ce qui ne change pas : la ligne tendue entre deux minarets, la phrase suspendue au-dessus d’Istanbul.

À Istanbul, toutes les mosquées ne peuvent accueillir un mahya. Il faut au moins deux minarets. La Süleymaniye, Sultan Ahmet ou encore la mosquée de Fatih comptent parmi les silhouettes les plus emblématiques où ces lettres lumineuses prennent place.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Les artisans des mahya

 

Derrière chaque mahyades heures de préparation et de calcul. Il faut mesurer, tendre les câbles, fixer les ampoules une à une, composer la phrase à l’envers pour qu’elle soit lisible depuis le sol. Le travail se fait en hauteur, entre les minarets, parfois à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du vide.

Ces artisans, appelés mahyacı, perpétuent un savoir-faire ancien. Leur nom est rarement connu du grand public. Leur intervention, pourtant, marque l’entrée dans le mois sacré. À la veille du Ramadan, on les aperçoit sur les hauteurs des grandes mosquées, minuscules face à la pierre et au ciel.

Le métier a évolué avec l’électricité, les systèmes d’accroche, la sécurité. Mais il reste exigeant. Précision technique, équilibre, résistance au vent. Une phrase mal tendue se lit mal. Une ampoule défaillante brise l’harmonie du message.

Ces dernières années, plusieurs reportages ont souligné la raréfaction de ces spécialistes. La question de la transmission se pose, comme pour tant d’autres métiers liés au patrimoine ottoman.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Quelques mots entre deux minarets

 

Ils apparaissent au-dessus des coupoles, lisibles depuis les quais du Bosphore ou les collines de Fatih. Une phrase simple. Quelques mots seulement. Les mahya ne sont jamais bavards.

Certains rappellent le sens religieux du mois : appel à la prière, à la patience, à la générosité. D’autres choisissent des formules plus larges, presque universelles.

 

“Sevelim, sevilelim” — aimons et soyons aimés.

 

Une invitation qui dépasse le cadre spirituel. Le choix des mots n’est d'ailleurs pas anodin. Ils renvoient à une époque, un climat, parfois une attente. Sans discours, sans banderole, la phrase suspendue devient un signal. Visible de tous, croyants ou non.

Dans une ville saturée d’enseignes lumineuses et d’écrans, ces lettres tendues entre les minarets conservent une forme de sobriété. Elles ne vendent rien, ne clignotent pas. Elles s’allument à la nuit tombée, puis s’éteignent avant l’aube.

 

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