À l’occasion du 8 mars, Nadia Fanton, Consule générale de France à Istanbul, évoque diplomatie féministe, rôle du consulat et communauté française dans cet entretien mené par Gisèle Durero-Köseoglu.


Entretien avec Nadia Fanton, Consule générale de France à Istanbul
À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, Madame Nadia Fanton, Consule générale de France à Istanbul, m’a fait l’honneur de me recevoir pour échanger sur sa fonction, sur la place des femmes dans la diplomatie et sur la mise en œuvre concrète de la diplomatie féministe…
Gisèle Durero-Köseoglu : Le fait d’être une femme influence-t-il les relations avec les autorités du pays d’accueil ?
Nadia Fanton : Ce n’est pas forcément le fait d’être un homme ou une femme qui change les choses, ce n’est ni un avantage ni un inconvénient, simplement une donnée parmi d’autres. Quand on est diplomate, notre outil de travail, c’est notre personne. De même que pour un chanteur, l’outil de travail est sa voix, pour un diplomate, c’est tout ce qu’il incarne, avec ses spécificités, le genre n’étant que l’une d’entre elles. Certes, être une femme permet parfois des relations plus fluides ou plus personnelles avec d’autres femmes, mais, au-delà de cela, je ne perçois pas de différence majeure.
Pouvez-vous expliquer ce que recouvre l’expression « diplomatie féministe », adoptée par la France depuis 2019 ?
Le concept a d’abord été développé par la Suède et la France l’a officiellement adopté en 2019. Cette politique repose sur plusieurs orientations. La première consiste à augmenter le nombre de femmes dans le corps diplomatique, avec davantage de femmes ambassadrices, consules ou directrices. Par exemple, la représentation diplomatique française en Turquie est aujourd’hui très féminine, avec une ambassadrice et une consule générale ; c’est également le cas chez nos partenaires allemands.
La deuxième est le soutien actif aux droits des femmes dans le monde, notamment dans les enceintes internationales telles que le Conseil de l’Europe, l’Organisation des Nations unies ou l’Unesco, afin que la condition des femmes soit reconnue comme une priorité transversale.
Pour la troisième, elle consiste à intégrer la question des droits des femmes dans les projets de développement, humanitaires, culturels, en consacrant un volet spécifique à leur bien-être et à leur émancipation.
À Istanbul, par exemple, l’Agence française de Développement a mené un beau projet avec la Société des Transports de la ville pour favoriser l’emploi des femmes et lutter contre le harcèlement dans les transports en commun.
Quant à la quatrième, elle a pour but de soutenir concrètement les organisations féministes dans le monde entier, par la création d’un fonds de soutien qui intervient dans 75 pays. Nous avons foi dans la société civile féministe.
Pouvez-vous donner un exemple concret, dans votre fonction de consule générale à Istanbul, de la diplomatie féministe ?
Oui, car nous veillons à intégrer cet objectif à l’ensemble de nos actions. Par exemple, lorsqu’un ministre français vient à Istanbul et que nous organisons une réception pour lui permettre de rencontrer des interlocuteurs turcs, j’ai toujours le souci qu’il y ait autant de femmes que d’hommes parmi les invités.
De même, pour le Festival du film francophone, qui a débuté le 5 mars et se déroulera pendant plusieurs semaines dans 19 villes de Turquie, nous avons décidé de programmer une majorité de réalisatrices et de mettre en avant des histoires où les femmes sont actrices de leur propre destin.
Car la fiction, par l’identification qu’elle permet, possède un véritable pouvoir pour favoriser l’émancipation.
Pouvez-vous décrire une journée type de la Consule Générale de France ?
Mes journées ne se ressemblent pas mais elles sont toujours très intenses et se prolongent souvent en soirée, voire le week-end. Il y a plusieurs aspects dans mon travail, l’enjeu majeur étant de trouver le bon équilibre entre tous. Le premier est bien sûr la fonction consulaire à proprement parler : manager le consulat général de France et accompagner mes équipes qui sont au contact direct du public, qu’il s’agisse de l’administration des Français ou de la délivrance de visas.
Le deuxième objectif est, avec Madame l’Ambassadrice, de représenter la France à Istanbul et dans toute notre circonscription. Cela suppose de connaître les autorités turques, gouverneur, responsables municipaux ou dirigeants d’institutions, dans une région qui s’étend jusqu’à la Thrace, ainsi qu’aux provinces de Bursa, d’Izmir et de Muğla. Il est essentiel de se déplacer régulièrement afin de rencontrer les acteurs économiques et culturels. Le travail de représentation est aussi très important, dans les médias et sur les réseaux sociaux, afin de promouvoir l’image de la France et d’en donner la meilleure perception possible.
Enfin, il est indispensable de connaître bien la communauté française dans sa diversité ; c’est dans cet esprit que nous avons initié le projet de capsules vidéo, « À la rencontre des Français ». Selon moi, pour contribuer au rayonnement de notre pays, nos meilleurs ambassadeurs, ce sont les Français qui vivent dans la circonscription, avec leurs talents et leur engagement.
Vous rencontrez donc un très grand nombre de personnes ?
En effet, une dimension importante de ma fonction est donc de « sortir du bureau », comme me l’ont enseigné mes aînés.
C’est pour cela que lorsque je rencontre quelqu’un, je préfère aller le voir dans son environnement, sur son lieu de vie ou de travail, car Istanbul est une ville multiple, il existe presque « mille Istanbul ».
L’écosystème français est très riche et j’essaye de le fréquenter et de m’y investir autant que possible, notamment à travers le réseau des lycées francophones et l’université de Galatasaray, ce qui me permet de rencontrer les jeunes générations ; j’interviens d’ailleurs avec plaisir dans les universités quand on me le propose, car il est important de pouvoir expliquer aux étudiants ce qu’est la France.
De plus, la vie diplomatique est très active à Istanbul puisqu’après New York, c’est la ville qui accueille l’une des plus fortes concentrations de consulats généraux au monde, avec environ 80 représentations diplomatiques et de nombreux consulats honoraires.
La façon dont vous maîtrisez la langue turque suscite l’admiration
J’ai commencé à apprendre le turc lors de mon séjour Erasmus à l’université de Galatasaray, puis j’ai approfondi mes connaissances en suivant des cours. C’est en partie grâce au programme Erasmus, dont je suis une fervente partisane car il permet de tisser des liens durables, que nous sommes de plus en plus nombreux dans la diplomatie française à parler le turc.
Y-a-t-il un dernier message que vous aimeriez faire passer ?
Deux points me tiennent à cœur. Le premier concerne la communauté française ;
J’invite tous les résidents qui ne l’auraient pas fait à s’inscrire au Registre des Français établis hors de France, de façon, pour nous, à les identifier pour leur faire parvenir les communications du consulat général et pour les intégrer au dispositif de gestion de crise le cas échéant.
Le second message s’adresse aux étudiants turcs, que j’encourage vivement à envisager la France pour leurs études supérieures. On peut faire de très belles études en France, dans des universités à coûts financiers très réduits, même si l’on n’est pas encore francophone- de nombreuses filières sont en anglais- non seulement dans les sciences humaines mais aussi dans les cursus d’économie, d’ingénierie, de sciences, d’informatique ou encore, d’intelligence artificielle. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’étudier à Paris : de nombreuses villes françaises accueillent des universités offrant un enseignement de grande qualité et un cadre de vie étudiante particulièrement agréable.
Et si vous deviez définir rapidement ce que vous aimez à Istanbul et en Turquie ?
L’énergie, la créativité et l’hospitalité…
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