Mardi 28 septembre 2021
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10 ans de coopération franco-turque sur la gestion durable des forêts

Par Aliette Dumont Saint Priest | Publié le 01/06/2021 à 03:15 | Mis à jour le 01/06/2021 à 12:09
Gestion durable des forêts coopération franco-turque

A partir de ce 1er juin 2021, la façade de l’Institut français de Turquie d’Istanbul donnant sur la rue Istiklal sera recouverte d’une exposition de photos mettant à l’honneur la "10ème année de coopération franco-turque sur la gestion durable des forêts".

La gestion forestière en Turquie

La Turquie s’est illustrée dans la question de la gestion forestière à l’occasion de la tenue, à Istanbul, de la dixième session du Forum des Nations Unies sur les Forêts (FNUF) en 2013.

Le FNUF (en anglais United Nations Forum on Forests - UNFF) est un organe subsidiaire de l’ONU, créé pour faire suite au sommet de la Terre de Rio lors duquel avait échoué la tentative de faire signer par les États-membres de l'ONU une convention internationale juridiquement contraignante sur la protection des forêts. Dans ce climat pessimiste pour la protection de l’environnement, la Turquie a pourtant voulu faire preuve de bonne volonté en affirmant un rapprochement avec la France sur la gestion de ses espaces forestiers.

C’est la raison pour laquelle le Directeur Général de la Direction générale des forêts turque (OGM) de l’époque, Ibrahim Çiftçi et le Directeur Général de l’Office National des Forêts français (ONF), Pascal Viné, ont signé un accord de coopération technique en 2013. Cela fait sens au regard des nombreuses similarités franco-turques : France et Turquie sont considérées comme les deux grands pays forestiers de la Méditerranée et font ainsi face à des préoccupations semblables.

Cette coopération s’est poursuivie jusqu’en 2020, avec la rencontre entre l’ambassadeur français en Turquie, Hervé Magro, et le nouveau responsable de la Direction générale des forêts turque, Bekir Karacabey. Cette rencontre a été l’occasion de consacrer une nouvelle étape dans la coopération franco-turque puisqu’elle a permis de faire le bilan sur les actions entreprises, notamment après le prêt de 150 millions d’euros accordé par l’AFD (Agence française de Développement) au Trésor turc en 2019. Ce n’est pas le premier puisque l’AFD avait déjà accordé un prêt du même montant à la Turquie fin 2011. L’aide est donc financière mais également technique avec des rencontres fréquentes entre l’ONFI (Office National des Forêts français) et son homologue turc, l’OGM.

L’AFD attend en retour de son prêt des documents chiffrés sur les résultats des initiatives menées grâce à son enveloppe. "De tels objectifs, chiffrés et formalisés dans des documents officiels, ne vont pas de soi pour un des rares pays à ne pas avoir ratifié l’Accord de Paris sur le climat" précise l’AFD sur son site internet, au sujet de la Turquie. Cela invite à être optimiste pour la gestion forestière du pays dont le territoire est couvert à près de 30% de forêts, abritant une biodiversité particulièrement riche.

 

Gestion durable des forêts coopération franco-turque
Visite de la délégation turque dans une forêt française sur la question de la biodiversité forestière, depuis le site internet de l’ONFI, 23 mars 2021

 

Réalité environnementale de la Turquie

Il convient toutefois de nuancer les ambitions environnementales turques lorsque l’on a connaissance des grands projets gouvernementaux du parti au pouvoir, tel que le Kanal Istanbul - ce grand canal annoncé par le président Erdoğan en 2011 devant relier la mer Noire à la mer de Marmara - qui affiche privilégier la croissance économique aux préoccupations écologiques.

Brandir l’étendard d’une "Turquie plus verte" alors que le gouvernement est souvent critiqué par les défenseurs de l’environnement interpelle : on peut notamment retourner à cet événement du 11 novembre 2019, décrété jour de “reforestation nationale” par le président turc, à l’occasion duquel 11 millions de sapins avaient été plantés à travers le pays selon le quotidien Hürriyet. Cependant, quelques mois plus tard, en janvier 2020, ce sont près de 90% des arbres plantés qui seraient déjà morts à cause du manque d’eau, si l’on en croit le Syndicat de l’agriculture et des forêts turc. Le président de cette organisation, Sükrü Durmuş parle d’une "opération populiste" qui aurait ignoré l’avis des experts pour masquer la réalité de la disparition de milliers d’hectares boisés, notamment à cause des exploitations minières.

La Turquie est donc l’un des pays méditerranéens les plus boisés et les plus riches en écosystèmes, mais toutes les préoccupations actuelles auxquelles elle doit faire face - croissance économique au ralenti, urbanisation de sa population entraînant un étalement urbain, néolibéralisation des politiques de gestion des territoires - menacent cette richesse naturelle. Le pays a toutefois la chance d’être doté d’une forêt luxuriante aux portes de sa plus grande ville, Istanbul, à savoir la forêt de Belgrade. Celle-ci mérite vraiment le détour et est accessible en seulement une heure de transport en commun depuis Taksim ou Levent.

 

 

Pour en savoir plus sur le sujet de la gestion forestière en Turquie et la coopération franco-turque en la matière, n’hésitez pas à vous rendre rue Istiklal pour l’exposition de photos de l’Institut français, qui se tient jusqu’au 18 juin.

 

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