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VISITE PRÉSIDENTIELLE – A l'Université Galatasaray, François Hollande dit vouloir “rattraper le temps”

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Mardi, deuxième jour de sa visite en Turquie, François Hollande était à Istanbul, où il s'est notamment adressé à la communauté de l'Université Galatasaray. Une institution francophone, qualifiée par le président de “symbole de l'amitié franco-turque”. En fin de discours, le chef de l'Etat a remis à l'artiste Candan Erçetin les insignes de chevalier des Arts et des Lettres.

François Hollande l'a reconnu : l'Université Galatasaray est un “passage obligé” pour tout président français en visite en Turquie. Sa création remonte à 1992, année de la venue de François Mitterrand, dernière visite d'Etat en date d'un dirigeant français sur les rives du Bosphore. “Vingt-deux ans, cela peut paraître beaucoup, trop. Mais ce n'est rien à l'échelle de l'Histoire (…) Nous avons tant d'années de patrimoine commun que nous pouvons parfois suspendre le temps. Mais moi, je veux le rattraper”, a déclaré le président devant quelque 250 intellectuels, diplomates, membres du Lycée et de l'Université Galatasaray, ainsi qu'une cinquantaine d'élèves. “Ce lieu de savoir et de connaissance, de formation, produit les élites de la nation turque”, a-t-il poursuivi.

Le président français a consacré une large part de son discours à la jeunesse, l'un des principaux atouts de la Turquie, a-t-il dit. “Votre pays est le plus jeune du continent européen, il compte quatre millions d'étudiants et la moitié de la population a moins de 30 ans”, a rappelé François Hollande à son auditoire turc. Une jeunesse qu'il a décrite comme “ardente, exigeante, dynamique”. “Elle l'a montré au cours de ces derniers mois et c'est un signe de maturité démocratique,” a poursuivi le président. Une référence voilée, sans doute, aux événements de Gezi.

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La France veut ouvrir de nouveaux chapitres de négociations”

François Hollande a également évoqué l'Union européenne, que la Turquie souhaite rejoindre depuis plus d'un demi-siècle. Les négociations, qui ont commencé en 2005 et “peuvent conduire un jour, si les peuples en décident, à l'adhésion, peuvent être des instruments supplémentaires d'ouverture, de démocratisation, d'Etat de droit, de libertés, de développement, de modernisation”, a plaidé le président de la République. La France, a-t-il annoncé, “veut ouvrir de nouveaux chapitres de négociations”, notamment ceux qui concernent la séparation des pouvoirs et l'indépendance de la justice.

Le chef de l'Etat a cité la Tunisie, dont le Parlement vient d'adopter une nouvelle Constitution, comme la preuve que “islam et démocratie sont conciliables”. La Turquie, a-t-il ajouté, est un “carrefour où les empires, les cultures, les civilisations, les religions, l'Europe et l'Asie se sont retrouvés”. Une union désormais “physique” avec le tunnel Marmaray entre les deux rives du Bosphore, a souligné François Hollande : “Istanbul incarne l'un de ces lieux où la mondialisation, si elle est maîtrisée, si elle est régulée, s'enrichit des identités et des cultures (…) C'est en venant ici qu'on a moins peur de cette rencontre.”

L'Histoire doit être regardée en face”

Le président français a aussi jugé qu'il était “important de venir ici, en Turquie, après tant d'années où nous ne nous étions pas parlé aussi franchement et où des malentendus ont pu exister.” Des malentendus sur l'Histoire, notamment, alors que la France s'apprête à commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale. Ces commémorations vont “nous obliger, les uns et les autres, à revenir sur cette période, y compris les événements de 1915”.

Sur cette question arménienne, François Hollande a indiqué qu'il ne “dirait pas (en Turquie) des choses différentes de celles (qu'il) exprime à Paris. Je pense que tout doit être regardé en face, parce qu'un peuple qui fait cet effort se grandit à ses yeux et aux yeux des autres.” La veille, en conférence de presse avec son homologue turc, Abdullah Gül, le président français avait été interrogé sur une éventuelle nouvelle loi réprimant la négation de l’existence du génocide arménien, que la France a reconnu en 2001. “Nous allons faire le droit, et rien que le droit. Nous devons respecter toutes les obligations, y compris européennes, puisque nous avons également une décision-cadre de 2008 qui demande à chaque Etat de rendre punissable l'apologie ou la négation de crimes de génocide. Nous ferons en sorte de transposer cette directive dans le respect des conventions internationales et des décisions de notre Conseil constitutionnel”, avait-il répondu.

Candan Erçetin décorée des Arts et des Lettres

Son discours, dont les dernières minutes ont été perturbées par un malaise sans gravité de l'historien İlber Ortaylı, a été suivi de la remise des insignes de chevalier des Arts et des Lettres à l'artiste turque Candan Erçetin. François Hollande a salué à travers la chanteuse“les générations d'artistes, d'intellectuels turcs francophones qui depuis cinq siècles ont été les passeurs entre nos deux pays, entre nos deux peuples.” Le président a également salué le Lycée Galatasaray, où Candan Erçetin a étudié, à travers une de ces boutades dont il est coutumier.“Désormais, chaque fois que je rencontrerai un Turc, à quelque niveau de responsabilités, je lui demanderai : “Vous êtes de Galatasaray, vous ?” Et peut-être qu'il me chantera une chanson”, a déclaré François Hollande sous les rires de la salle.

Candan Erçetin s'est en effet produite, lundi soir, devant les présidents turc et français au cours d'un dîner d'Etat au Palais de Cankaya, à Ankara. “Je ne regrette rien” et “Tombe la neige” ont été particulièrement plébiscités par les convives turcs, a révélé François Hollande. Précisant – peut-être en clin d'oeil aux liens franco-turcs qu'il espère réchauffer avec cette visite – que l'artiste avait aussi interprété “La vie en rose”.

Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 28 janvier 2014

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Publié le 28 janvier 2014, mis à jour le 8 février 2018
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