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Écoles turques en France : Blanquer dit « non »

Par Jonathan Grimmer | Publié le 13/05/2019 à 00:16 | Mis à jour le 13/05/2019 à 14:56
blanquer écoles turques

Réagissant à des informations du magazine Le Point, le ministre de l'Education nationale a assuré qu'il refuserait toute implantation d'écoles turques en France. De son côté, Ankara assure que Jean-Michel Blanquer « n'a pas été correctement informé ».

L’information a été abondamment commentée par la presse française. Dans un article publié la semaine dernière, le magazine Le Point indique que Recep Tayyip Erdoğan souhaiterait ouvrir des « écoles turques sur le territoire français ». Une délégation devrait même se rendre en France les 20 et 21 mai prochains afin d’engager - « exiger » affirme l’hebdomadaire – des négociations en ce sens.

Une nouvelle qui fait grincer des dents en Hexagone, alors même que l’on ignore encore les contours de cet éventuel projet. Interrogé par Le Figaro, Laurent Bouvet, un universitaire connu pour sa défense vigoureuse de la laïcité à la française, met en garde contre la « volonté claire et délibérée du pouvoir turc de diffuser une version très particulière de l’islam, fortement politisée ».« Ce qui pose problème, c’est le prosélytisme religieux voulu et annoncé par le régime, pas le fait que des établissements turcs d’enseignement viennent s’installer sur le territoire national. »

« Trop de gestes inamicaux »

Dans un entretien donné à la chaîne de télévision LCI, un spécialiste de la Turquie, Jean Marcou, estime pour sa part que ce projet n’est pas sans liens avec les relations tendues qu’entretiennent actuellement la Turquie et l’Occident. « Cette volonté affichée d'implanter des lycées, c'est peut-être une façon de rappeler que les communautés turques sont bien présentes à l'international et, qu'à travers un enseignement qui leur soit spécialement réservé, il serait possible de les influencer. »

Face à la polémique naissante, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a assuré vendredi qu’il refuserait toute implantation d’écoles turques en France. « Je pense que nous avons aujourd’hui trop de gestes inamicaux qui nous viennent de la Turquie, nous avons trop d’inquiétudes sur ce que font déjà les autorités turques vis-à-vis des communautés turques en France, pour ne pas être très vigilants sur ce genre de projets », s’est justifié le ministre. Et d’insister : « Chacun sait que la Turquie est dans une logique particulière. Elle a tourné le dos à la laïcité qui a caractérisé son histoire pendant des décennies et elle est dans une logique de fondamentalisme islamiste et d’extension. On doit être totalement lucides par rapport à cet enjeu et donc je suis évidemment très vigilant sur cette initiative. »

Rapport de force

Des propos forts qui ont « surpris » et « attristés » les autorités turques.  « Il semble que le ministre français n’a pas été correctement informé de ce processus. Il nous est impossible d’accepter ces déclarations basées sur des allégations imaginaires et dénuées de tout fondement », a fait savoir le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué, sans toutefois préciser quelles étaient ces « allégations imaginaires et dénuées de tout fondement ». D’autant qu’au paragraphe suivant, il est écrit : « Nous souhaitons rappeler que des écoles françaises soutenues par l’ambassade de France sont présentes en Turquie. Les négociations concernant les écoles que la Turquie envisage d’ouvrir en France en conformité avec le système d’enseignement français, sont en réalité menées dans la perspective d’établir la réciprocité eu égard aux écoles françaises existantes en Turquie.»

Pour rappel, il existe cinq établissements scolaires français, dont deux lycées, en Turquie. Selon des informations du Point, ces derniers auraient récemment reçu des pressions relatives aux « fondements légaux de la scolarisation d'enfants turcs » au sein de leurs structures. Une façon, d’après le magazine, d’instaurer un rapport de force en vue des négociations qui s’annoncent avec la France.

jonathan grimmer lepetitjournal istanbul journaliste

Jonathan Grimmer

Diplômé de l'IPJ Paris-Dauphine, passionné de littérature et d'échecs, j'ai pris la responsabilité de l’édition d’Istanbul de lepetitjournal.com en avril 2019 après avoir travaillé deux ans en France pour divers titres de la presse écrite.
5 Commentaire (s)Réagir
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bax jeu 23/05/2019 - 22:15

il s'agit des lycées francais d ankara et d istanbul (Pierre loti en l’occurrence), qui accueillent une population d'origine 70% complétement turques, le reste étant des bi nationaux franco-turques et une faible portion de francais-francais. la question de la reciprocite est totalement valide. les enfants turques scolarises dans le système des écoles francaises SUR LE SOL TURQUE sont en effet au yeux de l'education nat TR hors la loi. environ 2500 eleves sur les 2 sites de 3 a 18 ans...

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YASAR lun 13/05/2019 - 12:52

Je pense que ce souhait d'ouvrir des lycés turcs en France est bien légitime puisque depuis des siécles il existent des colleges catholiques francais Istanbul tels que Saint Joseph, ,Saint Pulcherie, Notre Dame de Sion, ...

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tontonturc lun 13/05/2019 - 17:24

Il faut s'entendre sur les mots. Les établissements privés cités, et quelques autres, dont le lycée officiel Galatasaray, sont des établissements bilingues totalement sous le contrôle de l'Éducation Nationale Turque, y compris dans le recrutement des,élèves, et non pas des établissements français transposés en Turquie (il en existait un seul de ce genre, le lycée "Papillon" destiné principalement aux enfants d'expatriés français, dans les locaux de l'ancienne ambassade de France à Istanbul; je ne sais pas s'il existe encore). Ces établissements privés confessionnels sont régis par le traité d'Ankara signé entre la France et la Turquie après la fin de la première guerre mondiale et le rétablissement de la souveraineté turque sur son territoire. Tous les élèves sont de nationalité turque, en grande majorité musulmans, admis sur un concours organisé par l'Éducation Nationale Turque et les établissements doivent se financer uniquement par les scolarités payées par les familles (l'aide apportée par les services culturels français est minime) et ils doivent en plus s'acquitter d'un impôt conséquent envers l'état turc. L'exercice du culte y est totalement interdit mais il y a un enseignement de l'instruction civique et des valeurs religieuses de l'islam obligatoire. Si c'est ce genre d'établissement que la Turquie veut voir se développer en France, avec les mêmes obligations, pourquoi pas?

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Neşeli jeu 16/05/2019 - 08:13

Papillon existe encore. Il s’agit de Pierre Loti.

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lionel mar 14/05/2019 - 12:16

Il a deux lycée français en Turquie, de droit français, sur des terrains dépendants de l'Ambassade de France

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