Édition internationale

L'Inde redescend à la 6eme place dans l'économie mondiale

« Ignorer l’Inde aujourd’hui, c’est rater demain », « Le plus grand marché inexploité du monde », « Le consommateur du futur sera indien », « 1,4 milliard de raisons d’investir en Inde » : dernièrement, on entend beaucoup parler de l’Inde et de sa croissance économique mirobolante. On peut se demander quels sont les freins des entreprises qui n’ont pas encore commencé une stratégie d’implantation ou d’exportation en Inde tant les signaux semblent tous au vert.

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Écrit par A. Petit journal Delhi
Publié le 7 mai 2026, mis à jour le 13 mai 2026

Narendra Modi enchaîne les discours affirmant que l’Inde est en passe de devenir la 3ème puissance économique mondiale. L’Inde aurait en effet dépassé le Japon et pourrait dépasser l’Allemagne d’ici 3 ans selon les prévisions du gouvernement mais les chiffres actuels semblent dire une autre histoire... 

 

Les calculs du FMI  

Cependant, ces affirmations semblent avoir été hâtées. En réalité, l’Inde ne se trouverait qu’à la 6ème place en tant que puissance mondiale. Le bilan économique de fin d’année 2025 du gouvernement indien indique le PIB de l’Inde à 4 180 milliards de dollars (soit 3 555 milliards d’euros). La note économique conclut : « L’Inde fait partie des grandes économies affichant la croissance la plus rapide au monde et est bien placée pour maintenir cet élan ». D’ici 2030, le PIB estimé de l’Inde serait de 7 300 milliards de dollars dépassant ainsi l’Allemagne, grâce à une croissance du pays avoisinant les 7% en 2024-2025. Cela représente une des économies les plus dynamiques au monde.

 

croissance economique mondiale
Croissance réel du PIB . Source https://www.imf.org/external/datamapper/NGDP_RPCH@WEO/OEMDC/ADVEC/WEOWORLD/IND

 

Cependant, le Fonds Monétaire International (FMI) dément cette annonce prématurée car ça ne serait qu’en 2026 que l’Inde figurera en 4ème position. En effet, il est estimé que le PIB de l’Inde atteindra les 4 510 milliards de dollars contre 4 460 milliards pour le Japon. Pour l’instant, les lauréats du podium sont les États-Unis en première tête avec la Chine et l’Allemagne talonnant.

 

Différences de critères pris en compte pour le calcul du PIB :  

Ces calculs sont basés sur le PIB nominal et non sur le PIB par habitant. Dans ce contexte, l’Inde se trouve bien loin derrière le Japon avec un PIB/hab de 2,694 dollars en 2024 contre 32,487 dollars au Japon selon la Banque Mondiale, soit douze fois moins. Si l’on compare avec l’Allemagne, le PIB/hab en Inde est vingt fois moins élevé (56,103 dollars de PIB/hab en Allemagne en 2024).

Ces différences de positionnement en tant que 4ème ou 6ème puissance économique mondiale sont surtout liées aux critères pris en compte. Par exemple, si on prend le PIB nominal, l’Inde ne se trouverait en effet « qu’en position seulement » de 6ème place. Cependant, si on prend le PIB en parité de pouvoir d’achat qui reflète le coût de la vie, alors l’Inde détiendrait bien la place de 4ème puissance économique mondiale. Il est très difficile de comparer ce qu’on peut acheter avec 1$ ou un 1INR dépendant du pays où on se trouve. Donc, même si l’économie indienne paraît plus petite en PIB nominal, elle devient beaucoup plus grande en parité de pouvoir d’achat car le coût de la vie y est plus faible.

 

Les leviers de croissance de l'économie indienne : 

 

  • L’INDUSTRIE DES SERVICES NUMÉRIQUES :

L’économie indienne tire sa croissance de son industrie de services, qui représente 40 à 55% du PIB. Cette dynamique se matérialise notamment à Bangalore, devenu un véritable hub mondial des technologies de l’information et des services numériques.

  • L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE : 

Parmi les autres secteurs porteurs, l’industrie pharmaceutique occupe également une place stratégique. Concentrée notamment à Hyderabad, elle permet à l’Inde de produire environ 20 % des médicaments génériques au niveau mondial, majoritairement exportés vers les États-Unis.

  • L’INDUSTRIE MANUFACTURIERE : 

Toutefois, cette spécialisation dans les services contraste avec la place encore limitée de l’industrie manufacturière, qui ne représente qu’environ 15 % du PIB malgré la volonté d’atteindre les 25%. La politique Make in India, lancée en 2014 par Narendra Modi, vise à produire en Inde plutôt qu’à importer, afin de rendre l’Inde une puissance manufacturière mondiale.

Cette explication de la répartition des industries dans le poids du PIB est intéressante dans la mesure où la Chine et l’Inde peuvent parfois être comparées. Là, où la Chine s’est développée principalement grâce à une industrialisation rapide et orientée vers les exportations, l’Inde est largement tirée par le secteur des services. On ne peut pas comparer des économies uniquement avec des chiffres (croissance, PIB) mais il est crucial de comparer leurs structures économiques aussi.

  • LA DEMONETISATION : 

Enfin, cette croissance a été soutenue par plusieurs réformes économiques visant à moderniser et formaliser l’économie. La démonétisation de 2016, combinée à la mise en place du système de paiement numérique UPI, a contribué à améliorer la traçabilité des transactions. Par ailleurs, l’introduction de la GST en 2017 a favorisé l’intégration des entreprises dans le système fiscal en simplifiant la structure des taxes et en permettant l’accès à des crédits fiscaux.

 

Limites structurelles de l'économie indienne 

La démographie de l’Inde est un atout fragile. Bien que l’âge médian de la population soit de 28 ans, donnant ainsi une main d’œuvre massive au pays, le chômage des jeunes diplômés reste particulièrement élevé (autour des 20% pour les 25-29 ans et on peut noter que 67% des jeunes chômeurs sont des diplômés). Cela est dû à un décalage entre l’offre de formation et les besoins du marché du travail.

L’Inde face aux préoccupations liées à l’emploi des jeunes

  • STRUCTURE PRODUCTIVE :

Ce déséquilibre s’inscrit plus largement dans une structure économique encore marquée par des secteurs à faible productivité. En effet, près de 40% de la population active travaille dans le secteur agricole, qui ne représente qu’environ 18% du PIB. Malgré certaines spécialisations, notamment dans la production laitière et la pêche, ce secteur reste caractérisé par une productivité limitée.

 

  • STRUCTURE DU MARCHÉ DU TRAVAIL : 

À cela s’ajoute le poids important de l’économie informelle, qui témoigne d’un marché du travail encore partiellement structuré. En effet, celle-ci représenterait entre 20 à 30% du PIB indien et correspond à une part significative d’emplois non déclarés, échappant en partie aux mécanismes fiscaux et statistiques. 

  • ÉLÉMENTS MACROÉCONOMIQUES : 

Enfin, certaines fragilités macroéconomiques viennent compléter ce constat. La roupie indienne a ainsi connu une dépréciation d’environ 5 % fin 2025 face au dollar, s’inscrivant dans une tendance plus large liée notamment à la dépendance énergétique du pays (importations de pétrole) et à son déficit commercial.

L’Inde s’impose comme une économie en pleine transformation, dont les fragilités structurelles n’enlèvent rien au dynamisme ni aux perspectives de croissance à long terme.

 

 
 
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