L’Inde est devenue ces jours ci la nation la plus chaude sur le globe ! Depuis que le décompte a commencé, mi Avril, le classement et le suivi des villes les plus chaudes sur terre donne jusqu’à 98 villes indiennes parmi les 100 plus chaudes du monde (le classement évolue tous les jours).


De fortes températures sur une bonne partie du territoire
L’ensemble des États du Nord sont concernés, soit le Jammu-et-Cachemire, l'Himachal Pradesh, le Punjab, l'Haryana, le Chandigarh, Delhi, l'Uttar Pradesh, le Rajasthan, le centre et s’étend jusqu’au Kerala et Mahe ponctuellement, avec des conditions chaudes et humides sur les zones côtières ( comme en Andhra Pradesh, au Kerala, au Tamil Nadu, et en Odisha).
Les températures sont au-delà de 40°C en journée, ponctuellement 45°C, et peinent à redescendre la nuit. Orchha au Madhya Pradesh affichait déjà 41°C dès 9h40 le matin. Même Bangalore, en général épargnée du fait de son altitude et son positionnement, subit des températures de 37°C.
Les prévisions de l'IMD
L’IMD (India Meteorological Department) a alerté la population ce samedi, en publiant des recommandations et des avis détaillés concernant la vague de chaleur. Le Nord-Ouest pourrait connaître une accalmie mails la tendance restera chaude jusqu’à début Mai dans de multiples États. L’IMD alerte expressément sur les risques pour la santé publique, les ressources en eau, le système énergétique et les services essentiels. Cette canicule est particulièrement notable du fait de son étendue.

L’Inde est habituée aux pics de chaleur, mais la synchronisation de ces pics au travers de tout le pays rend l’épisode 2026 exceptionnel !
Des conséquences sur les infrastructures
Les réseaux électriques sont sous fortes contraintes depuis maintenant plusieurs semaines du fait de la forte hausse de consommation des climatiseurs. Le record de pic de consommation a même été battu cette année avec 256GW ce week-end, éclipsant celui de 2024 à 252GW.
Les infrastructures d’eau subissent les mêmes effets et des pénuries d’eau commencent à apparaître dans plusieurs régions, notamment dans les zones urbaines fortement peuplées et les régions rurales déjà vulnérables. La baisse du niveau des nappes phréatiques, l’assèchement de certains réservoirs et l’augmentation de la demande en eau aggravent la situation. Certaines villes imposent des restrictions, comme la limitation de l’usage domestique ou l’approvisionnement en eau par camions-citernes.
Malgré quelques difficultés localisées, pour le moment les infrastructures résistent globalement. Toutefois, les experts alertent sur la fragilité du système à moyen terme si les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et intenses, ce qui pourrait accentuer les tensions sur les ressources hydriques et les réseaux de distribution.
Un dôme de chaleur persistant
L’appellation de canicule s’entend pour les périodes pendant lesquelles des hautes températures se maintiennent exceptionnellement au-dessus des « normales » saisonnières pendant une longue période, au-delà de 40°C (ou 30° dans les zones d’altitude), avec une faible dispersion nocturne.
Cette année une zone étendue de haute pression au-dessus du pays, maintenant la chaleur et empêchant son évacuation accentue le phénomène. Ce « dôme de chaleur » a été renforcé du fait des vents secs du Nord-Ouest empêchant la formation de nuages. Ce ciel clair en journée amène un rayonnement continu sur des sols desséchés qui se réchauffent plus vite. Par ailleurs les averses précédant la mousson sont en retard cette année et cette zone de haute pression les bloque pour le moment. Les pluies qui pourraient rafraîchir l’atmosphère ne passent pas.
Les autorités multiplient les messages mettant en valeur les mesures de prévention. Plusieurs États et villes ont fermé leurs écoles, Delhi a mis en place des sonneries pour inciter les élèves à penser à boire (toutes les 45 à 60minutes). Tous les secteurs économiques sont touchés mais les populations les plus exposées sont celles qui travaillent en extérieurs (bâtiment, agriculture, ...) ainsi que les enfants et les personnes âgées.
Ces personnes sensibles, comme une majorité de la population (17% de la population en Inde ne bénéficie pas d’un système de rafraîchissement), n’ont pas toujours accès à la climatisation et l’usage intensif de ces appareils en ville renforce la formation d’îlots de chaleur.
Les hôpitaux sont en alertes face à cet évènement qui provoque déshydratation, épuisement et coups de chaleur. Plusieurs décès sont à déplorer et imputables directement à ce pic de chaleur.
Quelles prévisions à court et à long terme ?
L’épisode de chaleur devrait s’atténuer ponctuellement fin Avril dans le Nord-Ouest avec la formation de quelques orages mais rien ne dit que le dôme de chaleur s’effacera à court terme. Début Mai est attendu avec de nouvelles températures à la hausse. Il n’y a aucune certitude que les températures baissent avant la mousson.
Au-delà du caractère exceptionnel de l’année 2026, il est notable que ces épisodes deviennent de plus en plus fréquents et sont de plus en plus précoces.
Le nombre de jours de canicules a doublé entre les années 2023 et 2024, et certaines régions connaissent des températures estivales approchant les 40°C dès février. La hausse des températures mondiales combinées aux effets locaux de l’urbanisation, du recul de la végétation (urbanisation, sécheresse …), et les îlots de chaleurs urbains renforcent le phénomène.
En 2026, le phénomène El-Ninõ, annoncé comme particulièrement puissant, risque d’amplifier et de maintenir cette situation. Pour l’Inde, un El Ninõ fort amène en général des pluies plus faibles pendant la mousson, une répartition des pluies inégales et de plus grandes périodes sèches et chaudes (stress thermique et hydrique), d’autant plus que l’hiver 2025-26 a été déficitaire en neige (27.8% plus bas que la moyenne selon International Centre for Integrated Mountain Development). L’impact économique pourrait être fort et durer dans le temps si le secteur agricole est sévèrement touché cette année.
La multiplication et l’amplitude exceptionnelle de ces canicules à répétition sont un défi immense pour le système de santé public, les infrastructures (eau, énergie) et l’adaptation des populations indiennes. L’ensemble des sujets sont malheureusement liés et la défaillance de l’un ou plusieurs de ces éléments aurait de graves conséquences.
Le besoin d’une projection long terme pour se préparer à cette nouvelle normalité est de plus en plus prenant.
En attendant la mousson, L’Inde continue de remporter palme non enviée de pays le plus chaud du monde.
















