Trucs et astuces à connaître pour le home schooling à Hong Kong

Par Didier Pujol | Publié le 26/01/2022 à 16:54 | Mis à jour le 27/01/2022 à 12:06
Photo : @unsplash/Jessica Lewis
Des enfants en train de faire leurs devoirs

Des mamans obligées de faire du home schooling à Hong Kong ont accepté de se livrer. Elles expliquent comment faire pour mêler vie personnelle et éducation des enfants dans cette période particulière.

 

« Nos enfants sont dans le système canadien et le système français »

Quelques mots pour vous présenter 

Patricia : Nous sommes un couple franco-chinois installé à Hong Kong depuis 2018 après de nombreuses années à Pékin. Mon mari est commercial dans l’informatique et je suis chef de projet informatique. Nous avons deux garçons et une fille, âgés de 13, 10 et 4 ans. Ils sont tous scolarisés, dans le système canadien pour les deux grands (DSC), et par demi-journées en système local (Deborah) et système français (Lou Pichoun) pour la petite.

Angèle : Je suis française et mon mari John est britannique. Je m’occupe de ressources humaines et mon mari est cadre informatique. Nos enfants, Charles et Jacques ont 5 et 2 ans, scolarisés en maternelle privée (Club des Cinq) et au LFI.

Bérangère : Nous sommes français. Mon mari travaille pour un fonds d’investissement à Hong Kong. J’ai des activités professionnelles à temps partiel et un agenda flexible. Nous avons un garçon de 5 ans scolarisé en grande section au LFI.

« Les matinées sont studieuses avec une pause sucrée »

Comment se passe une journée typique de home schooling ?

Patricia : Nous avons déjà vécu de longues périodes de home schooling à Hong Kong. Un de nos enfants en avait tellement souffert que nous avons dû consulter. L’autre y a gagné sa première paire de lunettes. Nous les avons tous deux changés d’école. Nous avons aussi tiré plusieurs leçons de ces expériences. La première est de saisir l’occasion de la garde d’urgence. La petite y a accès dans ses deux écoles. Pour elle, ses horaires sont les mêmes et sa routine est identique à une scolarisation normale. 

Pour les deux grands, nous avons la chance d’avoir accès au bureau de mon mari qui n’est qu’à 30 minutes de chez nous. Il y emmène alternativement l’un ou l’autre de nos fils. Le second reste avec moi, puisque mon employeur a imposé le télétravail. La journée commence ainsi par un trajet vers le bureau ou vers l’école. Ceux qui restent à la maison commencent par une marche en bord de mer. 

La matinée est studieuse. On fait un break sucré vers 10 h et on cogne le punching-ball que le père Noël a eu l’excellente idée de nous offrir. Le déjeuner est toujours compliqué, car nos horaires ne sont jamais exactement coordonnés. Notre helper récupère la petite et en fonction de mes réunions j’arrive toujours à déjeuner avec un des enfants. Je marche une deuxième fois avec mon fils à la maison, et la petite part vers sa garde d’après-midi. L’école finit entre 15 h et 16 h, goûter, puis marche, roller, badminton, vélo, tout le monde dehors. Quant à moi, j’en ai encore pour au moins deux heures de boulot.

Angèle : Le matin nous commençons par regarder les activités à faire en ligne. Nous essayons d’être présents pour la première visioconférence. Ensuite la nounou prend le relais.

Bérangère : Vers 7 h 45, on enfile l’uniforme de William (requête de l’école à juste titre) pour son premier zoom à 8 h avec sa maîtresse principale. Il doit avoir terminé de petit déjeuner, avoir brossé ses dents, et doit être convenablement installé dans son propre coin de travail avec ses fournitures (recommandation de l’école). Il arrive qu’il soit tout ébouriffé devant l’écran lorsqu’on oublie le brossage des cheveux ! Deux autres zooms d’environ 15/20 minutes se succèdent dans la matinée ou en début d’après-midi, en alternance avec des exercices à suivre sur une plateforme d’éducation en ligne (Seesaw) et à l’aide des fiches et kits de travail préalablement préparés par les professeurs (pâte à modeler, ciseau, colle, modèles plastifiés, formes prédécoupées, etc.). Nous y passons la matinée avec des pauses courtes pour William lorsqu’il commence à perdre en attention. Il revient facilement vers son coin de travail, poussé par la curiosité de découvrir les prochains exercices, qui, du reste, sont généralement intéressants et ludiques. 

 

maman et enfant en home schooling
Angèle et Charles lors du travail à la maison Photo@Angele

 

« Notre cadet gère mieux la situation cette année »

Les enfants le prennent-ils bien ? 

Patricia : Notre cadet, qui était très dépressif l’an dernier, gère beaucoup mieux cette année. Il écrit, écoute de la musique, sort plus volontiers, au lieu de se noyer dans les écrans. On utilise aussi mieux les logiciels de contrôle parental et l’école DSC a une charte très claire et très appliquée d’utilisation des écrans. L’aîné avait très bien vécu l’école à la maison (hormis l’apparition de la myopie), cette période se présente encore bien pour lui. 

La petite est très heureuse d’avoir accès à sa maîtresse et à un nombre restreint de copains le matin. Elle apprend le chinois et la maîtresse lui enseigne à mieux maîtriser son geste. La plupart de ses copines continuent l’école à la maison et non pas la garde d’urgence, elle ne les retrouve donc pas, mais côté apprentissage c’est plutôt positif. L’après-midi, la garde d’urgence à Lou Pichoun est une vraie socialisation et une période de détente en français. Pourvu que ça dure !

Angèle : Je ne suis pas sûre qu’ils comprennent à cet âge, ils ont du mal à se concentrer. 

Bérangère : William passe un très bon moment en home schooling mais je dois dire que c’est un enfant facile. Il apprécie aussi d’utiliser l’ordinateur pour créer des formes, dessiner, relier, trier etc. La plateforme de l’école offre la possibilité d’envoyer des photos/vidéos/enregistrements voix aux professeurs, ce qui maintient sa motivation. Nous avons surtout de la chance que je sois disponible à la maison, pour lui rappeler les heures de Zoom (qui varient chaque jour), l’aider à utiliser l’ordinateur et l’accompagne pour certains exercices. Bien que l’objectif soit de le rendre autonome le plus possible, William serait parfois perdu sans ma présence à ce stade. Il pourrait perdre sa motivation, sa patience, peut-être aussi l’envie de faire les exercices s’il éprouve des difficultés notamment techniques. Pourtant, les professeurs sont précis dans leurs explications visant à rendre les enfants le plus autonomes possible, mais à cet âge là et selon le caractère de l’enfant, la présence d’un adulte change forcément la donne, et la helper n’est pas toujours en mesure d’aider l’enfant, encore moins en français.

Quant à la dimension sociale et au cadre qu’offre habituellement l’école en présentiel, il semblerait que les enfants soient aptes à comprendre très clairement une situation imposée et à simplement l’accepter. William et ses amis proches ne semblent pas tant affectés, à condition bien sûr qu’ils puissent bénéficier de nombreuses heures de dépense en plein air chaque semaine et à sociabiliser. 

« Nous avons mieux organisé l’espace »

Comment vivez-vous cette expérience ? Y a-t-il des aspects positifs au final ?

Patricia : Je n’aime pas le télétravail et mon métier se nourrit de contacts avec un grand nombre de personnes. C’est un vrai challenge dans une phase très tendue pour mon projet. Les enfants respectent beaucoup mieux mes temps de travail que l’an dernier, et mon mari me soulage en prenant un des garçons à tour de rôle. J’arrive tout de même à me concentrer.

Nous avons mieux organisé l’espace (un enfant dans sa chambre, moi dans le salon, la petite beaucoup dehors). Côté timing, le déjeuner est toujours très compliqué. Nous réchauffons les plats et ça sent la cuisine entre 11 h et 13 h. 

Entre la marche et le punching-ball, on arrive à se défouler régulièrement, et à reposer nos yeux.

Mais les weekends sont trop courts pour voir tous les amis (d’école, de bureau) qui nous manquent, et j’ai du mal à me convaincre que les résultats sont les mêmes, tant en termes d’apprentissage que de travail. Je suis un irréductible animal social.

Angèle : Très mal personnellement. C’est très difficile de travailler et de se concentrer pour assurer la concentration de son enfant. Les écoles sont faites pour accueillir les enfants et les accompagner dans leur apprentissage. Rien ne remplace les enseignants, les copains, la récréation…

Bérangère : Personnellement, j’adore ces matinées d’accompagnement avec mon fils et je savoure la chance que j’ai.

Par la même occasion, je ré-écoute ou redécouvre les histoires liées au Nouvel An chinois ! Je ne suis pas la seule à apprécier ces histoires ; certains parents se connectent aussi depuis le bureau parfois.

On sent bien que la situation est difficile pour la santé mentale des parents qui travaillent, ou ceux qui ont plusieurs enfants à gérer en home schooling, d’autant plus que nous n’avons aucune notion de date butoir qui nous permettrait de patienter, d’espérer… Plusieurs de mes amis font faire les exercices aux enfants le soir après leurs journées de travail. C’est tout le problème des périodes trop longues de home schooling. Ça pompe l’énergie et la patience de toute la famille… Pour les avantages, les enfants apprennent à manier l’outil informatique et à acquérir une certaine autonomie. Ils se lèvent également plus tard qu’en temps normal.

« Nos helpers organisent des playsdates »

Quels sont vos trucs et astuces pour que cela se passe bien ? Comment faites-vous pour garder du temps et de l’espace pour chacun ?

Patricia : Nous avons séparé les espaces. Nous utilisons le bureau de mon mari (vide) comme une extension de notre appartement. Nous faisons jouer la solidarité au sein de l’immeuble pour la petite : les helpers organisent des playdates dans les appartements des uns et des autres, puisque tous les espaces de jeux sont fermés. 

Nous essayons que le déjeuner reste un temps ensemble, mais c’est compliqué. 

Angèle : Essayer de rester calme et patient. Organiser nos agendas pros en synchro avec l’agenda de l’école. Comment faites-vous pour garder du temps et de l’espace pour chacun ? On n’a plus vraiment ni de temps ni d’espace. On jongle beaucoup, c’est épuisant.

Bérangère : Nous avons réaménagé l’appartement afin que chacun ait un coin « bureau » avec les moyens du bord. Il est important aussi pour William qu’il retrouve son coin quotidien avec ses affaires d’école, toujours pour des questions de rythme et d’autonomie. Lorsque mon mari travaille depuis la maison, nous instaurons des règles bien claires dès le matin pour limiter le bruit et les allées et venues, en décalant aussi les périodes de ménage et les lessives.

Quant à aménager du temps, notre vie en l’occurrence demeure inchangée, à quelques bouteilles de vin près au rythme des annonces du gouvernement…

« Les projets en petits groupes sont plus motivants »

Pensez-vous que l’école soit bien préparée au home schooling à Hong Kong ? Quelles différences avec la France ?

Patricia : Nous n’avons jamais fait de home schooling en France, mais nos garçons en ont fait au LFI ces dernières années à Hong Kong. L’expérience à DSC est assez différente, avec beaucoup plus de projets de groupes (en distanciel aussi). C’est plus motivant et engageant. 

Notre aîné fait aussi de l’espagnol au CNED depuis la rentrée, puisque cette langue n’est pas enseignée à DSC. C’est une très bonne expérience. Ça nous montre ce qu’il est possible de faire en distanciel, notamment beaucoup de travail sur le contenu (choix des thèmes), les moyens mobilisés (vidéos, bande-son), les modes d’évaluation (quizz, enregistrement…). Et tout ça sans classe du tout !

Notre petite, en école locale, a eu un très bon enseignement théorique l’an dernier, online. Cette année, on a opté pour la garde d’urgence avant tout pour des questions de manque d’espace. L’enseignement des caractères chinois en petit groupe, dont elle bénéficie au final, dépasse nos attentes.

Angèle : Ce n’est pas possible de comparer.

Bérangère : Cette année au LFI oui, bien plus, en grande section en tout cas. Nos professeurs maîtrisent bien les outils informatiques à disposition, un vrai régal par rapport à d’autres périodes. À noter que les exercices et plannings diffèrent d’un établissement à l’autre pour le même niveau. Je me demande si une certaine synergie pourrait être bénéfique. Je ne sais pas ce qui diffère par rapport à la France, mais il semblerait que les fermetures d’écoles se fassent sur une période plus courte en Europe…

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Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
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