Bilan de la visite de Charles Michel à Pékin, sur fond d'allègement du zéro-Covid

Par Ayman Ragab | Publié le 04/12/2022 à 14:09 | Mis à jour le 05/12/2022 à 10:43
Photo : Source : Ministère des affaires étrangères chinois
Xi Jinping et Charles Michel

Dans une tentative d'affirmer une position européenne, le président du Conseil Européen Charles Michel s’est rendu à Pékin le 1er décembre pour discuter avec le président chinois Xi Jinping de plusieurs sujets, notamment les relations commerciales, l'Ukraine, les Droits de l’Homme et Taiwan. Quel est le bilan de cette visite?

Un contexte tendu entre l'Europe et la Chine ces dernières années

Bien que l’Europe et la Chine soient d’importants partenaires commerciaux, les relations entre les deux blocs ont pâti de nombreux événements s'étant déroulés ces dernières années.

Une grave crise diplomatique avait endommagé les relations entre la Chine et la Lituanie, et par extension l’Union Européenne qui avait soutenu l’Etat membre. Celle-ci portait à l’ouverture d’une ambassade de facto et non officielle de Taïwan à Vilnius, sous le nom de Bureau de Représentation de Taïwan. Pékin souhaitant la fermeture du bureau a alors tenté de sanctionner économiquement et diplomatiquement le pays balte.

La question des Ouïghours au Xinjiang a aussi crispé les relations sino-européennes. Le Parlement Européen a en effet condamné à de multiples reprises la situation de cette minorité ethnique. Le 9 juin 2022, une résolution non contraignante y a été adoptée, qualifiant le traitement des Ouïghours de « crimes contre l’humanité » et de « risque de génocide ». Une série de sanctions et contre sanctions sur des personnalités politiques européennes et chinoises ont aussi été décrétées.

L’Union Européenne et la Chine sont aussi toujours en attente de la ratification par le Parlement européen d’un accord sur les investissements. En mars 2021, la Commission européenne a stoppé ses efforts pour pousser à la ratification de l’accord suivant les contre-sanctions décrétées par l’Union Européenne à la suite des sanctions chinoises au sujet du Xinjiang.

 

port chinois

La question ukrainienne, Taïwan, les échanges marchands...

Ce jeudi, Charles Michel a eu un échange de trois heures avec le président chinois Xi Jining. Une rencontre avec le Premier ministre Li Keqiang et une autre avec le Président du Congrès national Li Zuanshu ont également eu lieu.

Alors que l'hiver arrive et que les questions d'approvisionnement en énergie sont au coeur des préoccupations en Europe, la question ukrainienne a été évidemment été abordée. Dans ce cadre, le Président du Conseil Européen a demandé à la Chine « d'user de son influence sur la Russie » pour mettre fin à la guerre. La Chine, qui refuse de condamner l'intervention russe, a affirmé une fois de plus son souhait de voir une fin proche du conflit; mais sans donner d'autres engagements à Charles Michel.

Concernant le commerce, le Président du Conseil a appelé à une plus grande ouverture du marché chinois aux investisseurs européens et à un rééquilibrage des relations commerciales. Il a aussi appelé au maintien du statu-quo dans le détroit de Taïwan et affirmé le maintien de la politique d'une seule Chine. La Chine est le premier partenaire en volume en termes d'échanges de marchandises de l'Europe, tandis que celle-ci est le deuxième partenaire commercial de la Chine, après les États-Unis.

Les discussions ont aussi porté sur la question des Droits de l'homme et des valeurs européennes, et notamment sur la question de Hong Kong et des Ouïghours au Xinjiang.

La Chine quant à elle a proposé quatre points afin d'améliorer sa coopération avec l'Europe : « le rejet d'une nouvelle guerre froide », le respect de l'intégrité territoriale, le développement des relations commerciales et la coopération sur la scène internationale.

« Un dialogue ouvert sur tous les aspects de notre relation est la seule voie à suivre », a déclaré Charles Michel dans son compte rendu.

Pour l’ancien Premier ministre belge, la rencontre permet de recalibrer les relations entre l’Europe et la Chine. Il s’agit aussi de tenter d’affirmer et de montrer une position commune des différents partenaires européens. Le chancelier Olaf Scholz s’étant déjà rendu à Pékin en novembre dernier pour défendre les intérêts allemands en particulier, tandis que le président Emmanuel Macron a rencontré Xi lors du sommet du G20 à Bali en Indonésie.

Il s'agit de sa deuxième visite en Chine, la première étant en tant que Premier ministre de Belgique.

 

fin zero covid en chine
Source Weibo

La politique du zéro Covid en passe d'être allégée

En marge des sujets économiques, le contexte particulier de la visite du Président du Conseil Européen, quelques jours après des manifestations de Shanghai, Urumqi, Pékin ou encore Shenzhen très médiatisées en Occident a conduit le Président Xi Jinping à s'exprimer sur le thème de la politique du zéro-Covid. Selon ce dernier, les manifestations sont le fait de jeunes étudiants excédés après 3 ans de mesures de contrôles strictes. Il a semble-t-il relativisé la gravité du nouveau virus Omicron, « moins létal que la version Delta » et signalé que l’enjeu était la vaccination des personnes âgées. Cette attitude contraste évidemment avec la politique menée jusqu'alors, obligeant l'ensemble des citoyens chinois soit 1,4 milliard de personnes à effectuer des tests PCR tous les 3 jours, avec pour conséquence en cas de contamination l'envoi en centre spécialisé de quarantaine et dans de nombreux cas, la mise sous séquestre de son logement voire de l'ensemble de l'unité d'habitations. Or depuis une semaine, on indique reprendre la vaccination pour les plus âgées, les tests obligatoires ont été supprimés dans de nombreuses villes, les confinements levés et les habitants appelés à s'isoler d'eux-mêmes en cas de test positif. Il semble donc bel et bien que le mécontentement exprimé par les manifestants signe la fin de la politique zéro-Covid pure et dure. Les réseaux sociaux relayaient d'ailleurs en boucle une photo montrant un homme en blouse blanche et l'inscription dans le dos « fin », à la manière de la fin d'un film ou encore ce commentaire d'un internaute en manière de jeu de mots "我有点感动又有点不敢动” (« je suis un peu émuet en même temps je n'ose pas bouger», le mot « émotion» et le verbe « oser bouger» se disant tous les deux « gan dong » en mandarin), traduisant à la fois le soulagement et la perplexité de la population.

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Ayman Ragab

Arrivé à Hong Kong en août 2021, Ayman est étudiant en Master à l'Université de Hong Kong. En parallèle à ses études, il propose ses talents de rédacteur à Lepetitjournal.com.
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Didier Pujol

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