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Lin Hwai-min, le magicien de la Porte des Nuages

Par Gérard Henry | Publié le 20/02/2019 à 17:00 | Mis à jour le 21/02/2019 à 10:10
Photo : Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan - Retrospectives of Lin Hwai-min’s Works - Moon Water © LIU Chen-hsiang
Lin Hwai-min Moon Water Hong Kong Art Festival

Le Hong Kong Art Festival présente une rétrospective du plus grand chorégraphe d’Asie, le taiwanais Lin Hwai-min, fondateur et directeur artistique du Cloud Gate Dance Theatre de Taiwan, une troupe devenue mythique dans le monde de la danse. 

Célébré dans le monde entier comme un innovateur en danse, il a profondément changé le visage de la danse contemporaine asiatique en l’imprégnant de sa propre culture chinoise. En 2000, Lin a été sacré "Chorégraphe du 20ème siècle" par Dance Europe, a figuré parmi les "personnalités de l’année" de Ballet International et a été nommé "Meilleur chorégraphelors de la Biennale de la danse de Lyon.

C’est le moment ou jamais de voir son travail car âgé de 70 ans, il a annoncé qu’il se retirerait de son poste de directeur artistique à la fin de 2019, après plus de quatre décennies de création qui ont vu naitre environ 90 œuvres.

Ecrivain à succès au début de sa vie, passionné de danse, titulaire d’une maitrise en Beaux-Arts et sans formation initiale de danseur, il décide à 23 ans d’étudier la danse à New York auprès de Martha Graham et de continuer ensuite à Taiwan. "Je savais que j'étais trop vieux mais lorsque je suis retourné à Taiwan, se souvient Lin, j’ai rêvé de devenir chorégraphe. Il n'y avait à l’époque pas de compagnie de danse ; alors nous en avons créé une". C'était à Taipei en 1973. Lin a 26 ans et il fonde le Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan, le début d’une aventure extraordinaire de création qui a mené sa compagnie et ses danseurs sur les quatre continents de la planète.

 

Lin Hwai-min Barry LAM
LIN Hwai-min, Artistic Director of Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan © 林百里 Barry LAM

 

Un langage chorégraphique innovant et très personnel

L’originalité du travail chorégraphique de Lin est de marier avec talent et grand naturel la danse contemporaine occidentale, le ballet classique, la danse traditionnelle chinoise et les arts martiaux chinois tels que le tai chi et le qi gong, associés à la grande fluidité des corps de ses danseurs qui se fondent dans une esthétique chinoise où images, caractères chinois et calligraphie jouant avec chants, poèmes et musique créent de larges fresques très poétiques.

Ses pièces ont également dans leurs thèmes un caractère universel qui touche des publics de cultures différentes : "Je suis très heureux de montrer les mêmes pièces à Paris ou New York et en plein air, dans les villages taïwanais, devant un public familial de toutes les générations. C’est notre contribution à la vie sociétale qui me rend le plus heureux. Mais pour y arriver, il faut présenter un travail de grande excellence."

Rice évoquait l’atmosphère de Taiwan, son peuple, ses rizières, un monde où il chantait la nature, mais aussi son enfance, il emmena sa troupe sur le terrain : "Nous étions en contact avec le vent et le soleil, la bruine et la boue et le sol. Vous pouvez créer des œuvres en studio mais les éléments de la nature vous stimulent physiquement. Vous pressez le terrain et en retirez l’énergie de la gravité, vous ressentez la sensation de puissance en piétinant le sol de vos pieds, c’est une magnifique expérience et cela vous donne une nouvelle perspective : ce n’est pas seulement danser, danser, danser en studio."

Rice danse Lin Hwai-min
Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan - Dancers: HUANG Pei-hua, TSAI Ming-yuan ©LIU Chen-hsiang

 

Sa dernière pièce, par exemple, intitulée Formosa, ancien nom donné par les conquistadors espagnols à l’ile de Taiwan, est une fresque qui retrace l’histoire, la vie et la beauté naturelle de l’ile sous tous ses aspects. Le critique JM Gourreau qui l’a vue à Paris la décrit ainsi : "Toute la beauté de ses paysages, sa nature, son histoire, les us et coutumes de ses habitants se retrouvent au fil des images de cette magnifique fresque qui défile devant nos yeux, agrémentée de musique, de chants, de poèmes et de calligraphies d’une saisissante beauté. Formosa s’appuie en effet fortement sur la poésie des mots et des lignes qui apparaissent furtivement sur le plancher et les murs du plateau." 

Dans une interview au Théâtre de la Villette il décrit ainsi sa chorégraphie: "Je suis un chorégraphe très intuitif. Je ne fixe rien avant de commencer la recherche sur le plateau avec les interprètes. Je cherche des fragrances et j’embarque les danseurs pour un voyage, une aventure, quelque chose de nouveau. Nous utilisons des mouvements circulaires qui viennent des arts martiaux, du Qi Gong et de la calligraphie. C’est une pièce poétique, comme une nouvelle. Elle nous parle du temps et de l’Histoire, des communautés, de tremblements de terre et de glissements de terrain. Les caractères finissent par s’entrechoquer et devenir destructeurs. Les mots peuvent tuer, réellement!"

 

Retrospective of Lin Hwai-min works - Hong Kong Arts Festival 

21-24 février 2019

Grand Theatre, Hong Kong Cultural Centre

 

 

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Gérard Henry

Gérard Henry

Ecrivain, journaliste et critique d’art, Gérard Henry est l’auteur de nombreux catalogues d’artistes, des Chroniques hongkongaises (Editions ZOE/2008) et de Hong Kong dans la tourmente, (essai, Editions Hermann/ 2010)
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