Mardi 4 août 2020
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Les livres et la loi

Par Lepetitjournal Hong Kong | Publié le 13/07/2020 à 14:55 | Mis à jour le 13/07/2020 à 15:24
Photo : Quel impact de la loi de sécurité nationale sur le monde des livres? (Crédit: Wikimédia)
Livres et loi de sécurité nationale Hong Kong

Alors que la Hong Kong Book Fair est en cours d'annulation, et avec la mise en application de la loi de sécurité nationale, les bibliothèques ont dû retirer certains livres des rayons. Les éditeurs des livres de demain vont-ils devoir faire preuve de retenue dans leurs choix?

"La disparition" dans les bibliothèques

Si vous pensez au livre éponyme de Georges Perec, bravo vous avez une belle culture littéraire. Mais la disparition dont tout le monde parle ces jours-ci est celle de certains livres dans les bibliothèques de la ville. Au moins 9 titres ont été retirés des rayons des bibliothèques publiques par leur tutelle, le Leisure and Cultural Services Department. Ils apparaissent indisponibles sur les plateformes d’emprunt.

Le LCSD explique devoir "vérifier si certains livres violent les stipulations de la loi de sécurité nationale" et précise que "pendant la revue par les conseillers juridiques, les livres ne seront pas disponibles pour emprunt et ne seront plus référencés dans les bibliothèques."

Au moins un livre de Joshua Wong, deux livres de la juriste Tanya Chan et des ouvrages de Horace Chin, soit au moins 9 livres au total, sont concernés.

Joshua Wong tweetait samedi: [the new law] "imposes a mainland-style censorship regime" et indiquait qu’Hong Kong se trouvait "one step away from ... actual book banning".

La mesure était très ciblée, puisque les livres du dissident et Prix Nobel Chinois Liu Xiaobo restaient disponibles.

 

Livres et loi de sécurité nationale Hong Kong
Ronny Tong (Crédit: Wikipédia)

 

Débat le 6 juillet sur RTHK

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le Conseiller pro-Pékin Ronny Tong et la démocrate Tanya Chan aiguisaient leurs arguments lundi sur une émission de la radio RTHK.

Pour Ronny Tong, le gouvernement faisait simplement preuve de "prudence" en suspendant le prêt de livres polémiques le temps de vérifier s’ils respectaient la nouvelle loi. "Il est ainsi de la responsabilité de chacun de protéger la sécurité nationale, et tout à fait compréhensible que les bibliothèques évitent de mettre à disposition des livres présentant des remarques subversives et appelant à l’indépendance". Tong concluait: "Ceci n’affecte en rien la liberté de publication et la possibilité pour les librairies de vendre les livres qu’ils souhaitent, ni celle de se prêter des livres entre amis."

En face, Tanya Chan n’en démordait pas: "Pourquoi enlever des rayons un livre publié six ans plus tôt, qui n’appelait pas à la violence ni ne demandait l’indépendance de Hong Kong?" Chan y trouvait là la preuve que la loi allait causer terreur blanche et auto-censure.

 

Livres et loi de sécurité nationale Hong Kong
A droite: Tanya Chan (Crédit: Wikimédia)

 

Cap sur les écoles

Retirés des bibliothèques du LCSD, certains ouvrages semblaient toujours disponibles lundi dans les bibliothèques universitaires. Autre tutelle, autre timing. La brèche est maintenant comblée: l’EDB a ordonné de retirer les livres qui "pourraient" violer la loi. Les directeurs d’établissement demandaient de clarifier les nouvelles règles du jeu.

Si les universités semblent le plus susceptibles de proposer à leurs lecteurs ce type d’ouvrages, les lycées sont déjà sur la sellette. Teddy Tang, chairman de l’association des directeurs d’établissements du secondaire, craint que "les bibliothécaires ne soient pas à même de prendre les bonnes décisions" et demande une explication de texte.

Quand on connaît la jeunesse de beaucoup des manifestants, on comprend que la lecture des étudiants et écoliers soit un sujet sensible.

La liberté académique est-elle en danger? Les pro-Pékin considèrent que l’éducation devra inclure des valeurs de protection de la sécurité nationale. Les ouvrages incriminés continueront de pouvoir être étudiés: "comme contre-exemples".

Bruce Lui, de la Baptist University, interroge avec une fausse naïveté: "Books written by political leaders such as Nelson Mandela and Mahatma Gandhi [involving organising civil disobedience acts] may also be banned".

 

Livres et loi de sécurité nationale Hong Kong
(Crédit: Lasanta.com.ec, Flickr)

 

Edition et distribution

Au-delà des bibliothèques qui permettent la circulation de livres déjà publiés, l’auto-censure va-t-elle restreindre les nouvelles publications?

L’éditeur Jimmy Pang affirmait lundi que la loi faisait peser une pression sur le monde de l’édition. Aussi porte-parole du 2020 Book Fair Concern Group, il évoque une vraie inquiétude du secteur de l’édition. Sans clarification des autorités, les éditeurs pourraient être tentés d’éviter les livres "à problèmes", comprendre: potentiellement en infraction de la loi.

On en oublierait presque l’article 27 de la Basic Law: "Hong Kong residents shall have freedom of speech, of the press and of publication; freedom of association, of assembly, of procession and of demonstration; and the right and freedom to form and join trade unions, and to strike."

En aval, la distribution (les librairies) va être tentée de pratiquer l’auto-censure. L’épisode des disparitions liées à la librairie Causeway Bay Books, en 2015, est restée dans les mémoires. Ce qui était hors la loi en 2015 pourrait bien devenir, en 2020, tout à fait légal.

 

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