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Le profond fossé culturel entre les jeunes Hongkongais et la Chine

Par Gérard Henry | Publié le 18/10/2019 à 07:15 | Mis à jour le 18/10/2019 à 07:15
Jeunesse Hong Kong

Les cérémonies officielles du 70e anniversaire de la République populaire de Chine diffusées sur toutes les chaînes chinoises montrent que les jeunes Hongkongais en révolte sont séparés des dirigeants pékinois par un véritable gouffre culturel. Analyse de la situation par Gérard Henry:

 

1er octobre à Pékin: un peuple et une armée alignés au cordeau

Tous ceux qui ont vu les cérémonies du 70e anniversaire de la République populaire de Chine auront été frappés de la démesure de la parade, faite de centaines de milliers d’individus se succédant comme les vagues d’une marée humaine dans un spectacle savamment et précisément orchestré. Non un peuple qui célèbre spontanément sa joie, mais un peuple qui défile aux pieds de ses leaders, offert en un spectacle grandiose propre à nourrir leur mythomanie. Un rituel d’un athéisme en réalité profondément religieux dans ses formes, avec son panthéon de déités que l’ancien président chinois Jiang Zeming célébrait déjà le 1er octobre 1999 lors du 50e anniversaire: “Levons haut la grande bannière du marxisme, du léninisme, de la pensée de Mao Zedong, de la théorie de Deng Xiaoping et marchons bravement vers nos objectifs sublimes”,  déclarait-il après avoir rendu hommage aux héros qui ont lutté sous cette bannière, la vieille génération des révolutionnaires et de martyrs.

 

Jeunesse Hong Kong
La jeunesse pékinoise lors des cérémonies officielles 

 

Le 1er octobre 2019, c’est au tour du nouveau président Xi Jinping de promettre pour demain, comme ses prédécesseurs, l’unification de la mère patrie et le grand rajeunissement de la nation chinoise en orchestrant savamment son entrée dans le panthéon communiste chinois en se faisant pratiquement élire président à vie. Tiananmen et tout le cœur de Pékin était devenu l’autel sacré de la nation. La place était scellée de tous côtés, aucun Pékinois ne pouvait avoir accès aux célébrations, aucune ville ne pouvait tenir une autre parade, la nation devait être rivée à la télévision dont toutes les chaînes retransmettaient la cérémonie. Le cadre était celui de Tiananmen, la Porte de la paix céleste, l’entrée de la vieille cité impériale, symbole de la Chine millénaire et du pouvoir impérial, là où s’était tenu Mao il y a 70 ans. Le même décor, les mêmes grosses lanternes rouges.

Quand tous les dirigeants du politburo et les anciens dirigeants Hu Jintao et Jiang Ze ming eurent fait leur entrée, apparut le président Xi Jinping, le seul cintré dans un costume Mao gris foncé, marchant avec une dignité soigneusement composée. Le symbole était évident: Xi Jinping se présentait comme le descendant du guide suprême de la nation. Quand il descendit de la tribune pour monter, seul, dans une énorme limousine “Drapeau rouge” découverte, il marchait sur les traces de Deng Xiaoping qui, en 1984, pour célébrer cinq ans de réforme, avait passé en revue les troupes chinoises. De sa limousine, Xi Jinping interpella alors ses corps d’élite par un vigoureux “Camarades, vous n’avez pas démérité !”. Avant de passer en revue les troupes d’élite, les casques bleus, les bataillons féminins défilant au pas de l’oie et surtout les dernières innovations militaires chinoises, comme les fameux missiles intercontinentaux capables d’atteindre les Etats-Unis.

 

Jeunesse Hong Kong
Une organisation millimétrée

 

La revue terminée, il pénétra à nouveau dans la porte Tiananmen, par son pont central, le célèbre Pont d’or, recouvert d’un tapis rouge, qui était autrefois réservé au seul usage de l’empereur. L’heure de la pleine glorification arriva lorsque dans l’immense parade de deux heures de chars colorés et de représentants de tous les corps de métier apparurent d’abord, portés sur le dos de milliers de personnes, les drapeaux géants du Parti communiste et de la Chine et les portraits géants de Mao Ze dong et de Deng Xiaoping, suivis de son propre portrait, dernier en date des grands leaders du peuple chinois qui a réussi à écrire son nom dans la Constitution. Le pouvoir grise. Quelle immense jouissance intérieure ressentait-il lorsque son portrait géant défilait devant lui? Ces grands défilés patriotiques ont quelque chose de fascinant et de grisant, mais quand on voit ces centaines de milliers de personnes se tourner comme un seul homme face à leur leader, on ne peut s’empêcher de frémir et d’évoquer le spectre du nationalisme, ce grand fléau moderne du XXe siècle toujours sous-jacent.

 

1er octobre à Hong Kong: un jour de deuil pour la jeunesse hongkongaise

Alors que les Chinois regardaient leur défilé de Pékin, les Hongkongais s’habillaient de noir de la tête aux pieds et envahissaient les parcs et les rues, demandant des assurances pour leur avenir et attendant désespérément une réponse de leur gouvernement, sourd à leurs demandes depuis plusieurs mois, ne leur offrant qu’une répression policière de plus en plus violente. Un gouvernement qui semble terrorisé par Pékin, incapable de proposer des réformes à une société qui souffre de nombreux maux, qui n’offre aucun plan d’avenir à ces jeunes générations,  des dirigeants qui gèrent leur société de façon patriarcale comme s’ils n’avaient pas réalisé que ces enfants  avaient grandi, s’étaient éduqués, et qu’il était peut-être temps de passer la main. Les Hongkongais ne demandent pas l’indépendance mais ne veulent pas non plus sacrifier les valeurs dans lesquelles ils ont été élevés, spécialement la liberté de penser et de s’exprimer. Certains pensent que la société chinoise contemporaine du continent n’a maintenant d’autre valeur que celle de l’argent.

 

Jeunesse Hong Kong
La jeunesse hongkongaise dans la rue face à la police

 

Ils ont depuis leur enfance, de par l’éducation donnée par leurs parents, accès à une grande liberté d’information et d’expression et sont tous très conscients que leurs congénères en Chine ne jouissent pas de ces libertés, qu’ils sont contrôlés, surveillés, et que leur seule liberté semble être celle de consommer. Ce n’est donc pas le cœur léger qu’ils voient une plus grande intégration avec la Chine. Une Chine qui à une autre époque leurs grands-parents ont fui. Ce qui explique que, aux côtés des jeunes, on voit aussi des gens âgés dans ces manifestations qui, à leurs débuts, étaient entièrement non violentes mais que l’absence de réponse du gouvernement a fini par rendre plus agressives. La Chine peut-elle comprendre ces jeunes? Cela paraît impossible. Par le passé, elle n’a pas hésité à massacrer ses propres étudiants, qui se battaient contre la corruption des cadres du Parti. Tout cela explique que, malgré les actes de violences sur les aménagements publics, les étudiants hongkongais conservent un gros capital de sympathie au sein de toutes les générations de  la population.

 

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Gérard Henry

Gérard Henry

Ecrivain, journaliste et critique d’art, Gérard Henry est l’auteur de nombreux catalogues d’artistes, des Chroniques hongkongaises (Editions ZOE/2008) et de Hong Kong dans la tourmente, (essai, Editions Hermann/ 2010)
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