Jeudi 24 juin 2021
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"J'ai ramé avec les Françaises de So French à Hong Kong"

Par Claudia Delgado | Publié le 06/05/2021 à 14:46 | Mis à jour le 07/05/2021 à 03:27
Photo : Fabienne et Héloïse@Les So French
dragon boat Hong Kong

Cette année, afin d’en savoir plus sur le Dragon boat festival, ses coutumes et son ambiance, nous nous sommes immiscés dans une séance d’entrainement de l’équipe féminine "Les So French".  Pour célébrer cette tradition millénaire, nous avons donc troqué plume et carnet pour une pagaie et une paire de gants.

Des gants, une pagaie et une gourde suffisent pour pratiquer le dragon boat

J’arrive sur la plage de Stanley un mardi soir sous un ciel bruineux et couvert. Hélène, la capitaine de l’équipe de dragon boat m’accueille. Nous sommes deux nouvelles arrivantes dans cette équipe qui se renouvelle chaque année, avec la venue de nouveaux membres. Une bonne nouvelle pour ceux qui comme moi, s’essaient au dragon boat pour la toute première fois.

En attendant que tout le monde ne nous rejoigne, Hélène nous parle de la création de l’équipe Les So French et de leurs séances d’entrainement. Cette équipe féminine de dragon boat a été fondée en 2010 au sein de l’association Hong-Kong Accueil et a remporté en 2019 la Gold Ladies’Cup lors des Warm Up de Stanley. Chaque année, elles invitent tous ceux et celles qui souhaitent connaître et essayer ce sport emblématique. Après une période d’apprentissage, celles qui s’engagent à aller jusqu’à la compétition (où il n’y a que des femmes) et s’entraineront deux heures par semaine.       

 

dragon boat Hong Kong
Pour faire du dragon boat, une pagaie et des gants suffisent - Photo@Les So French

 

Munie de gants, d’une pagaie et de ma gourde, je suis parée pour pratiquer le dragon boat. C’est tout l’équipement dont j’ai besoin.

18 participantes qui pagaient par deux

L’équipe et l’entraineur arrivent. On se change, on discute, on se prépare. En tant que nouvelles arrivantes, on suit Hélène jusqu’au bateau pour qu’elle nous montre les bons gestes : la manière de s’asseoir pour avoir un point d’appui, les mouvements du dos et du bras pour avoir plus de puissance et pas trop se fatiguer. On essaie consciencieusement de retenir la leçon, mais elle nous rassure : "vos coéquipières vous aideront une fois sur le bateau".

Avant de monter, une séance d’échauffement pour étirer bras et jambes est nécessaire, nous voilà prêtes pour commencer. 

La nuit est tombée et nous montons avec précaution sur le bateau bringuebalant lorsqu’Hélène nomme les paires parmi les 18 équipières. Je fais binôme avec Christelle qui est à ma gauche, je suis derrière Héloïse et devant Nelly.

 

dragon boat Hong Kong
L'équipe des rameuses françaises en plein effort dans la baie de Stanley photo@Les So French

 

À la proue du bateau, une lumière verte clignote pour signaler notre présence au milieu de cette noirceur. On pagaie doucement pour s’éloigner de la côte sous l’œil avisé de l’entraineur qui est à la tête de cette troupe que nous formons. Il annonce l’exercice, toujours relayé par Hélène qui s’assure que tout le monde a compris la marche à suivre.    

Je pagaie, suivant les conseils de mes co-équipières

Il est temps de commencer, on positionne la pagaie dans le bon angle en attendant le signal de départ. Un cri du coach aide l’équipe à plonger nos paddles dans l’eau, de manière plus au moins simultanée. L’effort de convergence débute. J’essaie de reproduire les mouvements de mes coéquipières afin de suivre la cadence.

 

dragon boat Hong Kong
J'ai troqué le stylo contre la pagaie - photo@Les So French

 

Les voix de celles qui m’entourent me viennent en aide : "Fixe le regard en diagonale et tourne-toi un peu plus de mon côté", me dit Christelle, "Penche-toi plus et baisse ta main jusqu’au bout de ta pagaie, tu te fatigueras moins comme ça", me dit Nelly.

Je m’exécute et après quelques coups de rame je sens que le rythme devient plus régulier par rapport au mouvement d’Héloïse, que j’imite scrupuleusement. Après quelques exercices, on s’arrête le temps de boire un peu d’eau avec une légère touche salée. Nous tanguons au milieu de cette masse noire qu’est la mer, au loin, des centaines de lumières éclairent les buildings de Stanley.   

Avant la séance, l’équipe déplorait les conditions météo de cette journée de découverte pour nous, les nouvelles, mais je profite de ce décor brumeux qui m’évoque un roman de Conrad, et pour un moment on se croirait en compagnie du capitaine Marlow, à bord de son vieux rafiot "au cœur des ténèbres".

 

 

Le moment se dissipe avec le cri de l’entraineur qui nous somme de nous tenir prêtes à recommencer. Il annonce l’exercice qui ressemble à un calcul mental : 5 + 5 +10 + 20 + 20, qui se traduit par différents types de coups de rame, tantôt courts et rapides, tantôt longs et profonds.   

Une fois qu’on a à peu près compris les bases, la difficulté est dans le tempo, il faut pouvoir changer au plus vite de rythme et être attentive, ou l’on risque d’entrechoquer les pagaies et de ralentir l’allure. À un moment donné, on pose notre paddle pour faire le kick, un mouvement d’avant en arrière qui sert à nous mettre au diapason dans un geste où 18 personnes deviennent une seule entité qui essaie d’avancer.  

Entre épuisement et euphorie

Le coach crie à nouveau "pagaies à l’eau". On démarre ensemble pour ensuite continuer à ramer en binômes isolés qui commencent par Isa et Hélène à la proue et finissent par Georgia et Agnès à la poupe.

Après une pause pour s’étirer on recommence, et cette fois, il n’y a pas de compte, on ne s’arrête que lorsque le coach le signalera. J’essaie de moduler mon souffle et de suivre le timing en me pliant au tempo et en me pliant littéralement afin de pagayer à l’unisson, une harmonie qui électrise.

Vers la fin, mon bras commence à lâcher prise, on est censées continuer jusqu’à la côte, mais ça devient de plus en plus difficile et juste avant d’arriver je perds le rythme, et pour empêcher une collision avec une autre rameuse, je serre ma rame contre moi, comme Hélène nous l’a expliqué au début de la séance. Nous rejoignons la terre, fatiguées et euphoriques.       

    

 

À la fin de l’entrainement, on se change pendant que les conversations du train-train quotidien se répandent dans un brouhaha de voix féminines.

De retour à la réalité, la vie de tous les jours refait surface, mais à bord d’un bateau en l’espace d’une heure, toutes ces femmes laissent cette réalité pour se confronter à la mer et à elles-mêmes, pagaie à la main, ayant comme bruit de fond le clapotis de l’eau et les cris d’un entraineur et d’une capitaine qui mènent bien leur barque.   

Une équipe engagée pour la cause environnementale

En parallèle à leurs activités sportives, l’équipe est engagée pour la cause environnementale et participe aux opérations "Sous les Déchets la Plage", tout en respectant les bonnes pratiques dictées par l’association Green Dragons.

De plus, fidèles au mouvement "Paddle without plastic", chaque membre s'équipe - pour chaque entraînement - d'une gourde réutilisable.  "Pas de bouteilles en plastique à bord", m’assure Christelle, membre de l’équipe grâce à laquelle je suis là.

 

dragon boat Hong Kong
" Sous les déchets la plage" — photo@Les So French

Je remercie Christelle qui m’a fait découvrir l’équipe, Hélène qui accueille chaleureusement les nouveaux arrivants et toute l'équipe qui m'a permis de découvrir ce sport unique.

 

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Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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