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Hong Kong fait revivre sa fibre textile

Par Didier Pujol | Publié le 08/05/2019 à 15:00 | Mis à jour le 21/05/2019 à 13:21
Photo : Le site original de Nan Fung Textile en 1954 @The Mills
The Mills histoire de l'industrie textile à Hong Kong

Après plusieurs mois de travaux, s’ouvre à Tsuen Wan the Mills, un complexe d’un genre unique installé dans une ancienne usine de filature textile reconditionnée. Une occasion de revenir sur l’histoire de cette industrie et celle de la mode à Hong Kong.

L’origine de l’industrie textile

L’histoire de l’industrie textile à Hong Kong commence avec l’arrivée des anglais en 1841 à l’issue de la Guerre de l’Opium. En effet, dans la plupart des autres colonies asiatiques de l’empire, la production de coton et l’utilisation de la main d’œuvre locale peu onéreuse conduit des hommes d’affaires à ouvrir des usines de filature dont les produits seront réexportés en Europe. A l’époque, l’Inde, avant la Chine, était déjà réputée pour ses filatures. Les entrepreneurs Parsi et les Juifs séfarades venus d’Irak comme Silias Hardoon ou David Sassoon ont en effet beaucoup investi dans cette industrie. Pourtant c’est à Shanghai et non à Hong Kong qu’ils vont s’installer en priorité, la surface à exploiter étant plus importante et la population attirée par le développement de la ville plus nombreuse. Aussi la première filature de coton, la Hong Kong Cotton-Spinning, ouvre-t-elle en 1899, à So Kon Po, près de Causeway Bay, sous la direction de Jardine Matheson, ce groupe fondé par les descendants de William Jardine, l’homme qui avait lancé l’Angleterre dans la Guerre de l’Opium soixante ans plus tôt. Il jouira longtemps d’un quasi-monopole sur cette industrie.

 

The Mills histoire de l'industrie textile à Hong Kong
Filature dans les années 1940 Photo @The Mills

 

Le vrai décollage de Hong Kong commence en effet dans les années 1940 quand les capitalistes chinois doivent fuir devant l’invasion japonaise qui a pris le contrôle du Nord de Shanghai où étaient installées la plupart des filatures de coton. A la fin de la guerre, d’autres investisseurs suivront, voulant échapper au régime de Chiang Kai Shek, extrêmement corrompu et donc peu favorable au développement des affaires. Enfin c’est l’avènement du communisme en Chine fin 1949 qui signera la fin de l’âge d’or de l’industrie textile shanghaienne et conduira des milliers de réfugiés vers Hong Kong, militaires défaits ou tout simplement les marchands favorables aux Nationalistes. La conjugaison entre cette maîtrise des techniques, l’arrivée de machines anglaises sophistiquées réacheminées par bateau jusqu’à Hong Kong et la main d’œuvre pléthorique en quête de moyens de survivre fera de la colonie britannique la nouvelle usine du monde du textile à partir des années 1950. Le Shanghaien Li Zhenzhi fonde à Hong Kong Dainan Cotton Mill Ltd en 1947, entreprise bientôt concurrencée par Peninsula Spinners Ltd, Kowloon Cotton Mill Ltd, Nanyang Cotton Mill Ltd, entre autres. Ainsi, alors que le nombre total d’ouvriers n’est que de 64.000 en 1947, le secteur textile à lui seul emploie plusieurs centaines de milliers de personnes dès 1962. Le nombre de filatures locales passe également de 1 à 17 en 1948 puis à 40 en 1975!

 

The Mills histoire de l'industrie textile à Hong Kong
Atelier de confection à Hong Kong dans les années 1960 Photo @The Mills

 

De la filature aux métiers du tissage

Les années 60 voient se développer jusqu’aux années 80 de nouvelles d’activités liées au textile. La filature des débuts est souvent complétée par l’industrie du tissage, du tricotage ou de la teinture, processus plus complexes grâce auxquels les nouveaux industriels montent dans la chaîne de valeur. Ainsi, la fabrication de vêtements devient-elle l’une des principales industries de Hong Kong. Les produits phares de l’époque comprennent bien entendu la célèbre "cheung sam", la réplique des  qipao, ces robes chinoises du Shanghai des années 1930, mais également beaucoup de vêtements de style européens, devenus à la mode dès les années 1960, comme l’atteste la publicité ou le cinéma de l’époque. Avec l’élévation du niveau de vie, s’installent enfin à Hong Kong des créateurs, profitant du faible coût de fabrication mais dont l’objectif est aussi de diffuser sur place sur un marché fortement influencé par la société de consommation américaine. Parmi eux, on trouvera les Français Pierre Cardin, Dior, Givenchy ou Hermès mais on note rapidement l’émergence de marques locales comme le désormais célèbre Shanghai Tang.

Le site de Nan Fung Textiles Mill situé à Tsuen Wan fait partie de cette génération d’usines d’après-guerre, crée en 1954 par Chen Din Hwa, un homme d’affaires originaire de Ningbo, aussi surnommé "le roi du fil de coton". L’entreprise se développe rapidement et occupe bientôt trois bâtiments. Le groupe créera ensuite une filiale pour fabriquer des vêtements, suivant la tendance du marché. Le district de Tsuen Wan est alors largement dédié au textile, beaucoup d’entreprises étant installées le long de Castle Peak Road. Il y a aussi des usines distribuées dans les Nouveaux Territoires et sur Kowloon. A la fin des années 1980, le secteur textile devient de moins en moins lucratif, du fait des protections douanières imposées par les pays occidentaux et aussi l’augmentation des coûts de main d’œuvre par rapport å la Chine ou des pays en développement comme le Benglasdeh. Le groupe Nan Fung se diversifie alors dans l’immobilier, suivant l’exemple de nombreux anciens industriels de Hong Kong. Le site restera néanmoins en activité jusqu’en 2008, après deux décades de déclin de la production du textile à Hong Kong (il y a moins de 10.000 personnes dans ce secteur aujourd’hui).

 

Revitalisation du patrimoine

Devant choisir entre la tentation de redévelopper les terrains ou conserver ce patrimoine, le groupe a finalement pris la décision courageuse de réutiliser ses anciennes usines. Ce projet fait écho, il est vrai, à la volonté de Hong Kong de ne pas voir totalement disparaître les endroits qui tracent son passé. D’autres initiatives comme la prison de Victoria ou encore les façades de Yau Ma Tei répondent récemment à cette logique qui tranche avec la folie destructrice des années 1990. Devenu un temps le terrain de chasse des photographes urbex, cette discipline graphique qui s’épanouit dans les espaces désaffectés, The Mills est désormais ouvert au grand public et propose une combinaison innovante de boutiques et restaurants branchés mais également expositions de street art, incubateurs dans le domaine du design et de la mode ainsi qu’un événementielle.

En plus de cette remise en valeur spectaculaire, un musée de l’histoire du textile permet de mieux comprendre le passé industriel de ce site en le remettant dans son contexte. La mise en continuité du passé et de l’avenir a été rendue possible par un travail de documentation et les archives du groupe Nan Fung, totalement impliqué dans ce projet. La décoration moderne des anciens étages de production, s’appuie sur des nouveaux chemins de lumière, larges ouvertures vitrées sur le ciel et les terrasses. Le maintien de parties originales comme les escaliers dont la peinture verte industrielle sur les parties basses rappelle l’usage initial et la mise en valeur de portes métalliques numérotées achève de faire de ce lieu une passerelle temporelle destinée à la création. Idéalement situé à quelques minutes du MTR et desservi par la passerelle couverte qui y mène, The Mills semble d’ores et déjà promis à un grand succès.

 

The Mills histoire de l'industrie textile à Hong Kong
The Mills est devenu un endroit branché

 

Informations pratiques: ICI

Adresse: 45 Pak Tin Par Street, Tsuen Wan, Hong Kong

Article paru dans Paroles, le magazine culturel de l'Alliance Française
Numéro #259 Avril / Juin 2019 - consultable ici

 

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